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08 août 2009

Commentaires


Dans un ouvrage réunissant des essais, Le Temps ce grand sculpteur, Gallimard - elle écrit (essai intitulé Jeux de miroirs et feux follets) :
C'est l'histoire [qui vient] après coup à ma rencontre et l'être ou l'incident inventés se révèle[nt] réels", cela la fait rêver sur "l'intensité des poussées obscures qui nous ont dirigés vers un nom, un fait, un personnage plutôt qu'un autre. Nous entrons là dans la forêt sans sentiers", conclut-elle.
et au poète Alexis Curvers, à propos "D'Hadrien à Zénon":
"Nous avons choisi de renoncer à une morale courante faite de préjugés et de payer le prix qu'il faut ce grand luxe et cette grande nécessité : une morale libre. Cette licence nous oblige en quelque sorte à des vertus héroïques (...). Nous sommes responsables, en quelque sorte, d'un idéal de vie et de bonheur qui nous est en ce moment commun avec si peu d'êtres..."
Michèle Goslar introduit, ainsi, par bien de ces phrases superbes (correspondances et livres) un magnifique ouvrage où elle a réuni des méditations de Marguerite Yourcenar, Le Bris des routines, pour voyager avec elle dans son oeuvre et dans ses pensées.
Ainsi, je fais lien entre Les Carnets de marche d'Angèle et Mémoires d'Hadrien de Yourcenar : le devoir d'écrire.



Etrange aussi que Marguerite Yourcenar n'ait pu prendre comme axe de son récit, un personnage féminin ! Celui de Plotine, par exemple.
Elle s'en explique dans ses Carnets de notes:
"La vie des femmes est trop limitée, ou trop secrète. Qu'une femme se raconte, et le premier reproche qu'on lui fera est de n'être plus femme. Il est déjà assez difficile de mettre quelque vérité à l'intérieur d'une bouche d'homme".

Et un peu plus loin, comme pour éclairer sous un autre angle ces propos qui peuvent surprendre sous la plume d'une femme et paraître réducteurs :

"Tout nous échappe, et tous, et nous-mêmes. La vie de mon père m'est plus inconnue que celle d'Hadrien. Ma propre existence, si j'avais à l'écrire, serait constituée par moi du dehors, péniblement, comme celle d'un autre ; j'aurais à m'adresser à des lettres, aux souvenirs d'autrui, pour fixer ces flottantes mémoires.Ce ne sont jamais que murs écroulés, pans d'ombre. S'arranger pour que les lacunes de nos textes, en ce qui concerne la vie d'Hadrien, coïncident avec ce qu'eussent été ses propres oublis."

Ce qui fascine davantage encore, c'est le point d'ancrage de ce récit. Point d'ancrage qui remonte à l'ébauche de 1934 et se lit dans cette phrase et dans le commentaire qui l'accompagne:

"Je commence à apercevoir le profil de ma mort". Comme un peintre devant un horizon, et qui sans cesse déplace son chevalet à droite, puis à gauche, j'avais enfin trouvé le point de vue du livre."


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