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28 octobre 2008

Commentaires


J'ai le souvenir très fort d'un poème que nous avions eu à commenter au lycée: "Chambre de la douleur" de René-Guy CADOU, tiré de son recueil Hélène ou le règne végétal. Le poète évoque aussi un père disparu qu'il attend "Pour remailler les filets bleus de la lumière". Père dont le deuil se fait en plusieurs temps :

D'abord souffrance crue, abrupte, qui appelle un désir de mort, le fils étant
"Déjà prêt à partir";

ensuite résurrection:
"Puis ce fut le printemps la pâque
Je te trouvai au fond de chaque
Sillon dans chaque grain de blé
Et dans la fleur ouverte aux flaques
Impitoyables de l’été";

enfin l'abolition des murs qui forment la "chambre de la douleur" :
"Et l’amour sera fait d’autres mains
D’autres lampes
Ô mon père
Afin que nous puissions nous voir".

Je ne connais pas le recueil de Béatrice Bonhomme-Villani, mais ton commentaire, Angèle, m'a rappelé immédiatement Cadou. Il semble que dans les souvenirs liés au père, la figure de l'arbre soit souvent présente : comme s'ils étaient tous deux du même bois, avec cette tension douloureuse née de de la distance entre les racines et la cime, et des destins différents du tronc et de ses fruits.



Magnifique texte.
Le rapport entre le père et l'arbre ? La solidité des racines, bien ancrées dans le sol, la prestance et puis cette fuite du tronc vers le ciel, vers l'impossible pourtant possible et cette invitation faite à l'enfant en train de grandir de conquérir également cet espace qui lui appartient de droit.

Rugosité de l'écorce, contre laquelle la jeune fille devenue adulte peut appuyer son visage et se souvenir un instant des joues mal rasées de ce père aujourd'hui absent.

Force de l'arbre, qui traverse les saisons et les tempêtes. Eternité de l'absence et ce cri de la fille pour ce père qui l'a conçue et aimée.



Sans doute y a-t-il des souffrances communes à tous les êtres, ce sentiment de révolte face à la mort vécue comme une injustice. Ce rapt violent et inacceptable. C'est sans doute ce qui rapproche Béatrice-Bonhomme-Villani de René-Guy Cadou, de beaucoup son aîné.
Quant à la figure de l'arbre, Béatrice Bonhomme s'y réfère pour tenter de mettre en mots sa propre douleur "d'arbre mutilé".


l'abondance dans les légendes des peuples des "pères-arbres"comme des "mères-arbres"...l'image dépouillée peu à peu de son contexte mythique aboutira de nos jours à l'arbre généalogique, puis, chemin faisant,du symbole profond à l'allégorie - on peut citer l'arbre de Jessé,mythe biblique... qui a inspiré tant d'oeuvres d'art...

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