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11 février 2007

Commentaires

Le temps pressait et la surprenait toujours en train de parfaire son œuvre. Contre cet implacable laminoir, il essayait d'édifier des remparts. Mais l'imagination souvent faisait défaut et le travail aussi…

Bonne fête de Saint Valentin !
Amicizia
Guidu______

Cavaliere, je ne peux rien vous cacher. Ce que vous dites est juste. Mais domani, domani, je monterai à Golpani, si...le temps le permet, le permet...

quand les odeurs et les couleurs sont
la quintessence de rides "gris sur gris"
et d'yeux noirs "helleborus" ou mauves "crocus"...
c'est ainsi que je vous vois,
vous corses,
...monter, monter, monter
presque jusqu'à Vos Olympus !

je te retrouve, ma chère Angèle,
toujours comme un précieux "écrin"
qui sauvegarde thèmes, valeurs, souvenirs
...feu sous "la cendre" !

je te salue avec beaucoup d'amitié.
franca

Où en sont les asphodèles ? Je me souviens d'un de tes textes, Angèle… Tu parlais des asphodèles qui laissent, avec sagesse, se dessécher les vieilles tiges pour faire place aux nouvelles... Cycle de toute vie, laisser la place à ceux qui arrivent...

Que ce mot as-pho-dèles est musical !
A collectionner comme le faisait Colette et son presbytère…

Monte à Golpani, Angèle ! Et dis-nous si les amandiers sont en fleurs et si leur blancheur masque le gris.

Où en sont les asphodèles ? Elles grimpent sur leurs tiges, jour après jour. De petits poings fermés sont visibles, par endroits. Et des fleurs blanches haut perchées ci et là ! Je veille. Demain, si le temps le permet, je monterai à Golpani d'où l'on embrasse tout le golfe. La Corse, une montagne dans la mer. Il suffit de voir les écrins enneigés du Cinto pour s'en convaincre.

Franca, je savais que je te retrouverais sur ce texte. En tout cas, je l'espérais. Merci à toi, amica.

"c'est ce que je ne sais pas te dire qui compte" (René Char)

Pour toi Douce Angèle
Lisa

Merci, Lisa cara, je crois comprendre ce que tu veux me dire à travers les mots de Char.


Elle me disait toujours : nous irons à Golpani et je laissais ce nom sonner étrangement à mes oreilles sans franchir le pas jusqu’au matin où, ballerines aux pieds (!), cédant à son injonction, je mis justement mes pas dans les siens ; au début le sentier me parut familier ; il me fit tout d’abord penser à celui de Scala avec ses versants à ciel ouvert et ses zones d’ombre mais on ne peut se méprendre : l’un entraîne vers la terre, la mer, les hommes, l’autre peu à peu en éloigne et, en l’empruntant, chemin faisant, tout doucement, le cœur aux aguets, c’est avec le fantôme de Zarathoustra qu’on renoue… Difficile de parler d’un lieu qui semble n’avoir été créé ni par un dieu ni par un démiurge à visage humain, difficile de parler d’un monde où celle qui vous y conduit est à la fois la sœur et l’initiatrice, Michèle et Angèle, la femme et la prêtresse ; il y a bien le côté rassurant des signes laissés par les animaux, la clarté des cistes éclatés, mauves et blancs, les mots que l’on se dit, la placidité des chênes, les trilles des oiseaux striant le silence mais le vertige est à portée de main ; il y a bien le défi à la solitude avec les villages qui se détachent dans le lointain et, à nos pieds, la bergerie à la fois familière et singulière mais on a malgré tout le souffle coupé ; ici tout est profusion, la lumière en particulier, et tout se raréfie ; seul subsiste non pas l’ essentiel mais ce que l’on pressent comme tel ; ici ce n’est pas seulement le ciel à perte de vue, le mystère, la beauté qui bouleversent c’est aussi la gravité aérienne et peut-être ce que j’appellerai la fin de l’effroi ; l’effroi face à la maladie, au vieillissement, à la mort ; ici tout semble en suspens… Et l’on redescend, le corps et le cœur moins lourds, deux yeux derrière la tête, en se promettant d’être désormais fidèles à Orphée.

Merci, Marie, de ce texte magnifique. Tu m'as dit : "Je suis hantée par ce lieu". Je t'ai dit de l'écrire. Et voilà que tu es là, sur mes terres qui sont aussi les tiennes. Je suis bouleversée mais sûre désormais, que, le pas franchi, Golpani ouvre sur d'autres espaces où tu as ta place avec moi.


« Je ne monterai pas à Golpani » vient d’être publié dans le n° 4 (juin 2007) de la revue de poésie contemporaine Pas, (éditions L. Mauguin).

La revue Pas, peut être commandée à l'adresse suivante :
1, rue des Fossés-Saint-Jacques
75005 PARIS

tél : 01 40 51 71 54
fax : 01 40 46 89 11
e-mail: contact@editionslmauguin.com



Chère Madame,

parfois il faut peut-être vaincre un trop de retenue - qui n'est sans doute souvent qu'un trop de prudence confortable - et l'évidence d'être fort éloigné encore d'une perception de l'étendue d'un texte - d'autant que le vôtre abrite et cache des références qui me sont inconnues ou difficiles d'accès - afin de pouvoir dire en toute simplicité le plaisir éprouvé à sa lecture, et ce du très beau titre jusqu'au "chat qui dort". Je demeure convaincu, encore aujourd'hui, malgré une méfiance grandissante à l'égard de l'écriture, cette érection en fétiche par l'auteur, que les choses sensibles perçues, dont une moitié, espérons-le, peut donner ce dit plaisir, ne valent en aucun cas moins que celles dites intellectuelles.
Mais je dirais également, dès lors que l'on admet que ce plaisir n'est pleinement que si l'on ne peut mettre un terme sur lui, que lorsque cela relève de la connaissance et qu'il s'y maintient jusqu'au bout une part d'inconnu voire, peut-être, d'inconnaissable, il peut nous être donné d'éprouver un plaisir assez similaire. (Plaisir d'une recherche sans savoir où cela mène, cela qui ne mène nulle part).
Je sais que mon propos peut vous paraître alambiqué (la cause réside certainement dans le manque de distance entre votre texte et ma lecture - il faudrait relire dans un an…). Aussi j'essaie de le dire par deux exemples (il y en a d'autres) qui m'ont touché, questionné, fait réfléchir. Celui de "où en sont les asphodèles" à partir duquel j'ai cherché un éventuel lien, entre autres, avec ce vers de Celan "die Asphodelen fragen einander weiss" (les asphodèles se questionnent mutuellement blanc), extrait d'un poème où PC questionne l'éternité et le monde antique (L'ETERNITE, vieillit à // Cerveteri les // asphodèles // se questionnent mutuellement blanc). Et celui, reposant pour moi la question de la mélodie, du mélos, question, aussi, sur les 'blancs' de la langue, son rythme, de "une veine blonde court dans le liège sombre d'un chêne en détresse" qui a une sonorité joycienne - sans que j'en ferais par ailleurs un rapprochement.
Enfin voilà comment avec beaucoup de mots confus je vous dis ce que j'aurais peut-être mieux exprimé en vous exprimant un simple merci pour ce "Je ne monterai pas à Golpani". Mais qui sait si ce 'merci' n'aurait pas non plus, finalement, prêté à confusion.

Bien cordialement à vous!

Martin ZIEGLER



Un très beau texte plein de senteurs, de lumières, de sons et de couleurs, Angèle. Ces belles constructions de pierre me font penser aux bories de Gordes. Tu connais peut-être... Bises



Chère Angèle, de l'un à l'autre de vos textes ne nous privez pas de celui-ci écrit un 5 février postérieur à ce 11 février. Je rêve d'un livre où ces textes seraient noués autour de votre déchirure... récit et poème tressés...

5 février...
"La mer, vert pétrole,agitée de vagues longues longues et de crêtes blanches venues du large. Des nuées d'embruns montent à l'assaut de la montagne jusqu'à hauteur de la route. Rochers et maquis brumisés sont pris dans un tourbillon ascensionnel de particules ensoleillées qui se déposent en retombant sur les cistes. Nuées de nuages. Il a neigé la nuit dernière et les contreforts du Cintu scintillent d'un éclat neuf. Les arrondis du Dorsoduro de la Balagne encerclent la route sur laquelle je roule, se déplacent à mon rythme. Il me semble qu'elles vont bientôt refermer leur boucle sur le Cap Corse. Et m'enserrer de leurs pinces rocheuses. L'air est doux et pur. Les talus sont fleuris, piquetés de l'or des belles-de-jour. Les asphodèles ont monté leurs tiges et sur certaines, déjà, le poing fermé des bourgeons est visible. L'éclosion sera pour mars. Je pense à la violence. Celle que dénonce Ronde des convers. Violence millénaire, aveugle et absurde. Violence inséparable du sacré. Relire René Girard. La violence en chacun de nous. La mienne, assoupie quelque part au fin fond de mes rêves et qui éclate à l'improviste. Imprévisible, incongrue, "inendiguable". Dévastatrice. "Straripa". Explosion. Sanglots et pleurs me secouent jusqu'à l'épuisement. Les chênes-liège filtrent la lumière, échancrage des branches sur le bleu du ciel, dentelle sur la mer. Violence et beauté....
Là-bas plus loin au-delà de l'autre côté des rivages clair de lune sur les falaises canailles de Cassis amants heureux amants dérobés aux regards par les rets de la nuit opportune impossible d'aller plus avant la nuit trébuche sous nos pas les phares ondulants lancent leurs yeux opaques dans la brume qui monte. Au loin les corniches hautes d'autres cercles trouent le silence talons aiguilles échancrures des crêtes la falaise blanche plonge ses racines dans la mer la nuit mobile avance sur les courbes insolites noyées dans l'invisible..."


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