« A.Z. [Andrea Zanzotto], par Jacqueline Risset | Accueil | Homero Aridjis | Rencontre avec ma mère dans la vieille cuisine »

28 octobre 2011

Commentaires

Quelle admirable note de lecture sur ce livre de Pierre Péju, "Enfance Obscure" dont j'aime tant l'écriture.
Pour vous remercier de ce bonheur de lecture un petit fragment de "La barque silencieuse" de Pascal Quignard (Seuil) :
"Le mot français d'enfance est extraordinaire. Il vient du latin in-fantia. Il veut dire en français a-parlance. Il renvoie à un état initial, non social, qui fait source en chacun d'entre nous, et dans lequel nous n'avons pas acquis notre langue. Nous sommes du non-parlant qui doit apprendre la langue sur les lèvres des proches. Aussi, quoi que nous apprenions en vivant, en vieillissant, en travaillant, en lisant, nous sommes toujours des chairs où le langage défaille. Nous sommes toujours des anciens enfants, des anciens non-parlants, des bêtes vivipares, des êtres à deux mondes où la langue n'est ni naturelle ni sûre. Il y a une solitude antérieure au narcissisme ; une terrible extase infante ; un délaissement ; une désolation qui fait le début des jours (...) Cette extase abyssale au fond de nous peut se radicaliser jusqu'à l'autisme. Une mélancolie catastrophique précède la conscience, repliant l'âme sur elle en circuit fermé."
P. 64


Je lis ce livre, grâce à votre lecture . Tout ce que vous avez noté m'a pleinement comblée mais voilà que je traverse un domaine du livre que vous avez peu évoqué et qui me trouble. Juste après ce chapitre des adultes qui ont les enfants en haine (terrible), ces couples qui mettent à l'écart l'idée même d'avoir des enfants pour durer dans leur fusion, il y a cette interrogation étrange sur les "grandes personnes" "être adulte, c'est avoir traversé des épreuves... une question de courage..." et plus exactement " cette tension entre l'élan courageux, transgressif, et la tranquillité d'une discipline citoyenne.". Cette analyse du conformisme, cette lâcheté qui peut faire choisir la routine. il écrit alors "Peut-être faut-il avoir admis que l'on porte en soi aussi bien le crime et l'agression que la douceur, la modération et la bienveillance.(...) peut-être faut-il, secrètement, savoir que ni le bien ni le mal ne délivreront jamais personne du malaise et de la frustration."(271)
Merci, Sylvie Fabre G., de m'avoir par cette lecture - confiée à Angèle - conduite vers ces réflexions... décapantes, "ce moment où il faut se défaire de l'enfance", et accepter que ce qui "rapproche douloureusement, c'est la distance elle-même."
Un très beau livre que j'ai traversé lentement comme il se doit...

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.