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25 avril 2011

Commentaires


Un auteur de chevet, un auteur de terrain, un auteur de rêve. Nous étions allés lui rendre visite Bertrand et moi, à Asiago. Visite mémorable. La Fosse aux Ours a fait un travail magnifique sur cette oeuvre, sinon, nous aurions pris, avec joie, le relais.



C'est un AH! d'enthousiasme et de satisfaction que j'ai poussé en ouvrant la page du jour de Terres de femmes. La joie pour moi de lire quelques lignes d'un auteur que j'aime; découvert sur le stand La fosse aux ours au salon du livre de Paris, il y a quelques années. Depuis, Saisons est devenu un de mes livres de chevet.



Varlam Chalamov, Adorno, R. Antelme, Primo Lévi, Soljénitsyne d'une certaine façon aussi : restituer l'indicible pour ceux qui revoient une part de soleil, n'est-ce pas le sillon de ces écrivains-là ? Afin que l'innommable ne demeure pas l'innommé ? Et plus avant, n'est-ce pas la gageure de toute littérature ? Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement, soit , "et pourtant"... comme disait Wiesel pour résumé de toute sa philosophie après Birkenau.
Et pourtant je n'ai plus que des questions.
Moi qui n’ai l’âge de n’avoir vu des fumées que leurs cheminées refroidies, je sais que j’ai quelque chose à apprendre de ces bouches noires.
Tout.
Il faudra leur dire, à mes frères humains, que Belzec et toutes les Shoah se reconnaissent en ce que les mots, pieds ballants au bout d’une corde, ont été démolis avant, bien avant tout le reste.
L’instant initial l’annonçait. Le génocide, ce serait le lieu de l’écroulement du langage.
Avant la mise à mort des corps, mise à nu de la langue, volée, distordue, dépecée.
« Arbeit macht freï » (le travail rend libre, inscription au fronton d’Auschwitz) : «Arbeit macht freï ou comment, en toute beauté, la perversion –investissant le souffle du langage- la perversion première de la langue prépare le lit de toutes les perversions à venir.
La préoccupation de la littérature n’est-elle pas l’essentialité ? « Ne rien écrire qui ne témoigne du centre de l’Univers ». Or, au centre se trouvent les mots. Pauvres et furieux.

Il n’y a guère que la poésie pour dire une berceuse à Auschwitz, et pourtant...

Le mot juste est la lumière des morts. Leur soleil mémorial. On comprend cela. Au bord d’une fosse commune à Rava-Rouska.

Merci, infiniment pour ce très beau texte.



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