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05 septembre 2007

Commentaires

Je suis particulièrement heureuse que toi, mon amie d'enfance, que j'ai revue tout récemment sur la plage corse de nos rendez-vous, aies évoqué ce couvent de Morsiglia, qui se dresse sur la terre de mes ancêtres chère à mon coeur. C'est vrai, ce vaisseau-fantôme est propice à de nombreuses évocations et la silhouette fantomatique de Reynaldo Hahn telle que tu l'imagines y a sans doute sa place. Je pense aussi à mon arrière-grand-père, qui fut le dernier garde-champêtre de Morsiglia, et qui a sans doute foulé plus d'une fois le sol du couvent et ses alentours, à ma grand-mère et ses trois soeurs, à mon grand-père, petits enfants jouant à l'ombre de cet incroyable palais...
Merci de me faire rêver...
Amicizia
Christiane

Peut-être as-tu des histoires passionnantes à me raconter, Christiane, sur cet arrière grand-père, dernier garde-champêtre de Morsiglia. D'autres rêveries à partager, sur la plage ou sous le tilleul.
As-tu une idée sur l'étymologie de ce village? Je m'interroge et j'élucubre, mais je n'ai rien trouvé de sérieux pour le moment.
Basgi,
@ prestu,
Angèle

Etymologie de Morsiglia ? On peut gamberger... : Maures ? Référence à la confrérie des Saliens, comme à propos de Marseille ? Hum ! Mieux vaut suspendre ces hypothèses confuses sinon fumeuses... qu'on ne peut vérifier.

Il y a par contre des informations passionnantes sur l'histoire de Morsiglia (et de Centuri, mon village tout proche) sous la plume de Michel Vergé Franceschi, voir article :
"La Corse enjeu géostratégique en Méditerranée et les marins Cap Corsins"

lien :
http://cdlm.revues.org/document.html?id=859

Extraits :

" à partir de 1530, les Centurais et les habitants du village limitrophe de Morsiglia (...) se sont imposés en Méditerranée, à Marseille, Barcelone, Madrid et sur toutes les côtes du Maghreb, au point que Fernand Braudel -maître incontesté en la matière - a pu conclure qu'au XVIe siècle, "il n'y a point eu un événement méditerranéen auquel un Corse n'a point été mêlé". Dans la décennie 1530-1540, les Cap Corsins de Centuri et de Morsiglia affluent en effet à Marseille dans le sillage du premier des leurs, Tomasino Lenche (v.1510-1568), natif de Morsiglia. La plus grande place de Marseille porte aujourd'hui son nom : place Lenche. Tomasino fut tout à la fois. Marin d'abord, puis armateur afin de mener son propre négoce, puis riche négociant, donc armateur, pour transporter et écouler ses propres marchandises : des produits chers, venus d'Orient, d'Alexandrie notamment, des épices, des étoffes; et des produits recherchés sur les côtes du Maghreb, c'est-à-dire des produits finis : des armes françaises ou espagnoles (souvent en contrebande), de la poudre, des munitions.

Reconnu pour ses qualités par François 1er d'un côté et par les autorités musulmanes de l'autre, il s'imposa vite en Méditerranée comme un habile négociateur en matière de "rachat des captifs", permettant aux puissances chrétiennes de racheter des chrétiens pris par les chébecs et brigantins d'Alger, Tunis ou Tripoli ; mais permettant -aussi - aux puissances du Maghreb de racheter, elles aussi, des musulmans tombés aux mains des galères pontificales ou contraints de ramer au sein des chiourmes des galères de la Religion, c'est-à-dire des chevaliers de Rhodes, devenus, depuis peu, chevaliers de l'ordre de Malte, suite à leur récente installation en cette île (1522). Négociateur hors pair, Tomasino Lenche mérite la première place au panthéon des marins du Cap Corse. Formidablement enrichi par ses nombreuses activités, il épousa à Marseille en 1541 la fille du maître-calfat royal de l'arsenal du port, Hugone Napollon, et il entreprit alors, grâce à la protection dont il jouissait à Bône, de déposséder les Génois du monopole de la pêche au corail qu'ils détenaient alors à Tabarka."

C'est plaisant, Angèle, de citer de telles sources sur cette revue "cap-corsaire"- quoique pacifiquement littéraire - non ?

Amicizia

Nadine

Plaisant en effet, Nadine, et génial aussi ! J'ignorais tout de ce Tomasino Lenche (Lenci ?) de Morsiglia et de ses fructueuses activités. Donc Morsiglia pourrait être étymologiquement lié à Marsiglia (Marseille). J'y avais pensé, bien sûr, mais je ne disposais d'aucun élément qui vienne conforter cette hypothèse. Merci à toi.

Si j'ai encore le fusil et la photo de mon arrière grand-père, en revanche je n'ai pas d'informations ni d'anecdotes à son sujet. Mais je ne désespère pas. Il faudra que je questionne mon fameux cousin qui est sur place et qui en sait peut-être un peu plus.. Je te tiendrai au courant.
Merci, Nadine, pour cette étymologie détaillée de Morsiglia. Je connaissais par mon père l'origine de la place de Lenche, dans le quartier du Panier à Marseille. Nadine, nous avons les mêmes origines : mes grands-parents étaient de Centuri (Cannelle et Ortinola). C'est plaisant de te retrouver sur TDF.
Je crois savoir, aussi, que le Dr Antomarchi qui assista Napoléon jusqu'à son dernier jour était de Morsiglia... vous avez dit, revue pacifiquement littéraire ??
Amicizia
Christiane

Angèle, Christiane,

Il y a maldonne ! Je n'ai pas apporté d'éclaircissements sur l'étymologie du nom de Morsiglia. D'abord parce qu'à ma connaissance elle n'est pas établie, et puis surtout parce que je ne veux pas abonder en un imaginaire des origines qui serait complaisant et alimenterait ce narcissime identitaire qui fait tant de ravages. J'ai préféré renvoyer ici à l'étude historique de Michel Vergé Franceschi dont j'apprécie la rigueur vers la recherche de la vérité.

En effet, je pense sincèrement que la littérature et la poésie ne doivent pas s'absoudre d'une volonté analytique dans cette recherche de vérité. Et vérités plurielles et complexes qu'il faut mettre en lumière et dont il convient de dégager les singularités de leur gangue inconsciente.

Je ne suis pas moi-même originaire de Centuri, qui est mon village d'adoption, mais de Bastia, et plus avant de Ghisoni, berceau de ma famille maternelle. Pourtant l'histoire tourmentée des Cap-Corsins dans leur environnement maritime m'est intimement familière.

Amicizia

Nadine

A lire le dernier papier du Point sur la bétonnisation de la Corse (future Costa Brava), la montée en puissance des promoteurs immobiliers de tout crin, et la vente au plus offrant du patrimoine insulaire, je ne pense pas que le narcissisme insulaire soit aujourd'hui une valeur qui fasse fureur, du moins chez les élus de la Corse. Par ailleurs l'intérêt que l'on peut porter à la toponymie et à l'étymologie (sans "h" pour ne pas la confondre avec mythologie) fait aussi partie du travail de l'historien. Il est toutefois vrai, ma chère Nadine, que tu n'as pas stricto sensu donné l'étymologie de Morsiglia. Tu as ouvert les pistes d'un imaginaire. A chacun d'en faire son miel. Mais toutes les abeilles ne sont pas catégorisables en Alpha Plus ou Bêta moins. L'identité n'exclut pas la différence : Terres de femmes en apporte chaque jour la preuve.

Amicizia,

Yves

Cher Yves,

Ton message est un peu sybillin. On peut s'insurger contre un PADDUC irrespectueux de la loi littorale et refuser pourtant la haine identitaire qui écrase et se soumet les différences, au point d'en vouloir distancier les excès par un jeu d'hétéronymes.

Les différences sont bien souvent minorées dans la réalité, car irréductibles et rebelles aux pouvoirs : femmes, étrangers, poésie qui s'exprime souvent dans les marges de la censure et de l'exclusion en désespoir de cause car non recevables, réfractaires même à l'ordre symbolique institué... Les utopies sont hélas souvent mortifères de ne s'accorder ni aux lieux ni aux temps de leur énonciation. Ce décalage, cet écart sont une étrange expérience. On dit, fort à propos, que nul n'est prophète en son pays.

Pourtant l'imaginaire et ses sublimations artistiques et littéraires ne nient pas la conscience politique, et l'exigence de vérité. Je crois donc que nous sommes d'accord sur le fond.

Amicizia

Nadine

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