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02 juin 2012

Commentaires


LAUDES... lettres flamboyantes qui traversent le titre du livre de Lionel-Édouard Martin : La Vieille au buisson de roses... LAUDES... premier office de jour où les moniales chantent : Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche chantera tes louanges.
J'ai lu ce beau livre, fouaillée par cette lecture d'Angèle Paoli, intriguée, étonnée, égarée.
La traversée a été difficile : une langue somptueuse, inventive mais compacte. Pas de pause possible, pas de vide, pas de repos. Lectrice tirée à hue et à dia par les revirements de ce qui pourrait être une fable. À peine habituée au langage et aux gestes de la vieille... bizarre... qu'il me faut découvrir ce drôle de marquis de Cruid et son enfermement dans ses livres et ses recherches sur l'origine du langage. Entre temps, la langue si goûteuse m'ôte toute envie de comprendre l'histoire compliquée qui se met en place. Je l'oublie et me régale d'un festin de mots rarement rencontré.
Puis il y a cette Vierge au buisson de roses de Schongauer. J'ai du mal à relier les deux rosiers et les deux femmes, la Vierge de silence et de recueillement et la vieille tant bavarde et habitée de voix... Un autre tableau s'impose à moi : La Tour de Babel de Bruegel l'Ancien. Des hommes de même langue, liés par un même projet que Dieu dispersera par l'impossibilité, soudaine, qu'ils auront de se comprendre, les renvoyant à leur singularité, à leurs différences, à l'obligation du chemin vers l'autre dans l'étrangeté, l'inconnaissance. Une sorte d'anti-Pentecôte. Un échec à la rencontre comme il adviendra de celle attendue par les deux personnages de L.-E.M.
LAUDES... qui ouvrent les lèvres des "silencieuces" le temps d'un office et d'un psaume.
Dans ce livre, la langue après avoir été somptueuse se dissout dans le blanc silence d'une mort éblouie ou dans les divagations d'une vieille que plus personne n'écoute.
Que s'est-il passé entre le premier mot écrit de ce livre et le dernier ? Quelque grand mystère ? qui fait que le cœur du lecteur est tout remué, tout traversé de questions sans réponses, tout avide de silence, d'effacement des questions, d'effacement de la langue pour être au seuil de la parole :
Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était près de Dieu. Et le Verbe était Dieu.. (Incipit de l'Évangile selon Saint-Jean)
Très beau livre, complexe et... épineux...


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