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07 décembre 2005

Commentaires

On a la culture qu'on peut ! Voici un rapide clin d'oeil à Dan Brown qui dans Anges et Démons nous emmène visiter les plus beaux sites architecturaux de Rome et fait maintes références à Bernini ; il consacre même plusieurs pages à L'Extase de sainte Thérèse dont il fait bien sûr une interprétation attendue et profane.
Dan Brown, Anges et démons Éditeur Jean-Claude Lattès (mars 2005).

Ciao Angela,

Je ne suis pas un grand passionné du baroque, à l'inverse de la Renaissance. Aussi, de ce bizarre mouvement, j'en aime davantage les perles discrètes que les voyantes : plutôt que le Bernin, qui ne parvient pas à me faire oublier la froideur du marbre, Borromini, dont l'oeuvre vibrante et mélancolique me touche. Je pense notamment à San Carlo alle Quattro Fontane dont j'aime tant le cloître dépouillé et diffusément tourmenté.

Quant aux pèlerinages… Je ne retournerai jamais à Rome sans aller voir (et, pourquoi ne pas le dire ?, caresser) Santa Cecilia de Maderno dans l'église éponyme du Trastevere : je ne sais rien de plus délicat, de plus émouvant que ce marbre.

Ceci dit, cette sainte Thérèse est admirable, magnifique. Je ne dirais pas pour ma part avec le président de Brosses que cette extase-là, je sais ce que c'est. Elle est pour moi également ambiguë… ou, pourquoi pas ?, simple : la sainte ne dit-elle pas elle-même que le bonheur s'est communiqué du coeur jusqu'aux entrailles ? Pourquoi, le spirituel et le matériel ne se continueraient-ils quelquefois pas au lieu de s'opposer toujours ?

A la prossima !

Don Diego

Gentilissimo Don Diego, je reconnais bien en vous ce raffinement d'esthète qui vous sied tellement. Oui, bien sûr, Santa Cecilia. Une visite que je réserve généralement à mes ami(e)s les plus intimes. Pour ne pas trop tomber dans le stendhalisme "happy few", je me suis permis de rajouter un lien-image dans votre commentaire. Et qu'avez-vous pensé de la compagnie musicale du maestro di cappella de la reine Christine ? Quels sublimes prétextes que ces oratorios alors même que le genre de l'opéra n'avait pas droit de cité et ne pouvait de ce fait bénéficier de l'onction sainte. Quels délices cependant que ces voix suaves !!!

Carissima Angela, vous avez fort bien fait d'ajouter ce lien mais… permettez-moi d'exhorter vos doctissimes lecteurs qui ne l'auraient point caressée de sauter dans le premier train, le premier avion - que sais-je encore ? - pour Rome et de se ruer vers cette charmante Eglise du Trastevere afin d'admirer ce merveilleux chef-d'oeuvre. Je promets une des plus belles émotions qu'on puisse avoir en art.

Quant au reste, hélas, je confesse la surdité de mes jazzistiques oreilles.

L’EXTASE DE SAINTE THERESE SELON LACAN___________

Lu sur la toile ce texte de Miquel Bassols :

" …Nous avons aussi une autre référence célèbre que Lacan a donné dans son Séminaire de l’année 1973, nommé Encore. Cette référence a fait l’illustration de la couverture de son fameux séminaire, c’est la sculpture de Bernini, L’extase de Sainte Thérèse, qu’on trouve à Rome. C’est vraiment un spectacle que de voir, figée dans la pierre, cette image qui est aussi, dans le visage de Sainte Thérèse, celle d’un plaisir ignoré, d’une jouissance éprouvée dans le corps, dans l’expérience de l’extase de l’amour divin. Il faut noter que Bernini, quand il a fait cette sculpture, ne savait pas très bien lui-même ce qu’il faisait. Quelque chose de sa jouissance passait à la pierre sans qu’il sache de quelle façon, parce que cette sculpture, qui l’a consacré, a en même temps considérablement contribué à son discrédit. Selon l’opinion des critiques, Santa Teresa semble éprouver un orgasme, plutôt que l’amour divin, s’éloignant ainsi de l’idéal classique de la vierge et d’une scène d’extase divine. C’est vrai que si l’on voit cette sculpture – comme celle de Ludovic Albertoni, très proche de celle de Bernini – on voit que là on dépasse l’idée de l’amour, l’idée de l’extase, et que l’on arrive plutôt à l’expérience de la jouissance sexuelle telle quelle. Et cette image, plantée au milieu de l’église paraîtra un peu obscène. C’est pour cela que Bernini a été discrédité, à partir de ce chef-d’œuvre où il a figé cet au-delà du plaisir dans la jouissance du corps de Santa Teresa. Cette référence sera centrale, dans ce séminaire où Lacan fera une recherche de ce qu’est la jouissance dans le corps du sujet… "

« LE CORPS ET SES JOUISSANCES »
Séminaire du Champ Freudien

Amicizia
Guidu__________

Bonjour,

Merci Angèle de donner à écouter cet extrait de Jephté. C'est beau à pleurer. Etant un amoureux de la période baroque, notamment en terre romaine, je me suis permis de faire référence à votre article ci-dessus sur mon blog. J'y ai aussi inséré un lien jusqu'à l'extrait que vous proposez.

M'y autorisez-vous ?

Bien à vous

Jean-Marc

Mais bien évidemment, Jean-Marc. Vous m'avez ainsi donné l'occasion et le plaisir de vous rendre visite. A très bientôt.
PS : Un petit cadeau pour vous :
Ahiit ergo in montes
, issu du même oratorio.

Chère Angèle,
Un grand merci pour votre cadeau. Toujours d'une beauté exquise. Puis-je vous demander comment vous avez découvert cet oratorio (Jephté), ce compositeur (Carissimi) ? Si j'en crois tout ce que j'ai pu lire à son sujet, il serait tombé dans l'oubli le plus sombre après avoir été adulé en son siècle... Vanitas vanitatum...

Amicizia

Jean-Marc

Je vais essayer de vous "donner le fil". Il se trouve que Rome est une de mes villes de prélidection et que j'ai eu l'occasion d'écrire un papier sur le palais Farnèse, lors de la sortie chez FMR d'un ouvrage qui lui est consacré. Dans le même temps, j'ai vu un film de Manoel de Oliveira Parole et Utopie(Palavra e Utopia). Tout ceci ne pouvait que me conduire à Christine de Suède et à son maestro di cappella del concerto di camera, qui a composé pour elle la majorité de ses cantates. Je ne pouvais faire autrement que de me procurer Jephté. Dans la version de Konrad Junghänel (Deutsche Harmonia Mundi 77322). Non, non, détrompez-vous, Carissimi est encore très écouté par nombre de mélomanes.
Amicizia

Au hasard du www, je trouve votre site et cet échange à propos de sainte Thérèse et de son ange à Rome.
Je suis architecte d'expositions en Australie et suis intéressé par le 'point de vue' que l'artiste propose au spectateur.
Nous pauvres mortels contemplons cette scène héroique et érotique se déroulant à au moins six mètres du sol.
Vous aurez compris que je suis à la recherche de photographies, ou dessins, montrant l'oeuvre à 'une hauteur de la situation'. Celle que ces spectateurs dans leur loge ont le plaisir de contempler. Ceci pourrait donner une lecture différente du scénario - ou tout au moins le confirmer.

Si vous avez le temps de commenter, ou de me diriger quelque part.

Bien à vous.


Patrice Riboust
Senior Exhibition Designer
National Gallery of Australia

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