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25 avril 2006

25 avril 1917/Lettre de Sibilla Aleramo à Dino Campana

Éphéméride culturel à rebours




Sibilla_aleramo_et_dino_campana
Image, G.AdC





LXXXIX


[Aleramo à Campana]
[Florence]
25 avril 1917



    Je t’envoie des vers quelconques, uniquement pour que tu constates, que moi aussi, ces jours-ci, je pensais que la « vie est un cercle vicieux »… Mais je le pensais autrement que toi, mon pauvre Dino. Du reste, si j’ai encore la grâce de sentir de temps à autre le retour éternel de la pureté du monde, je n’en souffre pas moins. Dino, je t’aime encore. Au cours de ces trois mois, je suis restée fidèle à ma passion, d’une façon que tu ne peux pas imaginer peut-être. Mais alors que je suis encore ainsi à toi, je te dis à mon tour adieu. Je ne sais pas ce qui m’attend. Peut-être les printemps, s’ils reviennent jamais pour moi, reviendront-ils tous comme celui-ci déserts. Que la volonté de dieu soit faite. Ma mère est morte, je l’ai appris trop tard pour la revoir. Je partirai peut-être demain, peu importe où. Je n’ai pas de traduction à t’envoyer, comme tu me le demandes, et je ne vois pas comment t’en procurer en ce moment. Adieu, Dino, puisses-tu retrouver la poésie au fond de ton âme - et te souvenir parfois de la mienne.

Sib.



Mais oui, toujours

Je sens que je souris,
Attendrie,
Il y a de la pudeur et une grâce puérile,
Dans le sentiment qui m’envahit,
Seule,
Frémissement imprévu,
Ô lumière à travers les branches bourgeonnantes,
Soirée qui approche du printemps,
Je sens que je souris,
Attendrie,
Tant la vie est pure, tant elle est légère
et présente,
Avec elle aussi son sentiment de chaste vertu,
Riant,
D’une heure qui revient, revient, mais oui, toujours
D’une heure suspendue,
Ô si neuve !

Sibilla Aleramo


Sibilla Aleramo/Dino Campana, Ce voyage nous l’appelions amour, Lettres 1916-1918, Anatolia, Éditions du Rocher, 2003, pp. 146-147. Edition et introduction de Bruna Conti. Traduit de l’italien par Béatrice Vierne.



    Ti mando dei versi qualunque, soltanto perché tu veda che anch'io in questi giorni pensavo che la « vita è un circolo vizioso »... Ma lo pensavo diversamente da te, mio povero Dino. Del resto, se ho ancora la grazia di sentire in qualche attimo il ritorno eterno della purezza nel mondo, non soffro però meno. Dino, ti amo ancora. In questi tre mesi son rimasta fedele alla mia passione, in un modo che tu non puoi forse neppur immaginare. Ma, mentre sono ancora cosi tua, ti dico a mia volta addio. Non so che cosa mi aspetta. Forse le primavere, se torneranno per me, torneranno tutte come questa, deserte. Sia fatta la volontà di Iddio. È morta mia madre, l'ho saputo troppo tardi per rivederla. Forse partirò domani, non importa per dove. Non ho da mandarti le traduzioni che mi richiedi, e non vedo come procurartene in questo momento. Addio, Dino, che tu possa ritrovar la poesia nella tua anima - e ricordarti qualche volta dell'anima mia.


Ma si, sempre

Sento che sorrido,
intenerita,
c'è pudore e c'è grazia puerile
in questo che m'investe,
sola,
tremore improvviso,
oh luce tra le rame gemmate,
sera che avvicini la primavera,
sento che sorrido,
intenerita,
cosi tersa cosi lieve e presente
la vita,
con un suo senso anch'essa di casto bene,
ridente,
di un'ora che torna, torna, ma si, sempre
di un'ora sospesa,
oh nuova !

Sibilla Aleramo/Dino Campana, Un viaggio chiamato amore. Lettere 1916-1918, Giangiacomo Feltrinelli Editore, 2000.




Voir aussi :
- (sur Terres de femmes)
28 juillet 1916/Lettre de Sibilla Aleramo à Dino Campana ;
- (sur Terres de femmes) Dino Campana/
O, Sicilienne arrogante ;
- (sur it.Wikipedia)
bio-bibliographie (en italien) de Sibilla Aleramo.




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