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20 avril 2008

Anne Sexton/Elisa Biagini/Due mani... Due voci

«  Poésie d'un jour  »




Deux_mains_2




TWO HANDS

From the sea came a hand,
ignorant as a penny,
troubled with the salt of its mother,
mute with the silence of its fishes,
quick with the altars of the tides,
and God reached out of His mouth
and called it man.
Up came the other hand
and God called it woman.
The hands applauded.
And this was no sin.
It was as it was meant to be.

I see them roaming the streets :
Levi complaining about his mattress,
Sarah studying a beetle,
Mandrake holding his coffee mug,
Sally playing the drum at a football game,
John closing the eyes of the dying woman,
and some who are in prison,
even the prison of their bodies,
as Christ was prisoned in His body
until the triumph came.

Unwind, hands,
you angel webs,
unwind like the coil of a jumping jack,
cup together and let yourselves fill up with sun
and applaud, world,
applaud.

Anne Sexton, The complete Poems, Boston, Houghton Mifflin Company, 1981, in Anne Sexton, Poesie su Dio, Casa Editrice Le Lettere, Firenze, 2003, pp. 173-174.




DEUX MAINS

La mer apporta une main,
ignorante comme un sou,
corrodée par le sel de sa mère,
rendue muette par le silence des poissons.
Elle arriva rapide sur l’autel de la mer
et Dieu la saisit de Son Verbe
et il l’appela homme.
L’autre main monta à la surface
et Dieu l’appela femme.
Les mains applaudirent.
Et ceci n’était pas un péché.
C’était comme cela devait être.

Je les vois sillonnant les rues :
Levi se plaint de son matelas
Sarah scrute un cafard
Mandrake tient dans la main une tasse de café
Sally joue du tambour lors d’une partie de football
John ferme les yeux de la femme à l’agonie
il y en a qui sont en prison,
et même dans la prison de leur corps,
comme le Christ fut prisonnier de Son corps
avant que le triomphe advint.

Déliez-vous, mains,
vous angéliques lacis,
déliez-vous comme le ressort d’une sauterelle
unissez-vous en forme de coupe et emplissez-vous de soleil :
et maintenant, applaudissements, monde,
applaudissements.

Traduction Angèle Paoli




Note d’AP :

    C’est au cours de ma lecture du recueil Nel bosco (Einaudi, 2007), et plus particulièrement de La Surprise dans l’œuf (La sospresa nell’uovo) d’Elisa Biagini que je suis « tombée » sur cette troublante dédicace à Anne Sexton : « Fact : death too is in the egg/Constat : la mort aussi est dans l’œuf » (All My Pretty Ones, 1962). D’où le choix du poème ci-dessus. Choix qui acquiert une pertinence accrue quand on sait qu'Elisa Biagini a enseigné aux Etats-Unis et a édité chez Einaudi en 2006 une anthologie des nouveaux poètes américains.
    Il n’existe pas de traduction française de la poésie d’Anne Sexton. Pas davantage de traduction française de quelque recueil que ce soit d’Elisa Biagini. Ci-dessous, trois poèmes d’Elisa Biagini, rencontrée vendredi dernier aux Premières rencontres poétiques de Fiesole.
    Elisa Biagini sera le mois prochain (13 mai) l’invitée du Centre d’Études Poétiques de l’ENS de Lyon (en partenariat avec l’Institut Culturel Italien et le département d’italien). Elle y parlera notamment de son expérience d’écriture.




VOCE SCRITTA

Voce scritta
sul vetro, pelle
affondata di
lana, unghie come
cadute sul tappeto :

ma per te ho
scarpe di
campanelli, ogni
voltarmi carta
vetrata sul tuo
muro.

Elisa Biagini, La sorpresa nell’uovo in Nel bosco, Giulio Einaudi Editore, 2007, p. 60.




Papier_de_verre_sur_ton_mur
Ph., G.AdC




VOIX ÉCRITE

Voix écrite
sur le verre, peau
coulée de
laine, ongles comme
tombés sur le tapis :

mais pour toi j’ai
des chaussures à
clochettes, chaque
fois que je me retourne papier
de verre sur ton
mur.

Traduction Angèle Paoli




PERDUTA ?

Perduta ? è il bosco
che mi segue, che beve
la mia ombra, mi
svuota, tronco cavo :
io foglia, tra le
pagine di un libro.

Elisa Biagini, Gretel o del perdersi, in Nel bosco, p. 110.




Le_bois_qui_boit_mon_ombre
Ph., G.AdC




PERDUE ?

Perdue ? C’est le bois
qui me suit, qui boit
mon ombre, me
vide, tronc creux :
moi feuille, entre les
pages d’un livre.

Traduction Angèle Paoli




NEL BOSCO

Nel bosco
gli occhi sono
sganciati come
bottoni, la bocca
un’asola.
               Il viso tutto
un pugno che
si chiude.

Elisa Biagini, Gretel o del perdersi, in Nel bosco, p. 121.




Dans_le_bois_les_yeux_sont_dgrafs_2
Ph., G.AdC




DANS LE BOIS

Dans le bois
les yeux sont
dégrafés comme
des boutons, la bouche
une boutonnière.
                                Le visage entier
un poing qui
se ferme.

Traduction Angèle Paoli





Voir aussi :
- (sur Terres de femmes) Elisa Biagini/
Nel bosco/Dans le bois (note de lecture) ;
- (sur Terres de femmes)
Elisa Biagini à Lyon (chronique de Marie-Ange Sebasti) ;
- (sur American Poems) une
biographie d’Anne Sexton (+ 172 poèmes) ;
- (sur YouTube) des
clips vidéos sur Anne Sexton ;
- le
site personnel d’Elisa Biagini ;
- (sur Poetry International Web) une
bio-bibliographie sur Elisa Biagini (+ de nombreux poèmes) ;
- (sur Treccani.it) un article d'Elisa Biagini :
Sul mestiere di poeta.



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Voici les sites qui parlent de Anne Sexton/Elisa Biagini/Due mani... Due voci :

Commentaires


Salve, Franca amica, ti ringrazio tanto della tua incoraggiante presenza.

Dante ci fù sempre accanto durante questi giorni trascurati in Toscana. Mi manca già troppo quel bel paese! Ne ho una profonda nostalgia, che succede come sempre, dopo, all'improvviso.


...au chaleureux commentaire de Jean-Marie
"...nous faire découvrir deux poètes..."

j'ajouterais : ...et retrouver la poète-Angèle
avec ses chaleureuses traductions-poésies !

bisousdebonjour !



Merci Jean-Marie et bravo ! Quelle belle réactivité ! Et pour nous le plaisir de vous retrouver, ami enthousiaste et fidèle accompagnateur de mes dernières découvertes.


Ami(e)s de Terres de Femmes, voilà du beau travail : nous faire découvrir deux poètes d'un coup, et pas n'importe lesquelles !
J.-M.P.

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