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25 janvier 2006

Commentaires

Flap ... l'oiseau se pose et puis dépose ...

*
Les mots gluants se collent en eux en une masse visqueuse, amalgame sans signification d'un verbe dénué de sens, nauséabond et inutile. Ils s'écoulent sans raison au travers d'interstices, avides de savoir. Les mots s'interprénètrent en une cinétique poisseuse d'intolérance et de haine. Mots vils et lâches, imprégnés de sueur et de sang. Mots sans valeur intrinsèque, mots pour mots sirupeux des douleurs intestines. Mots poignards à la lame virile. Mots dérisoires vaniteux d'auditoire. Mots hurlés, geints, murmurés à la frayeur de murs silencieux et froids. Mots rapides à décocher en flèches assassines.

Poète du sublime qu’espères-tu des mots ?

Les mots sont des oiseaux dont le chant est subtil
Alignés côte à côte tel des vaisseaux à quai
Ils se transforment en charmes et mon jeu puéril
Consiste tel un enfant à les apprivoiser.

*

busardement


Busard, je vous avais promis une réponse. Si elle a tant tardé à venir c’est que vos mots à vous, là , en « écho » à ceux de Maria Venezia sont une énigme pour moi. Justement l’écho, s’il y en a un, m’échappe. Je ne vois pas où est le lien qui va de vos textes à celui de la poétesse italienne. Je ne vois pas non plus par quel interstice me frayer un passage au sein des vôtres (vos mots à vous). A vous dire le vrai, je suis perplexe. Mais peut-être accepterez-vous de m’éclairer busardement, c'est-à-dire, patiemment sans vous fâcher.

Flap ... pourquoi me facherais-je ? ... explication de texte des plus personnelles ...

[« Ils ont organisé un paysage autour de ta figure. FIGURE AVEC PAYSAGE, ainsi l’ont-ils appelé. Petit à petit ils ont bâti les coordonnées de l’espace, une ligne de l’horizon, un sol où poser les pieds. Par-dessus tout, le ciel. Sur ce sol tu as posé les pieds avec tant d’insistance que le sol a disparu. A disparu aussi le ciel. Sur le fond devenu plat ta figure trône, ses contours tracés d’un seul geste, un trait noir, d’encre brûlante. L’encre a dévoré la figure. Le fond lui-même a disparu. »]

... pour l'oiseau que je suis ... et sous des apparences légères mais trompeuses ... ce texte est d'une violence inouie ... les 'ils" projètent leurs menaces sans nuance ciblées ... sur les "ta, tes" d'une "figure" ... qui se voudrait omnipotente "trône" ... mais qui se fond en définitive au néant avec la répétition de "disparu" ... tout cela par l'action de l'encre qui l'"a dévoré" ... l'encre qui représente les mots ... d'où mon texte sur les mots !!!

Pour conclure ... ce petit texte n'est pas aussi innocent qu'il pourrait paraître ... et j'en salue l'auteur !!!


busardement nitique zépiglotaire

Bonjour busard,

J'ai ma petite idée sur les raisons qui ont poussé Angèle à faire le choix de ce texte de Maria Venezia. Qui est une réflexion (à la fois douloureuse et "terrible") sur la "déréalisation" et la "désubjectivation". Où Angèle se retrouve-t-elle ? Où et comment peut-elle trouver sa vraie place dans l'espace imaginaire et fantasmatique qui se construit peu à peu autour de ses mots en une sorte de miroir éclaté, explosé ? C'est un peu le revers "fatidique" de l'écriture. Quand on se livre au lecteur, peut-on encore appartenir à soi ? L'image qui me vient spontanément à l'esprit est la toile mythique de Gustave Moreau sur Prométhée. Condamné à avoir le foie déchiqueté.
Mais là encore, cette interprétation n'appartient qu'à moi et ne peut prétendre à trop délimiter les contours d'un texte qui dénonce précisément cette tentative/tentation du lecteur. Chaque lecteur est libre de projeter sur ce texte une interprétation qui relève de sa sensibilité. L'auteur est libre aussi de se révolter.

bonsoir je suis tombé sous le coup de la force belle des scherzi de Maria Venezia, sublime,
je me demandais si vous saviez si cette écrivain avait un blog ou site, en bref comment la connaître mieux,
bravo pour votre site
lambert

S'adapter au lieu, par d'autres bâti pour soi… Etre plus grand que ce lieu ? N'être qu'un trait d'encre, n'être que pour l'encre, naître encre…

Le chant se trace
qui ouvre l'espace
l'inaccompli.

De l'impossible on extrait les mots où d'autres passeurs se sont épuisés. Cantate intime affleurement soudain.

Rapace ou oiseau vigile
on voudrait ordonner
la nuit
on s'accroche à nos tâtonnements.

Sous nos hanches la douceur d'un roulis de fièvre, la chambre est un fleuve où l'on se noie.

Oui, Angèle, tu vas me dire : mais quel rapport avec le texte initial ? C'est le cheminement de la pensée qui creuse et trouve des mots… D'autres mots…

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