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25 janvier 2008

Maddalena Rodriguez-Antoniotti, Bleu Conrad

Topique : Bleu
Maddalena Rodriguez–Antoniotti, Bleu Conrad,
Le Destin méditerranéen de Joseph Conrad,

Albiana, 2007.





Maddalena_rodriguezantoniotti
Image, G.AdC





BLEU CONRAD, UNE « MÉTAPHORE DE L’ABSENCE »

    Quelle couleur donner à l’absence ? Quelle couleur donner au manque que suscite l’absence ? Lorsque, comme Joseph Conrad, l’on a connu les mers lointaines et que la favorite a pour nom Méditerranée ; lorsque, après y avoir fait ses armes en pleine adolescence, la mer est soudain confisquée, la couleur de l’absence est le bleu, l’indéfiniment bleu du ciel et de la mer.

    « Métaphore de l’absence », la couleur qui taraude la vie de Joseph Conrad depuis l’âge de ses dix-sept ans est aussi celle que Maddalena Rodriguez-Antoniotti a choisie pour titre de son dernier ouvrage. Bleu Conrad. Métaphore à ce point essentielle que le bleu est intimement uni au nom de Conrad, intimement associé à lui. Et, selon Maddalena Rodriguez-Antoniotti, suffit à définir l’homme d’exception que fut le Polonais d’Angleterre. Ainsi le bleu, couleur de l’absence et du manque, court en filigrane de chapitre en chapitre, d’une page à l’autre de cette vaste somme biographique. Consacrée au grand navigateur et au grand écrivain que fut Joseph Conrad. La métaphore du bleu tisse au cœur de l’ouvrage Bleu Conrad un vaste réseau de sens, et guide la lecture. Une lecture dense et foisonnante, à l’image de l’ouvrage lui-même. Dont le titre concis et énigmatique de Bleu Conrad est explicité par le sous-titre : Le Destin méditerranéen de Joseph Conrad.

     Car c’est bien le destin d’un homme hors pair que celui de cet exilé de Pologne qui choisit très tôt de quitter la terre des origines pour des cieux infinis et pour une vie d’errance en mer plus conforme avec sa vision de l’homme libre. C’est le récit de ce destin que l’historienne Maddalena Rodriguez-Antoniotti a voulu nous faire partager. Un récit qui commence à rebours, à partir de la date du 3 février 1921. Date du début du dernier voyage en Corse. Joseph Conrad a soixante-trois ans lorsqu’avec Jessie, son épouse, le navigateur effectue, à bord de l’Iberia, celle qu’il sait être sa dernière traversée. L’occasion pour Maddalena Rodriguez-Antoniotti de retracer dans le moindre détail les rêves les plus fous, les attentes et les espoirs déçus de Conrad. Et pour le plus « débritannisé » des auteurs, de faire le point sur sa vie. L’ultime rêve de Conrad est de profiter du séjour dans l’île pour rendre visite une dernière fois à celui qui fut l’irremplaçable ami, Dominique Cervoni. Après un long séjour à Ajacciu où Conrad ne trouve de bien-être qu’auprès des vieux loups du port, l’auteur de Nostromo – nom inspiré à Conrad par la figure hauturière de l’aventurier-navigateur Capcorsin – entreprend le voyage dans le Cap Corse et se rend à Luri, sur la tombe où repose Cervoni. Le bleu de la nostalgie ne quittera plus Conrad, car c’est aux côtés de Cervoni que le jeune homme a vécu, jadis, ses premières expériences exaltantes de la mer. En route vers les Amériques, à bord du Saint-Antoine ou du Tremolino. Une exaltation inoubliable dont Joseph Conrad ne guérira jamais. Sauf à la transcender par l’écriture. Ce dont témoigne son œuvre immense.

    Si le bleu est la couleur du manque et de la nostalgie pour Joseph Conrad, la couleur de « la passion selon M. R.-A. », c’est Joseph Conrad. Une rencontre qui s’est faite par effraction, confie l’auteure dans son Post-scriptum. Mais une rencontre fondamentale à trois dimensions. Conrad, la Corse, Maddalena. Passion pour une terre – la Corse – et passion pour un homme qui a adulé cette terre.

    À mi-chemin entre biographie et essai, entre littérature et Histoire, la passion de Maddalena Rodriguez-Antoniotti se lit dans le foisonnement débordant – presque trop ? – de l’écriture et dans celui, très riche, des références multiples – musicales (Debussy), picturales (Van Gogh, Matisse), historiques, littéraires. Un beau travail d’érudition, nourri des lectures les plus diverses – documents d’archives, articles de revues,… - sans oublier l’œuvre romanesque de Conrad et ses Lettres françaises.

    Préfacé par Kenneth White - qui souligne « le champ de pensée » ouvert par Maddalena Rodriguez-Antoniotti, Bleu Conrad est un bel ouvrage qui allie qualités d’écriture et qualités artistiques. Au bleu qui court en filigrane de chapitre en chapitre répond le bleu des « diptyques photographiques » réalisés par l’auteure elle-même. Mais pas seulement. Aux très belles photos de Maddalena Rodriguez-Antoniotti viennent s’ajouter les clichés d’archives, « délibérément traités en sépia ».

    Hommage à l’écrivain épris d’absolu, Bleu Conrad est aussi hymne vibrant à la Méditerranée.

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli



    Historienne de formation, Maddalena Rodriguez-Antoniotti est peintre, photographe et essayiste. Elle a publié en 2005 chez Albiana Comme un besoin d'utopie, le Parcours du Regard, un parcours d'art contemporain en Corse, et écrit dans diverses revues dont la Revue fora ! (« Faire trace, faire signe », N° 2, Hiver-printemps 2008).




Voir aussi :
- (sur Terres de femmes)
3 février 1921/Joseph Conrad. En partance pour Ajaccio (Incipit de Bleu Conrad) ;
- (sur le site des éditions Albiana) un
entretien avec Maddalena Rodriguez-Antoniotti ;
- (sur Terres de femmes) le 14 juillet 1900/Joseph Conrad, Lord Jim.



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Voici les sites qui parlent de Maddalena Rodriguez-Antoniotti, Bleu Conrad :

Commentaires


Maddalena Rodriguez-Antoniotti, vous le dites, chère Angèle, est aussi photographe !
Son travail dans cette discipline me fait penser à celui de Monica Delli Iaconi, une homologue en somme qui, à quelques encablures de l’île de beauté, regarde le Tirreno d’une bien belle façon aussi.

Ce Bleu Conrad, ce bleu del Mediterraneo, amoureusement partagé sur TdF est un peu universel donc ; qui s’en plaindrait ?

Amicizia
Guidu ___

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