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03 février 2010

Commentaires

Texte émouvant sur le rapport au père. Me revient ce vers de l’Énéide : « Je cédai et, après avoir pris mon père sur les épaules, je gagnai les montagnes.» A l'instar de la descente d'Énée aux enfers, n'entrevoit-on pas chez Paul Auster quelque chose de semblable à un voyage initiatique, à une mort - réelle et symbolique - qui a permis la naissance d'autre chose?

Une anecdote: Cité de verre a commencé sa carrière par le refus de...17 éditeurs ; l'histoire littéraire serait-elle peuplée d'erreurs de jugement ?!
Sylvie
PS: Une appréciation toute personnelle ; l'http://www.youtube.com/watch?v=xY-dOuqeupY>Henri Texier Azur Quartet à l'heure où je commence à écrire, voilà une belle idée !


" J'écris sur ce qui me trouble, sur ce que je ne parviens pas à saisir, précisément pour le comprendre. La mort de l'être aimé fait partie de ces choses... Mais c'est un processus inconscient, l'écriture: je peux expliquer «comment» j'aborde ce sujet en permanence, «de quelle manière je procède», mais je ne peux pas vous expliquer «pourquoi» j'écris mes livres. Ni avant ni après les avoir écrits " (http://austerworld.free.fr/cadres2.htm >Paul Auster)

Vous me redonnez l'envie de me replonger dans la lecture de Paul Auster, il fut très longtemps le compagnon de mes heures sans sommeil, et tout récemment j'ai relu le très beau Tout ce que j'aimais de sa femme Siri Hustvedt , également éditée chez Actes Sud et traduite par Christine Le Boeuf.



J'aime comme l'écriture s'est installée en cet homme. Ici, plus que lui, nous rencontrons notre propre histoire au père jamais élucidée, jamais élucidable. L'a-t-on déçu ? Nous a-t-il déçu ?
Du ventre de la mère nous avons souvenir, parfois écartelé (comme la naissance) entre attirance et répulsion. Retrouver l'avant de vivre ici en cette sombre et douce cachette et ne pouvoir faire ce chemin amont sans la traverser à nouveau, elle, et les autres mères gigogne de la mère. Histoire de filles...
Mais le père ? Sexe mystérieux et interdit dont a cru si longtemps qu'il était le porteur de cette graine de nous, la mère étant reléguée au rôle de couveuse... Qui est le père ? De combien d'étrangeté naît celui à qui nous avons dit un jour "papa" entrant alors dans la fascination de ce grand géant si malhabile. Et comme il est dur pour la fille de ne pas faire peser sur le compagnon l'ombre du père...



Ma mère m'a dit un jour que j'écrirai vraiment lorsqu'elle-même ne sera plus là ! Cette idée qui l'obsède, la fascine. Qu'ai tant à dire que je ne peux dire tant qu'elle vit à mes côtés ?
L'écriture a beaucoup à voir avec ceux qui nous précèdent. Elle a aussi à voir avec ceux qui nous sont proches, toutes générations confondues. Faut-il vraiment en passer par le meurtre de l'autre - même symbolique - pour pouvoir enfin accéder à soi ?


Je n'arrête pas de réfléchir à la question que vous posez, Angèle... Avez-vous remarqué que vous avez oublié un "je" ? est-ce un acte manqué ? Un "je" qui disparaît dans une question essentielle concernant votre écriture qui deviendrait celle du "Je" à la mort de la mère (ceci étant annoncé par la mère !).
La seule idiotie que je trouve à répondre (excusez-moi, j'en ai honte !) c'est qu'il y aurait peut-être moins de problèmes si les enfants étaient apportés par les cigognes ou s'ils naissaient dans les choux ou dans les roses ! D'ailleurs pourquoi racontait-on ces énormités aux enfants ?
Ce n'est pas rien de vivre dans le corps d'une autre pendant neuf mois puis d'avoir besoin de tant d'années pour dire à la propriétaire de ce corps qu'on ne lui appartient pas, qu'on n'a pas à correspondre à son désir et qu'elle n'a pas le devoir de nous aimer.
Le droit de cuissage... une légende à revoir au féminin !

Merci, Chère Angèle, pour votre témoignage touchant.
Une information qui tombe à pic pour ceux que cela interesse: Marcel RUFO dédicace à Montpellier aujourd'hui même « Chacun cherche un père » (Librairie Sauramps à partir de 17h30 puis conférence débat à 19h00). Voici le mot de l'éditeur: "Le père d'hier était rigide et distant, celui d'aujourd'hui est tendre et proche mais incapable de faire autorité. Pour l'enfant, le père est successivement un intrus, un rival, un héros, jusqu'à l'adolescence. Marcel Rufo montre que le père ne peut se réduire à une caricature ou à une entité figée. Il est condamné à être imparfait et faillible, c'est grâce à cela que l'enfant peut se construire."
Pour ma part,l'idée qui me vient à propos du père, comme cela, sans réfléchir est celle qu'avait évoquée un écrivain, image d'un versant de montagne abrupt à grimper; atteindre les sommets (pour arriver au niveau du père, puissant par définition) fut difficile, rageant quelquefois, mais le plus dur fut quant la vieillesse vint: redescendre le versant fut d'une tristesse infinie. Dans la même veine, mon mari me raconte que jusqu'à 14/15 ans, il perdait toujours au bras de fer contre son grand-père jusqu'au jour où...il laissa gagner le vieil homme, faisant semblant d'avoir une fois encore, perdu. Comme cela, j'ai une immense tendresse pour quelques gens âgés dont j'ai la chance qu'ils m'entourent. Certains d'entre nous n'ont-ils pas en tête le souvenir d'un jour d'enfance où l'on ne veut plus ni gâteau d'anniversaire ni bougies, comme pour arrêter le temps et s'assurer que ce dernier ne s'approchera pas de nos "petits vieux" dans le but de leur fermer les paupières ?
Bien à vous, Syl


Magique !
"...il laissa gagner le vieil homme, faisant semblant d'avoir une fois encore, perdu. Comme cela, j'ai une immense tendresse pour quelques gens âgés dont j'ai la chance qu'ils m'entourent.Certains d'entre nous n'ont-ils pas en tête le souvenir d'un jour d'enfance où l'on ne veut plus ni gâteau d'anniversaire ni bougies, comme pour arrêter le temps et s'assurer que ce dernier ne s'approchera pas de "nos petits vieux" dans le but de leur fermer les paupières ?"
Magique ...


Eh bien ! Je suis étonnée et "ravie", bien sûr, des réflexions, très riches, que suscite ce texte de Paul Auster. Je vais essayer d'y apporter ma propre réponse, qui ne peut être que celle du moment.

Pour ce qui est du "je", il est passé à la trappe, en effet, à mon insu ! Il faut croire que l'emprise de la mère est toujours aussi forte (et castratrice?) sur moi !
En revanche, je ne vois pas vraiment ce qu'est "le devoir d'aimer". Aimer ne me semble pas avoir de rapport avec le devoir. Aimer est inné. J'aime mon père et ma mère. J'aime mes enfants. Cela ne relève en rien du devoir. C'est, ou alors ça n'est pas.

Pour ce qui est du père, c'est finalement pour moi plus complexe. Mon père est mort jeune (à 59 ans) et je n'étais pas, à l'époque, dans un projet d'écriture. Je n'ai pas eu le temps d'expérimenter la question du lien "écriture-père".
Mon père était tel que le décrit Sylvie, mais vu du côté de mes frères. En ce qui me concerne, j'avais perçu sa fragilité et sa sensibilité toute féminine. Il n'était pas un "héros" mais plutôt un "poète". En tout cas un fantaisiste qui me faisait beaucoup rire avec ses originalités. Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de me heurter à lui ni d'établir de lien de connivence, de complicité. Et je le regrette infiniment. Je ne sais pas comment il aurait vécu "mon écriture".
Je sais en revanche que, pour mes enfants, c'est un sujet tabou ! Ce qui me fait m'interroger de la même façon sur la relation entre l'"écriture" et "l'autre".



"devoir d'aimer"... Ce serait si beau si toutes les naissances liaient la mère à l'enfant aussi joliment que vous l'esquissez, Angèle. J'ai croisé dans mon métier des femmes qui ont vécu des grossesses non désirées et qui ont eu tant de mal à aimer leur enfant... et qui parfois n'ont pu les aimer. L'amour maternel est-il inné ? N'y a-t-il pas des failles, des impossibilités... L'idéal quand cela ne se passe pas...très bien, confier à d'autres le petitou qui, lui, a tant besoin d'amour, le protéger, l'éloigner d'un geste fatal...
Mais je reste sur cette douce image : vous et vos enfants, vous, annonçant à tout le village que vous êtes "mamina" (source : vos carnets de marche).
L'amour paternel, maternel... un rêve pour certains, les oubliés, une chance pour tous les autres...



Bonjour à toutes, puisque nous sommes nombreuses et que c'est très bien ainsi ! Le rapport entre l'écriture et l'Autre ? Sujet infini, autant que la rencontre. Pour ceux qui nous entourent, les proches, il me semble qu'il y a le risque (j'expérimente cela depuis quelque temps !) d'un isolement et, si l'on n'y prend pas garde, d'une sorte de distance. Il faut savoir "baisser le rideau", et j'avoue rencontrer quelque difficulté à passer/penser à autre chose. Il me prend des envies de tenir une quincaillerie (même si ça n'existe plus!), alors je baisserais mon rideau de fer à 17h00 fermant boutique et oubliant sans difficulté ma journée de travail ! Non, bien sûr...! J'aime immensément vivre, et découvre que l'on peut aimer raconter (essayer de...!) la vie autant que la vivre. Pour un peu, l'écriture nous mangerait tout cru, non ? Mais cela s'explique par ma jeunesse en écriture ; cette sensation devrait n'être que passagère. Quant à l'Autre au sens de l'inconnu, l'étranger - le peuple de ceux dont on n'a jamais croisé la route - une citation de Paul Auster justement, qui définit exactement ce que je crois savoir: " Un livre, c'est le seul lieu au monde où deux étrangers peuvent se rencontrer de façon intime." Et que faisons-nous d'autre, invitées dans ce blog, petite île de mots?
Bien à vous, allez, au travail !


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