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11 octobre 2008

Commentaires


"Nous écrivons pour l'absent(e)."

On le comprend ici, le poète écrivant à une femme. Mais si on prend l'écriture en général, à quel(le)absent(e)s'adresse-t-elle? Pour qui écrit-on, finalement? Pour un lecteur imaginaire, pour nous-même, pour les dieux qui peut-être nous écoutent ou tout simplement pour recréer le monde tel que nous aurions voulu qu'il fût?


Tout cela ensemble et tour à tour, mon cher Feuilly. Vous avez raison. Et Issa Makhlouf le sait aussi, qui, dans Mirages, fait le récit d'un aveugle dont le "premier écrit est un poème, c'est-à-dire une simple tentative de capter le souffle du temps et de retourner vers des lieux perdus à jamais."

"C'est ainsi (dit le narrateur) qu'il se mit à rêver à des villes lointaines qu'il ne verrait plus car sa cécité les recouvrait de son ombre. A des mers où il ne s'embarquerait pas, celles-là mêmes que des dents de dauphins déchirèrent. Et à des auberges où il dormirait une nuit, jamais deux. A imaginer une mer, une plaine ou une montagne, à écouter même de la musique, parfois, dans le sentiment d'être sur le point de recueillir quelque chose qu'il ne pourra jamais exprimer. Car écriture et labyrinthe, écriture et miroirs, miroirs et masques, nuit et boussole, tout cela n'est que le reflet des choses, rien de plus."

Issa Makhlouf, Mirages, Librairie José Corti, 2004, p. 33.


Peut-être que l'écriture se destine à un lecteur imaginaire tel que nous l'aurions voulu et que croise parfois un lecteur réel comme une ombre aussitôt avalée par l'ogre des reflets.
Tout en vous lisant, puisqu'elle est évoquée ici, j'écoute Kathleen Ferrier. Sa voix rare de contralto cisèle les poèmes de Friedrich Rückert et de Goethe sur les musiques de Malher et de Brahms, désir et nostalgie, des mélodies très proches du très beau livre que vous évoquez, ici.

" Mais là-bas, qui est-ce ?
Son chemin se perd dans les broussailles,
derrière lui
les buissons se referment,
l'herbe se dresse à nouveau,
le désert l'engloutit."

"O vous, désirs, qui ne cessez d'agiter
notre coeur sans trêve ni repos !
O toi, nostalgie, qui secoue ma poitrine
quand te reposes-tu, quand sommeilles-tu ?
Le murmure des vents, des jeunes oiseaux
ne vous endort-il donc jamais, désirs passionnés ? "

"A minuit
j'écoutai
mon coeur battre.
Je sentis un battement
de douleur
à minuit."

Elle chante tout cela, en allemand et les mots en sont encore plus sombres. Et vous, Angèle, comme à votre habitude, vous glissez votre voix dans celle de l'auteur que vous avez choisi et je ne sais plus de vous deux, laquelle est présente. Vous rendez le beau livre d'Issa Makhlouf, indispensable...


Merci pour ces paroles, chère Christiane, qu’Issa ne pourra pas lire tout de suite. Pendant que je vous écris, Issa embarque dans l'avion de 9h00, à destination de Beyrouth, pour assister à la Première d'une pièce de théâtre [dossier de presse en pdf] qu’il a écrite avec Nidal Al Achkar (et qui sera présentée à Paris au printemps prochain), et pour participer ensuite au Salon francophone du livre qui se tiendra du 23 octobre au 2 novembre (c’est la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui est la région invitée d’honneur cette année en même temps que l’éditeur Actes Sud). Le samedi 25 octobre aura lieu une lecture par Issa Makhlouf de Lettre aux deux sœurs.

Issa m’a dit qu’il portait mes mots en lui… Je suis sûre que les vôtres le toucheront aussi profondément.

Savez-vous que vous pouvez aussi écouter Kathleen Ferrier (et lire l’incipit qui correspond) en cliquant sur le mot voix dans la note consacrée à Lettre à deux soeurs ? Mais là, ce n’est ni Mahler, ni Brahms, mais la Passion selon saint Matthieu.

PS 1. En novembre 2005, j'avais écrit une courte note sur Kathleen Ferrier/Ewig… Ewig.
PS 2. Je viens d'ouvrir mes volets. Il fait très beau. Je vais pouvoir me baigner.



Faute de mer proche je me baigne dans l'écume des mots. Je viens de commander ce livre dont vous m'avez donné soif. Je vous en reparlerai après, comme pour Icare ou Lalla. Comment fait-on pour accéder à votre chronique sur K. Ferrier ?


Christiane, en l'absence d'Angèle (qui descend actuellement par le sentier au travers du maquis vers la marine de Ghjottani), je vous réponds :

- vous pouvez cliquer sur Kathleen Ferrier (lien actif, j'ai vérifié), dans l'article Issa Makhlouf, Lettre aux deux sœurs. Là vous arrivez sur une biographie (ce n'est pas à proprement parler une chronique) et un poème de Bonnefoy, commenté par Michèle Finck. Tout en bas de la page, dans la zone encadré, il y a plusieurs liens actifs (déplacez la flèche avec votre souris jusqu'à ce qu'apparaisse une main, puis cliquez), dont un sur Ewig… Ewig (j'ai aussi vérifié, ça marche).

N'hésitez pas à écrire en cas de difficulté.


J'ai lu ce livre très lentement pour le laisser respirer, pour lui donner le temps de la correspondance. Il éclaire tellement le difficile chemin de l'amour. J'avais souligné ces phrases si fines. Je les offre aux lecteurs de votre blog en cadeau. Sous la belle méditation de Feuilly, elles joueront au lierre...
"Que tu t'approches de l'amour signifie, implicitement, que tu t'approches de la peau de son contraire...
Nous partons sans crier gare et sans adieu. Même quand l'un de nous est à l'intérieur de l'autre, nous partons alors que nous sommes à l'intérieur de lui. Nous l'embrassons et nous partons. Nous le couvrons de baisers et nous nous évertuons à nous en rapprocher tant nous tenons à nous en éloigner...
Nous nous perdons dans l'espace imaginaire de nos corps et nous tirons les rideaux sur notre peur."
Très beau livre...


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