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19 octobre 2005

Commentaires

ma chère, d'abord je dois te remercier car, souvent, tu rafraichis ma mémoire en donnant accueil - et soins délicats - à des auteurs que j'aime...
C'est le cas d'Antonella Anedda par exemple...

ton blog, *ta "insula"
est délimitée
par les odeurs
du vert-maquis mediterranéen,
les rumeurs du bleu-notre mer,
du fresque-blanc des nuages...
néanmoins elle est ouverte
à tous les bruits naturels, humains, artistiques.
bisous

*dans ce cas, "ta" je l'entends plus euphonique. Peux-tu pardonner cette licence?

Le dimanche 29 janvier, à 16h00, dans le cadre du festival « Temps de paroles »
« Tant d'inconnu/dans ce corps/reconnu » (Andrée Chedid) - qui se tiendra en Côte-d’Or du 12 janvier au 12 février 2006 -, Antonella Anedda lira et fera lire quelques-uns de ses poèmes (Chambre du poète du salon Bouhier de l'Hôtel de Vogüé, 8, rue de la Chouette, Dijon). [programme du festival en format PDF où l'on peut lire le poème « Paesaggio », traduit par Jean-Baptiste Para. Ci-dessous ]


Paesaggio

Mi avvicinai a un ramo carico di neve
dove uno dei corvi piegava sotto le zampe il legno.
Diventai quel dondolio di grigio e nero
e quel diverso verde ( misto di salvia e gelo)
che avanzava con un tocco di livore sulle nubi.

Vidi me stessa dentro quel purgatorio.
Tutto era paesaggio. La rabbia : un tumulo
l'incertezza - a mucchi : una collina.
Il disamore : alberi con ombre intirizzite.

“Osserva”, disse l'ombra nel cespuglio più vicino :
“la nebbia inghiotte il tuo dolore.
Impara nel tuo spazio mortale
imparando si sfiora il paradiso.”

Sì, risposi e la luce diminuì l'ira del mattino
divise il mio corpo dal rancore
impose alle ombre di tacere
e un tagliente azzurro prese - era già paradiso?
il posto del paesaggio, della prima persona.


Paysage

Je m'approchai d'une branche couverte de neige
que l'un des corbeaux faisait ployer sous ses pattes.
Je devins ce balancement de gris et de noir
et ce vert différent (mélange de sauge et de gel)
qui s'attardait avec une pointe de rancœur sur les nuages.

Je me suis vue moi-même au sein de ce purgatoire.
Tout était paysage. La fureur : un tumulus
l'incertitude - par monceaux : une colline.
Le désamour : des arbres aux ombres transies.

Dans le buisson le plus proche une ombre s'adressa à moi :
« Vois, me dit-elle, le brouillard avale ta douleur.
Il te faut apprendre en ton espace mortel
en apprenant on effleure le paradis. »

Oui, répondis-je, et la lumière atténua la violence du matin
elle sépara mon corps du ressentiment
et ordonna aux ombres de se taire.
Alors un azur coupant - était-ce déjà le paradis ? -
prit la place du paysage, de la première personne.



Dans le dernier numéro de la revue semestrielle d'art et de littérature Rehauts * (n° 20, automne-hiver 2007, pp. 44-51) figurent plusieurs poèmes de Antonella Anedda extraits de Dal balcone del corpo (Mondadori, 2007) et traduits par Jean-Baptiste Para. Dans la note bio-bibliographique qui lui est consacrée, Jean-Baptiste Para ajoute : "Antonella Anedda a dit que la poésie était la réalité même de sa vie : « une racine, et parfois une lame ». Une racine qui la relie à la totalité de la terre et du cosmos, aux vivants et aux morts, à la parole même de ce qui semble ne pas avoir de voix. Et une lame qui ouvre au monde, désigne une blessure, mais devient aussi l'emblème du tranchant de la poésie."

* 105, rue Mouffetard
75005 Paris
tél. : 01 43 36 81 03

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