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04 août 2010

Commentaires

C'est un être de vibration, à la proximité de ce qui s'efface. Mêmes sons dans son écriture et dans ses oeuvres graphiques. Perte de l'être, méditation, épure.
Mon regard avait ricoché sur les études de mains, de pieds, de bras dans la suite Grünewald exposée en 2009 au collège des Bernardins.
Je connaissais ses aquarelles, fusains, pierre noire, mine de plomb, acryliques, je découvre ici l'écriture accordée au réel. La bouche de l'homme s'ouvre. Feu opposé à l'obscurité des mots, soumission au silence, accablement des mots-arêtes qui plantent dans la gorge serrée l'étranglement de ne pouvoir dire. Maintenant les mots tremblent, remuements souterrains jusqu'au faîte de la nuit sans limites. Fuite... à tire-d'aile...


La Nuit au corps, titre magnétique de Titus-Carmel, ce peintre-dessinateur qui écrit "se méfier des couleurs" et sans doute pour cela parle beaucoup de l'ombre, non de l'obscurité mais de l'ombre portée, celle qui vous assigne à une place sur terre, "encore un peu debout" un corps qui sans cesse, se mesure à un espace et à un temps qui lui sont comptés.
A la page 16, il écrit "C'est donc dans ce no man's land qu'elle me trahit, m'abandonnant à la périphérie de son ombre, dans son halo - là où se livre l'expérience des solitudes."
L'écriture, d'abord dans les marges de la peinture, a peu à peu trouvé son espace propre, par le dispositif formel du poème, "pour calmer le feu des questions".
"Ainsi on se dépasse et, finalement, on se découvre là, surpris à s'attendre : c'est manière de se séparer de soi pour se retrouver ensuite, mais déporté et sans plus de repères - dans un perpétuel ailleurs si j'y suis. Si j'y suis déjà - ou encore -, devrait-on préciser... (p. 109 )
C'est d'une marche hésitante que je pose mes premiers mots, ici dans un lieu qui me séduit terriblement ! (il arrive même qu'ils se dérobent !)
A bientôt Angèle.


Ah, j'aime beaucoup le commentaire d'Odile. Elle réussit à lier le peintre et le poète, à élucider, un peu, cet homme énigmatique, ce qui n'est pas évident. Gérard Titus-Carmel, je l'ai découvert en juin 2009 par l'exposition monumentale de ses travaux (d'après le retable de Mathias Grünewald, visible à Colmar). Je me souviens de ses séries fouillant jusqu'à l'âpre pieds, mains,visages, drapés ; de ces fusains bataillant avec les acryliques, la pierre noire, les encres. J'étais submergée. Le lieu (très beau) était désert, j'ai pu m'attarder, aller et revenir, tenter quelques croquis pour comprendre les lignes de force de sa recherche. J'ai eu l'impression qu'il allait vers la perte du modèle, qu'il entrait dans une méditation, un travail d'épure. Aussi quelle émotion de découvrir son écriture grâce à Angèle. Comment écrit-on quand on se bat si longtemps avec les lignes et les couleurs ? Et là le commentaire d'Odile est sacrément utile ! merci.

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