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28 novembre 2009

Commentaires


Les mots mettent toujours du temps à sortir lorsque le souvenir est douloureux ou pire insupportable.
En lisant cet excellent article, j'ai pensé à une vidéo qu'un ami m'a envoyée : la lapidation d'une jeune Algérienne. L'horreur !...
Je ne peux pas la transmettre à mon tour car je ne veux pas imposer ces images à d'autres... Impossibilité de dire l'horreur de la réalité, impossibilité de la montrer. Combien y-a-t-il de silences lourds à porter pour ces femmes martyrisées ? Le pardon a-t-il un sens lorsque l'on est victime de la barbarie ? La révolte a-t-elle un sens si elle reste silencieuse ?... Qui peut entendre le silence en dehors des poètes et des musiciens ?
Redonner la mémoire à l'oubli ? C'est un devoir que chacun devrait porter et transmettre... Wahiba Kiari le fait avec pudeur.
Amicizia
jpC


Comment se procurer ce texte?
SD

=> Sylvie

- soit sur les sites traditionnels de ventes de livres en ligne ;
- soit en librairie (Goulard et Vents du Sud à Aix-en-Provence ; Maupetit et Regards à Marseille ; Sauramps et le Grain des mots à Montpellier, ...)

YT

des voix de femmes qui, même dans le silence, hurlent à nos oreilles jusqu'à l'insupportable !
merci pour votre passage chez moi et aussi pour cette nouvelle découverte..

Babel


Merci pour ton passage sur mes terres, cher Jean-Paul. Je suis très émue de ton témoignage. Peut-être ce récit va-t-il susciter des réactions qui iront dans le sens de la révolte contre le silence imposé par la violence.

Cù l'amicizia

Anghjula



A chaque génération cette dépossession de soi, jusqu'au crime et la négation de l'être dans les rouages de la misogynie ordinaire et dominatrice. La bête immonde est toujours tapie quelque part et nous devons la combattre avec l'intelligence et le courage de dénoncer là où c'est possible. Le pardon c'est autre chose. C'est intime et ne peut être prescrit de l'extérieur. Il faut aider à la reconstruction des êtres personnellement mutilés dans leur chair et leur pensée. Cela signifie une solidarité continue et l'absence totale de complaisance. Un viol ne s'efface pas.



Un viol ne s'efface pas. Tous les récits que je lis en ce moment en témoignent. Le pardon dont il est question ici est une interrogation de la narratrice sur elle-même, puisqu'elle a fui son pays et abandonné, en quelque sorte, les absents à leurs bourreaux. Comment vivre avec cette blessure-là au creux du corps ?



Le Prix Senghor 2010 a été attribué ex aequo à Ici-bas de Bruno Nassim Aboudrar (éditions Gallimard) et à Nos Silences de Wahiba Khiari (éditions Elyzad).



C'est un livre d'une force inouïe, que je viens de lire dans la plus grande sidération.
Et je pense à ces choses que seules des femmes peuvent dire :

P. 70
"Elles avaient un secret qu'elles ne disaient
à personne, les quatre sœurs complaisantes.
Elles portaient sur leur corps la même
marque de naissance, une "envie" enfouie
au même endroit, et dans le cœur une
peur latente qui se réveillait les veilles de
mariage. Elles parlaient de leurs "envies"
comme d'une anomalie génétique, un
défaut héréditaire. Elles en avaient presque
honte."

et p. 76, parlant du placenta :
"(...) Chez nous, on l'appelle aussi
'khouatates', les sœurs. Pourquoi ce féminin
pluriel ? Je ne sais pas."


Ce cri qui recouvre tout, ce cri qui remplace tous les mots, ce cri " Les Misérables ! ", est terrible.


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