« Non era forse questo il mio mestiere ?
Perdere tempo, questo è il mio mestiere.
E il bello è perdere quel che non si ha.
Ho perso tempo e certo non l’avevo
ma io perdendo prendo, anzi ricevo,
lusso supremo, la mia immortalità.
Altro non voglio infatti che essere immortale,
qui in questa terra essere immortale.
Sospesa in mezzo al tempo, non più moi,
essere nel moi essere, esposta e già finita,
chiusa animale che certo non risorge,
giocando alle parole, sono l’inizio. »
« Ce n’était pas cela mon métier peut-être ?
Perdre du temps, voilà mon métier
et le plus beau c’est bien de perdre ce qu’on n’a pas.
J’ai perdu du temps que certes je n’avais pas
mais en perdant je prends, mieux, je reçois,
luxe suprême, mon immortalité.
Je ne veux rien d’autre au vrai qu’être immortelle
Ici sur cette terre je veux être immortelle.
Suspendue au cœur du temps, qui ne serait plus mien,
être dans mon être, exposée et comme finie déjà,
animale renfermée et qui jamais ne renaît,
en jouant sur les mots, je suis le commencement. »
Patrizia Cavalli, in 30 ans de poésie italienne, 1975-2004, Po&sie 110, t. 2, Éditions Belin, 2005, page 333.
BIO-BIBLIOGRAPHIE
Née à Todi (Ombrie) en 1947, Patrizia Cavalli vit depuis 1968 à Rome où elle a fait ses études supérieures et soutenu une thèse de doctorat consacrée à l’esthétique de la musique.
Poète, Patrizia Cavalli est l’auteur de Le mie poesie non cambieranno il mondo, 1974 [Mes poèmes ne changeront pas le monde], dédié à Elsa Morante à qui elle avait confié ce premier recueil, et Il Cielo, 1981 [Le Ciel]. Ces deux opus ont été rassemblés en 1992 sous le titre Poesie (1974-1992), recueil publié aux Éditions Einaudi. Enrichi d’un troisième opus : L’io singolare proprio mio. Ces trois opus ont été réunis dans une édition bilingue publiée en 2007 aux éditions Des femmes (sous le titre Mes poèmes ne changeront pas le monde), avec une préface de Giorgio Agamben.
En 1999 est paru Sempre aperto teatro, récompensé la même année par le prix Viareggio pour la poésie (ce recueil a été traduit en français par René de Ceccatty sous le titre Toujours ouvert théâtre, édité chez Rivages Poche en 2002). En avril 2005 est sorti La Guardiana, composée de deux « poemetti » (un poème d'amour et un poème de « furore civile »), publiée dans la collection "I sassi" des éditions Nottetempo. Son dernier recueil (Pigre divinità e pigra sorte) est sorti en 2006 chez Einaudi.
Dans une interview réalisée par Lisa Ginzburg pour L’Unità du 3 juin 2002, Patrizia Cavalli déclare, faisant allusion à sa rencontre avec Elsa Morante : « Je crois que j’ai cherché ensuite à devenir ce que je craignais de ne pas être ».
Traductrice de Molière et de Shakespeare, Patrizia Cavalli interroge le théâtre du monde et des mots. Concentrée dans la forme brève de l’épigramme, la poésie de Patrizia Cavalli, concise, acérée, ironique et grinçante possède, selon l’expression de René de Ceccatty, une « frappe » inimitable. Une expression qui rend aussi bien compte des engagements militants de Patrizia Cavalli sur les pavés de Rome.
Voir aussi : - (sur Terres de femmes) Patrizia Cavalli/Mes poèmes ne changeront pas le monde (note de lecture) ; - (sur Terres de femmes) Patrizia Cavalli/Désormais habituée à parler d’autre chose ; - (sur Terres de femmes) Patrizia Cavalli/Non dipende da me ; - (sur Terres de femmes) Patrizia Cavalli/Poco di me ricordo ; - (sur Terres de femmes) Patrizia Cavalli/Tu sei davvero il mare ; - (sur Terres de femmes) le Portrait de Patrizia Cavalli dans la Galerie Visages de femmes ; - (sur le site Libreria delle donne di Milano) un entretien (en italien) de Patrizia Cavalli avec Lisa Ginzburg. |
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Cara Anghjula, n'oublions pas cet immense poète ! Je t'envoie ce vieil article.
Curagiu a tutti ! E amicizia.
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— LA ROSE DE ROBERTO JUARROZ —
une méditation au-delà de la pensée,
une méditation de la lettre,
où chaque signe est une question
et chaque mot un double abîme
R.J.
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La critique contemporaine traîne la poésie dans la boue, — les critiques pleuvent mettant tout le monde dans le même sac ; trop de blanc sur la page, peu de mots, absence de sens, de contenu, jeux de pure forme, formalisme sans aucun rythme... Certes, les recherches langagières ont éloigné un public autrefois fervent. Et voilà que les éditeurs-maquignons lui emboîtent le pas. La poésie, vieille haridelle, boiteuse rossinante, et le poète éloigné de son temps, risible Don Quijote d'un autre âge. Même le journal Le Monde dans sa pauvre page littéraire avec ses piètres auteurs et leur pré carré au triste goût du jour, l'a définitivement reléguée aux oubliettes de notre temps.
— Nombreux sont les ennemis de la Poésie...
Pourtant, de grandes voix sont vivantes, et la soi-disant confidentialité de la poésie d'aujourd'hui ne peut les faire taire. Il en est ainsi de Roberto Juarroz, l'immense poète argentin, méprisé en son propre pays. Si tant est possible, au risque de l'absurde, de définir la poésie d'un poète en un seul mot, je choisirais celui de Vertige. Ici, tout un monde vertical rend à l'homme sa dignité, — sa stature d'homme debout. Martine Broda a raison d'écrire à son sujet, de parler du visionnaire ou du médium. D'éblouissantes révélations et d'admirables extases traversent comme des éclaircies l'œuvre fort accomplie de Juarroz.
Sa poésie met l'homme face aux vertiges de l'Être. Un monde sans limites s'ouvre sous nos pas, et l'on comprend par ailleurs, la frayeur de certains lecteurs, leur effroi face à l'abîme. Profonde poésie de la pensée, « la pensée intégrante et ultime, la pensée qui sent, la pensée qui crée, l'ouverture du fond. »
Dans sa poésie, ce qui frappe en premier, c'est sa vertu dévoilante qui, perpétuellement, comme la vision toujours recommencée, et renouvelée, met à l'épreuve par son renversement, — l'Autre face, la face cachée des choses. Et là, — nous pouvons parler de voyance.
Oui, Juarroz est un voyant. Et quel voyant !
Sa vision fend une cécité, transperce les morts, — elle révèle, au-delà de toutes les contradictions.
Dans son pénétrant essai, Martine Broda écrit : chez lui le sujet du poème, loin d'être un « moi » infini, est un sujet sans qualités, auquel son dire « advient comme une cascade à la montagne », mais qui en retour advient à ce qu'il dit. — Juarroz est un vrai démiurge. C'est à partir d'une chose, d'un rien, du vide que s'édifie un poème de Juarroz.
C'est un bâtisseur à la manière d'Apollon. Son inspiration flamboyante prend naissance dans l'absolu du vide, pour y revenir, et laisse donc au bord du gouffre le lecteur, — transfiguré.
Son rythme si proche de la musique est l'Être même de la musique. Oui, la pensée est une autre musique comme le murmure Juarroz dans un poème. Une musique et un rythme nés à partir du rien qui retournent au rien, au blanc, — après l'éblouissement de la vision. La rose de personne aurait pu dire Paul Celan. Cette mystérieuse rose qui fleurit pour rien. Elle fleurit par la langue, dans et pour la langue, elle fleurit dans le vide pour être, — être la Rose dans le monde de l'Ouvert. La poésie de demain aura sans doute la lourde charge de resacraliser le monde et réinventer des mythes en une nouvelle rhétorique. Le sens de la Terre ayant été définitivement perdu, elle redonnera à l'homme un autre sens du Tragique.
Juarroz avait déjà ouvert des chemins vers les épiphanies explosives de cette Parole. Le poète aura alors quatre yeux, s'il veut atteindre à la Réalité, et garder ainsi quelques instants entre ses mots, — l'Illumination,
— Ô Troisième œil ! — Martine Broda parle de l'œil mental, celui qui est capable de lire à l'intérieur des choses. Cela rappelle étrangement le premier voyant selon Rimbaud et une autre splendide Élévation celle de Baudelaire, celui
— Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !
Le rôle joué par le silence est fondamental dans l'itinéraire de Roberto Juarroz. C'est lui qui nous aide à nous approcher de l'impossible. Dire l'impossible dans ce que Paul Celan dénommait « cet impossible chemin de l'Impossible. Je découvre ce qui lie, ajoutait Celan dans le Méridien, et finalement amène, le poème à la Rencontre. »
— D'une voyance, l'autre.
Rédigé par: Serge Venturini | 14 mai 2007 à 05:32
Sì, Patrizia Cavalli è rosso vivo e color dell'aria ! Trascinante... proprio come il tuo blog : meraviglioso.
Grazie
Rédigé par: Decollage | 04 mars 2006 à 15:12
Heureuse de te relire, Anne. Du coup, je constate que Juarroz est étrangement absent de Terres de femmes. Il va falloir que je remédie à cela, car c'est un très très grand, et pas seulement à mes yeux... Merci pour ce cadeau et cet hommage. J'en profite pour donner le texte original en espagnol. Cela fera plaisir à tous les hispanophones et hispanisants qui me lisent (dont Pascale, une de mes deux filles, une vraie latinos) :
"Hoy no he hecho nada.
pero muchas cosas se hicieron en mí.
Pájaros que no existen
encontraron su nido.
Sombras que tal vez existan
hallaron sus cuerpos.
Palabras que existen
recobraron su silencio.
No hacer nada
salva a veces el equilibrio del mundo,
al lograr que también algo pese
en el platillo vacío de la balanza."
Robert Juarroz, Treizième poésie verticale, José Corti, 1993, p. 120-121
Rédigé par: Angèle | 01 mars 2006 à 08:08
Une respiration. Un moment de poésie dans une journée (trop) trépidante. Un instant perdu, un instant sauvé...
Ce beau texte de Patrizia Cavalli appelle comme un écho un poème de Roberto Juarroz, que j'aime particulièrement. Le voici, en guise de remerciement pour les découvertes dont Terres de femmes m'a déjà fait cadeau...
"Aujourd'hui je n'ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n'existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l'équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance."
Roberto Juarroz, Treizième Poésie Verticale (traduit de l'Espagnol par Roger Munier), José Corti, 1993.
Rédigé par: Anne | 01 mars 2006 à 03:40