« Caroline Sagot Duvauroux, Le Buffre | Accueil | Pier Antonio Quarantotti Gambini | Aux Salines »

24 octobre 2010

Commentaires


Tes mots prennent à la gorge. On ne pleure pas la mort dans ce qu'elle a de plus funèbre, d'inconsolable. On s'émeut de cet hommage aux générations passées. Ton portrait de l'oncle est un vibrant témoignage de la vie. Là où on voit la mort, la vie apparaît toujours en contrepoint. Féconde jusque dans les petits riens du quotidien. Et les touches sensibles avec lesquelles tu évoques le cimetière et le rite des visites est d'un réalisme plein de poésie. Tout cimetière en automne est beau et cela nous réconcilie avec nos deuils.

Bravo aussi pour ton beau poème sur l'automne écrit avant-hier. Tu as vraiment les mots et les images pour creuser et fouiller la nature, la retourner avec ton stylo, nous la donner avec ses odeurs et ses contrastes. Et quand on voit la photo du hameau de Vignale on comprend que la Corse est une louange à l'automne.



Quelle parole ! et que de mort(s)...
Rien ne peut empêcher cette chute des corps et des vies dans les tombeaux. Rien ne peut museler la pensée, la mémoire.
Mais dans ce désastre il reste l'amande pure du jour qui naît et la liberté d'être soi, de mener sa vie librement même au milieu des prisons de verre, des cages fermées car de ces quelques années que la vie nous octroie (comme un cadeau empoisonné) nous pouvons infléchir le cours par nos décisions. Qu'importent les scandales, les conformismes, les rideaux qui se soulèvent, les parlottes des bouches édentées. Libres dans sa tête et dans son coeur contre vents et marées et tous les tombeaux implosent face à la vie de l'esprit !
Magnifique page d'écriture chère Angèle. Nouvelle génération de Carnets de marche ? Ah, j'attends l'odeur de l'automne, des lisiers des cochons, des laines rentrées à la bergerie, des champignons, de la mer sauvage, des vents fous.
Belle écriture, et à bientôt.

Il y a tellement de temps que je vis avec mes morts... mes mortes plutôt... c'est doux maintenant, mon Angèle... Chez nous, ce sont les femmes qui partent en éclaireuses et les hommes se consolent ou non, dans d'autres bras, d'autres jupes... les enfants se dispersent de façon parfois radicale. C'est le sauve-qui-peut dans l'archivage presque impeccable. Si on n'évoque pas le sujet, c'est pour laisser toute la place aux vivants qui s'y accrochent avec des mines de déçus. La vie ne garde pas ses femmes en bon état ici, elle les use prématurément, à cause des grossesses, des maladies insidieuses négligées pour cause de marmaille et de pas le temps de s'apitoyer sur ses organes... Elles aimaient les enfants, le petit jean, dédé aux yeux chinois, dédé le grand un peu jaloux, le petit robert et ses gencives constellées d'incisives douloureuses. Elles aimaient les fleurs, le piano et la peinture pour dames, elles aimaient leur mari qui faisaient les bravaches dans leurs costumes militaires, sous leur calvitie progressive et leur bedaine inquiétante, elles aimaient s'habiller de long en cachant leurs rondeurs résiduelles et mettre en conclusion dérisoires, leurs plus belles dentelles au dessus des corsages, elles ne quittaient guère pourtant leur tablier, sauf le dimanche ou pour aller à la messe.Elles eurent des filles, une morte, l'autre pas. Elles ne se sont pas connues, ni les mères, ni les filles. Les familles gardent leurs mortes dans la maison du silence, il ne faut pas les réveiller. "Le silence un peu rance du tombeau" est le même dans le souvenir, lorsqu'il n'existe même plus de sépulture, chaque roche un peu glacée parle de l'immobilité têtue des ancêtres disparus. Les mortes sans tombeau sont-elles plus à plaindre que celles qui en ont ? Je ne sais pas. La mort des hommes me chagrine moins, leur vieillesse est plus bouleversante à mes yeux. Lorsqu'ils perdent pied, ils sont comme de petits enfants au nombril barbouillé de jus d'abandon. Leurs regards se perdent au milieu des tombes, ils ne les voient pas telles qu'elles sont. Alors ils font écrire deux dates dessus pour dire qu'ils ont existé. La première est pour eux la plus importante. Mais je ne suis pas certaine de ce que j'écris. Je ne sais pas qui écrit lorsque je rejoins ton beau texte qui me touche au coeur. Tu parles du père , comme moi de la mère. C'est complémentaire. L'écriture ici est la caresse sur le front de ceux et celles qui sont parti(e)s ou vont partir. Je touche le mien, il est encore chaud pour l'instant. J'ai bientôt l'âge de l'une des tiennes... Le vent dehors ne le sait pas. Il tourbillonne bruyamment. Et ici, je suis calme.


Merci, merci, Angèle. Merci pour ma mère chérie, pour mon père très aimé, partis presque ensemble parcequ'impossibles à séparer. Merci pour mes larmes et cette proximité: Soeurs en douleur et en sérénité pourtant.

Je n'ai même pas pu lire les commentaires précédents, que les commentateurs me pardonnent. Je parcours depuis longtemps votre maison et aujourd'hui, la première phrase m'a touchée comme un murmure que l'on essaye de ne pas entendre et puis quand ça y est, on l'entend, il faut peut-être écrire tout ce beau texte pour... non, il n'y a pas moyen. C'est ainsi terrible et simple, on n'échappe pas, ni au souvenir ni à ces comptes que l'on se surprend à faire.
Bref, c'est bien.

Merci pour la profondeur de votre écriture.
N'ayons pas peur de partir. Nous deviendrons de la poussière d'étoile et nous tournerons indéfiniment au milieu des galaxies grandioses.
La communauté des absents est plus vaste que celle des présents.
Amitié en poésie


Vous lire, Angèle, est ce temps de plaisir pris sur le quotidien. J'aime la simplicité complexe de vos mots justes ouvrant une puissante brèche d'émotion.

Aujourd’hui la mort m’habite
".je compte les espaces vides. un pour ma mère et un pour mon oncle "
Je vis sans tombeau, sans devenir et sans futur ni non futur accepté et pourtant vos mots et votre littérature me touchent au profond, en cet endroit où la tristesse danse sur la lucidité du vivre et du partir. Je regarde chaque jour la vie caracolante passer dans mon jardin et à ses flancs deux petites filles qui peut-être s’approprieront votre démarche entre la poésie et ma mort. Je comprends avec une surprenante intensité le rire et la tristesse mariés dans une mort qui habite toute vie et avec vous, je partirai de vos mots en disant : Aujourd’hui la mort m’habite.

oooh

merci pour ce texte

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.