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19 juin 2006

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D'un lien à l'autre, d'une page des "carnets de marche" à l'autre, j'ai cueilli pour vous dans L'Irréversible et la Nostalgie cette méditation sublime de Jankélévitch. C'est dans le chapitre VI : La nostalgie.
" La nostalgie est une mélancolie humaine rendue possible par la conscience, qui est conscience de quelque chose d'autre, conscience d'un ailleurs, conscience d'un contraste entre passé et présent, entre présent et futur. Cette conscience soucieuse est l'inquiétude du nostalgique. Le nostalgique est en même temps ici et là-bas, ni ici ni là, présent et absent, deux fois présent et deux fois absent ; on peut donc dire à volonté qu'il est multiprésent, ou qu'il est nulle part : ici même il est physiquement présent, mais il se sent absent en esprit de ce lieu où il est présent par le corps ; là-bas, à l'inverse, il se sent moralement présent, mais il est en fait et actuellement absent de ces lieux chers qu'il a autrefois quittés. L'exilé a ainsi une double vie, et sa deuxième vie, qui fut un jour la première, et peut-être le redeviendra un jour, est comme inscrite en surimpression sur la grosse vie banale et tumultueuse de l'action quotidienne ; l'exilé tend l'oreille pour percevoir le pianissimo des voix intérieures à travers le vacarme tonitruant de la rue ; ces voix intérieures, ce sont les voix du passé et de la ville lointaine, et elles chuchotent leur secret nostalgique dans la langue de la musique et de la poésie."

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