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02 juin 2006

Commentaires

Est-ce toujours le cas ? André Gide est-il encore aujourd'hui persona non grata au Vatican ?
Merci d'une éventuelle réponse.

Pascale, l'index librorum prohibitorum (en tant que liste officielle) a été aboli par le Saint Office du Vatican (présidé par le cardinal Ottaviani, sous Paul VI) par une notification en date du 14 juin 1966. Cela ne veut pas dire que Gide est en "odeur de sainteté" au Vatican (lien sur la notification: acte officiel en Format PDF).

Je ne suis pas vraiment d'accord avec certains points de cet article. Je n'envisage pas Gide comme un auteur qui "respecte la rigueur classique". Bien au contraire, la seule rigueur des Caves, est celle qu'il s'impose lui-même, inspirée de son génie, jouant avec une agréable malice de ce qu'on a apellé la crise du roman du XIXe siècle. De plus, Protos ne peut être considéré comme ami de Lafcadio. Son influence sur lui me fait penser à celle que le neveu Strouvilhou exerce sur le jeune Molinier dans Les Faux-Monnayeurs, seul roman de ce génie des lettres qu'est André Gide, mais j'avoue que c'est là une vision bien personnelle. Il en va un peu de même pour l'analyse que vous faites du personnage d'Amédée. Le qualifier d'anti héros ne lui correspond pas, je pense, car un anti-héros suit toujours une initiation, et les Caves est tout le contraire d'une progression, mais c'est une oeuvre de renversement permanent. Mais ceci dit, je reconnais parfaitement qu'il est compliqué de résumer en si peu de mots cette sotie.


    Soit, Elise, vous avez vos raisons pour n’être pas d’accord avec mon analyse, analyse dont je ne prétends ni qu’elle est exhaustive ni qu’elle est complètement aboutie. Loin de moi l’idée que Les Caves du Vatican ne soient inspirées par le génie de Gide, dont je suis la première à regretter qu’il ne soit plus, depuis fort longtemps, « notre contemporain capital » !

    « Rigueur classique » ? Je la perçois d’emblée dans la structure du récit, composé de cinq livres qui ne sont pas sans évoquer les cinq actes de la tragédie classique. Cette rigueur classique, je la perçois aussi, comme vous du reste, dans la présence de contraintes, que l’écrivain conduit jusqu’au bout. Comme l’écrit l’auteur dans Nouveaux Prétextes : « L’art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté ». Il est vrai que ces contraintes ne lui viennent que de lui-même et non de règles édictées par l’Académie Française, fondée en 1634 par Richelieu. Elles relèvent de son seul choix. Génie et rigueur classique ne sont nullement antithétiques, encore moins incompatibles.

    Anti-héros, anti-roman ? Les Caves du Vatican sont en effet une parodie du roman du XIXe siècle. Gide qualifiait d’ailleurs son œuvre de « sotie », lui attribuant ainsi un caractère burlesque. Comme dans la pièce médiévale bouffonne dont Gide s’inspire, « sa » sotie est jouée par des « sots », les « Fous » du Moyen Âge. Amédée Fleurissoire, coincé dans « sa piété bornée », fait plutôt pitié. Julius de Baraglioul, romancier mondain et ultra-catholique par opportunisme, n’est qu’un fat. Il est difficile de prendre au sérieux la conversion « miraculeuse » au catholicisme d’Anthime Armand-Dubois, mécréant et franc-maçon. Protos (parodie et antithèse du Porthos d’Alexandre Dumas ?), ancien camarade de collège de Lafcadio, n’est qu’un petit escroc. Quant à Lafcadio - qui incarne la figure de l’écrivain - s’il n’est pas tout aussi ridicule que les autres personnages, on ne peut prétendre qu’il est un « héros » positif.

    Œuvre iconoclaste et provocatrice, Les Caves du Vatican bouscule toutes les lois du genre romanesque élaborées par les grands romanciers du XIXe siècle. Y compris la notion de héros qui s’est construite au XVIIIe sous les plumes inventives de Richardson (Angleterre) et de Diderot (France). Ce n’est en effet qu’au prix et au terme d’une longue « initiation » que le personnage principal du roman dit de « formation » acquiert son véritable statut de héros. Ce qui n’est décidément pas le cas de Lafcadio, « héros » des Caves du Vatican. Qui rejoint à son tour le rang des « crustacés ». Ultime et magistrale dérision du génial Gide.


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