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31 mai 2006

Commentaires

L'allocution au Banquet Nobel du 10 décembre 1960 est, il me semble, à lire et à relire, de A à Z.
En particulier le rapprochement entre Poésie et...Science.
"Mais du savant comme du poète, c'est la pensée désintéréssée que l'on entend honorer ici."
Et, bien au fait des découvertes stupéfiantes de la "science moderne", Saint-John Perse souligne l'étonnante parenté entre "l'instrument logique"- dont les deux grandes doctrines posent "l'une un principe général de relativité, (et) l'autre un principe "quantique" d'incertitude et d'indéterminisme..."- et "l'instrument poétique" dont intuition et imagination secourent comme l'indiquait Einstein lui-même "la germination scientifique".

Quant à la conclusion, nous sommes certains, je l'espère, à la connaître par coeur:

"Face à l'énergie nucléaire, la lampe d'argile du poète suffira-t-elle à son propos?
- Oui, si d'argile se souvient l'homme.

Et c'est assez, pour le poète, d'être la mauvaise conscience de son temps."

Discours de Stockholm (La Pléiade, Œuvres complètes)

Cher jjd, je me suis permis de rajouter trois liens, dont deux liens audio (le tout premier en RealAudio [Source], et le deuxième en WMA [Source]) à votre commentaire. On peut donc lire, relire... et écouter cet admirable Discours.

Grand Merci, chère Angèle, pour ces quelques "braises phosphorescentes", qui, en effet, ravivent ce qui fut simplement un peu d'encre sur du papier.


Il faut garder en mémoire la définition persienne de l'écriture : "Écrire pour mieux vivre, et plus loin "!
Avec les poèmes, la Poésie, bien sûr, comme fiers "amers" : "... Je vous ferai pleurer, c'est trop de grâce parmi nous. / Pleurer de grâce, non de peine, dit le Chanteur du plus beau chant " (in "Invocation", Amers, Pléiade, O.C. de Saint-John Perse, page 260) !
J'ai découvert en même temps (dans les années 1970...) la poésie de Saint-John Perse et celle de Césaire - toutes deux lues, relues, méditées, infiniment mises en résonance avec et devant la Caraïbe et l'Atlantique martiniquais...
L'enchantement (au sens magique du terme) de cette fréquentation, qui n'a pas cessé, se double à présent d'un regard légèrement amusé sur l'élaboration par le poète - avec une patience soigneuse - de l'altière image de soi telle qu'en elle-même enfin l'érige ce volume de ses œuvres complètes dans la Pléiade, volume qu'il a lui-même orchestré avec la vigilance la plus sourcilleuse. En particulier dans sa notice biographique liminaire. Colette Camelin et Joëlle Gardes Tamine dans LA "RHÉTORIQUE PROFONDE" de SAINT-JOHN PERSE nous apprennent par exemple en effet qu'il y a peu de chances que Saint-John Perse soit né dans cet îlet guadeloupéen "de plaisance", appartenant à sa famille, où il se fait venir au monde. Un îlet qui s'appelle l'"Ilet-aux-Feuilles" et non comme il le nomme îlet "Saint-Léger-les-Feuilles". Les auteures avancent que le choix par Saint-John Perse de ce lieu de naissance, plutôt qu'à Pointe-à-Pitre, relève de cette "fabrication" d'une image anticipant ici la vocation maritime du poète.
De même, toujours selon Colette Camelin et Joëlle Gardes Tamine, la famille du poète ne s’appelait pas Saint-Léger Léger mais avait simplement nom : Léger.
La répétition donnerait-elle à ce lignage un peu plus ...de poids ... à moins que, et beaucoup plus poétiquement, elle ne pointe finalement une connivence atavique du voyageur, amoureux de la voile que fut Perse, avec le vent, qui n'emporte que ce qui est assez "léger" pour le suivre...
Mais "l'homme au masque d'or" évoqué dans la "Dédicace" d'Amers, ou poète au masque de bronze de son portrait sur la première de couverture de la Pléiade, n'y perd rien de sa puissance ni de son charme orphique. A mieux connaître quelques-uns de ses arrangements avec la pure "vérité" biographique, il y gagne au contraire un peu de cette fragilité humaine, un peu de cette émouvante...LÉGÈRETÉ dérisoire de "semblable" et de "frère".



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