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18 novembre 2006

Commentaires

Merci pour ce bel article, et pour ce travail en profondeur...
S'il y avait plus de gens comme vous…!

à bientôt

Imposture ou vérité qui se dérobe au langage, à l'écriture ?

On pourrait citer à ce propos Fernando Pessoa :
"La sincérité est le grand obstacle que l'artiste doit vaincre"

Angèle, tu as effectivement découvert le point nodal du livre : ce tableau qui, selon Marie Ferranti, aurait disparu et qui pourtant existe en d'autres compositions (tu as même pris soin d'en rechercher des traces). Et s'il était, comme cette couleur rouge de la robe de Lucie de Syracuse, une hallucination primitive ? Exprimant une vérité qui se dérobe car elle est insoutenable et porte sur l'ambivalence de la vision, l'ambivalence du sang, qui renvoie au féminin, à l'impur, à l'imposture, car il est le refoulé du langage.

Pour Serge Tisseron, analyste des Cahiers de psychologie clinique (n° 20) :
"L’image est un processus qui engage à reconnaître à la fois les liens qui existent entre corps et langage, et ceux qui existent entre sujets, et qui place le travail du regard dans l’ensemble des formes de la symbolisation à côté de ses manifestions sensori-motrices et verbales. À l’inverse, considérer l’image du seul point de vue du visuel correspond à un fantasme, celui d’une image qui serait indépendante à la fois du corps et du langage et qui permettrait un triomphe du regard affranchi de toute autre contrainte. "
(In "l'image comme processus, le visuel comme fantasme", pages 125 à 135 )

Bonjour Angèle,

Combien de recherches sur Google m'ont inexorablement menée à votre site, que chaque fois je découvre donc un peu mieux, mais toujours avec le même émerveillement.
Merci pour ce magnifique travail. Les textes, les images, la musique que vous partagez sont autant de portes qui s'ouvrent vers quelque chose qui vibre en moi.
Bien amicalement,
Nathalie

Nathalie Vuillemin
Institut de littérature française
Esp. Louis-Agassiz 1
CH-2000 Neuchâtel

"L'ambivalence du sang". Tu ne pouvais mieux dire, Nadine. Souviens-toi d'Euthicie, la mère de Lucie, et de l'incipit de la "Vie de Lucie de Syracuse" dans La Légende dorée de Jacques de Voragine ?
"Lucie, vierge syracusaine de famille noble, voyant se répandre à travers toute la Sicile la gloire de sainte Agathe, se rendit au tombeau de cette sainte, en compagnie de sa mère Euthicie, qui, depuis quatre ans déjà, souffrait d'un flux de sang incurable."

Par ailleurs, à propos d'imposture ou vérité, je m'interroge sur le statut de l'avant-propos dans le roman de Marie Ferranti ("avant-propos" qui a priori n'est pas un espace fictionnel et devrait être "informatif" et/ou explicatif : j'ai en tête l'ouvrage de Genette intitulé Seuils, et ses réflexions sur la paratextualité, la métatextualité et l'hypertextualité).
Je cite un extrait de l'avant-propos du roman de Marie Ferranti (page 21) : "Que reste-t-il de Lucie de Syracuse ? me dis-je. Une grande renommée dans toute la chrétienté, une église en Sicile où, d'après Vivant Denon, derrière le grand autel, on conserve la toile d'un grand tableau du Caravage qui fut brisé, lors d'un tremblement de terre. Lucie de Syracuse était aussi un rêve du Caravage, pensais-je, et il me semble que le récit d'Héliodore était comme l'ombre portée de ce tableau détruit."
Je relève en premier lieu cette notion d"ombre portée" si chère à Pontalis, mais aussi ce "d'après Vivant Denon *", qui donne une illusion de véracité (citation de source). Or ce tableau du Caravage, qui fut longtemps conservé dans l’église Santa Lucia al Sepolcro de Syracuse (église où je l'ai cherché la première fois où je me suis rendu à Syracuse, me fiant en cela à quelque guide touristique obsolète), existe bel et bien. Depuis 1984, il est conservé (plus précisément en dépôt) à la Galleria regionale di Palazzo Bellomo, dans l’île d’Ortygia de Syracuse. Je l'ai longuement vu. Et Marie Ferranti ne peut ignorer que ce tableau n'a pas été détruit. Même si l'histoire du tremblement de terre est elle bien fondée, ce qui a justifié (pour des raisons de sécurité comme me l'a confié le conservateur du musée) cette "mise en dépôt pour une durée indéterminée" et "en vue d'une restauration" au Palazzo Bellomo. Mais il est possible que cette toile soit (depuis ma dernière visite il y a quatre ans) revenue dans l'église Santa Lucia.

* Vivant Denon, Voyage en Sicile, Diderot éditeur, 1998, page 241 : « Derrière le grand autel, on conserve l’ombre d’un grand tableau du Caravage, qui fut brisé, dit-on, par le dernier tremblement de terre, et dont il ne reste presque que la toile. »


Je découvre avec infiniment de bonheur cet éclairage si particulier sur l'oeuvre de Marie Ferranti.
Passionné depuis près d'un quart de siècle par la Corse, je fus, au sens littéraire de la chose, initié par Marie Susini.
Voilà. C'est écrit....
Bien à vous!


Bonjour ! Bravo pour ces observations de qualité sur ce roman déroutant.


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