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22 avril 2010

Commentaires


Si Goethe écrivait que l'artiste est un homme qui étonne, Anne Weber est de ceux-là (ainsi qu'Angèle Paoli, en nous donnant accès à ce livre incroyable !). Cet Auguste, seul survivant des cinq enfants de Goethe, était-il pressenti dans ces paroles de l'acte I du Faust II, écrit par son père ?
"Le chemin ? - Aucun chemin ! à travers des sentiers qui n'ont pas été foulés et ne le seront pas ; un chemin vers l'inaccessible et l'impénétrable. Es-tu prêt ? Il n'y a point de serrure à forcer, point de verrous ; tu seras poussé par les solitudes. As-tu l'idée du vide et de la solitude ?"
Je déplace la passion de Goethe pour la formation des couleurs et l'action réciproque du clair et du sombre à l'écriture de ces deux femmes qui font de la lumière blanche de la page - réfractée dans le prisme de leurs mots - une invention des couleurs de l'inexploré.



Merci, ma chère Christiane! Je suis toujours très admirative des correspondances que vous arrivez à établir entre des auteurs, des écritures et même des couleurs... Ne penseriez-vous pas ici à un certain texte de Cesare Pavese ? Je m'interroge !



Oh, là, là, Angèle vous m'entraînez dans ma passion des couleurs ! Et c'est vous qui allez être à l'origine de nouvelles passerelles. Votre monde est flottant comme celui d'Hiroshige.
C'est à son voyage en Italie (1786-1790) que Goethe, fasciné par des impressions lumineuses et colorées, doit son aventureux Traité des couleurs, illustré par ses aquarelles. Il cherche en poète et scientifique le rapport mutuel qu'elles ont entre elles. Il veut démontrer qu'à travers un prisme les couleurs apparaissent à condition qu'il y ait obscurité et lumière (car c'est à leur limite - entre sombre et clair- que les couleurs sont visibles). Il comprend que l'obscurité modifie la lumière et les couleurs...
et là...
nous arrivons au merveilleux texte de Pavese dont nous avions parlé longuement *.
Pour Goethe, le jaune est la porte d'entrée vers la lumière, en relation avec le savoir, la clarté, la force, la chaleur. (Couleur que vous avez su faire vibrer dans l'écriture des Juliau de Nicolas Pesquès.). Le bleu était pour Goethe apparenté à l'obscurité, l'ombre, le dépouillement, l'éloignement, l'inquiétude.
W. Turner a été très influencé par ce traité (travail des fumées sur fond jaune).
La couleur révèle bien sûr son monde intérieur.

* Quant à Pavese, dans le déchirant Métier de vivre, on peut lire (p. 1443 dans la Quarto Gallimard que vous m'aviez fait découvrir. Je vous rappelle que je n'avais RIEN lu de Pavese !), cette méditation bouleversante sur "les couleurs à tâtons". Pour lui, la nuit efface les couleurs, les rend indécises et cette expérience amplifie son sens du tragique, son indécision entre le bien et le mal, exacerbant les tourments du désir.
Ah, diantre ! vous m'entraînez encore dans des méditations sans fin sur ces parfums d'écriture qui se rencontrent et se mêlent parfois d'un livre à l'autre. Merci pour cette joie.


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