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01 septembre 2005

Commentaires

Enfin de retour ! Que nous rapportez-vous dans vos besaces, chère Angèle ?

Un très chaleureux welcome back à vous, que je lis régulièrement, comme un rendez-vous plein de chaleur.

"Je vous entends jaser
Sur les perrons des portes
Et de chaque côté
Des cléons des clôtures
Je vous entends chanter
Dans ma demi-saison
Votre trop court été
Et mon hiver si longue
Je vous entends rêver
Dans les soirs de doux temps
Il est question de vents
De vente et de gréements
De labours à finir
D'espoirs et de récolte
D'amour et du voisin
Qui veut marier sa fille

Voix noires et voix durcies
D'écorce et de cordage
Voix des pays plain-chant
Et voix des amoureux
Douces voix attendries
Des amours de village
Voix des beaux airs anciens
Dont on s'ennuie en ville
Piailleries d'écoles
Et palabres et sparages
Magasin général
Et restaurant du coin
Les ponts les quais les gares
Tous vos cris maritimes
Atteignent ma fenêtre
Et m'arrachent l'oreille"

Gilles VIGNEAULT, "Les gens de mon pays" (1964)

J'oubliais l'essentiel : heureuse de te retrouver ici.

Bon retour chez vous et parmi nous, Angèle! Ce fut long...

Agnès, Chrysalide, Eli, Gemo, Guidu, Jacques, Katia, Ludecrit, Marielle, Nadine, Thea... et tant d'autres (...qui m'ont écrit sur ma messagerie perso), quel plaisir, quel bonheur de vous retrouver sur Terres de femmes depuis mon hameau corse de Vignale. J'ai un peu de mal à retrouver mes marques... et mon rythme, qui restera pour quelque temps encore un rythme de croisière. Puisque je viens de décider de jouer les prolongations jusqu'à la fin septembre. Terres de femmes m'a permis d'établir de très nombreux contacts dans mon île et j'ai encore de nombreux rendez-vous en attente. Et plein d'idées dans et derrière la tête...
Je vous embrasse tous,
Angèle

La pratique immodérée de leur relation épistolaire leur avait fait redécouvrir le jeu des émotions. Mais ce n’était plus un jeu, c’était une nouvelle façon de vivre. Une dérive consciente des sentiments dans une quotidienneté méditerranéenne, celle des rivages bleutés du Mare Nostrum. Le verbe, son oralité dispensée, les avaient fait naître en un lieu identique, celui des songes partagés avec Homère, Platon, Pasolini …
Ils se promirent d’aller ensemble voir Vasari, Botticelli, Lippi, Caravaggio, Fontana… La péninsule n’était qu’à quelques encablures et le Libecciu persistant raviva cette promesse. Le départ était proche et, en ce presque début d’automne, il leur fallait dire leur monde intérieur partagé, cette nostalgie douce-amère de moments précieux et déroutants, cette présence des paysages austères et chatoyants aussi, animés de motifs et de personnages indus, cette impression d'errance dont ils tenteraient d’exiler la figure.
Domani domani …

Amicizia
Guidu _______

Elle avait survolé les rivages bleutés du Mare Nostrum. Elle avait basculé en un clin d’œil d’un rivage au rivage opposé du Cap, embrassant dans le même cercle de lumière les deux versants de la montagne dont elle n’apercevait d’ordinaire que les pans les plus proches. C’était toujours le même émerveillement et la même émotion qui la saisissaient. L’avion avait pris très vite une hauteur suffisante pour permettre à son regard de penser l’autre partie de l’île, la partie plus ventrue, escarpée et sauvage. Elle avait aussitôt songé qu’à vol d’oiseau, son village à lui se trouvait à la portée du sien. A peine quelques encâblures. Elle rêva un instant à cette étrange et éphémère contraction géographique. Puis, d’un seul coup d’aile, la mer s’estompa et fit place au barrage de Serre-Ponçon puis à la Barre des Ecrins. Elle aurait préféré se trouver au-dessus des Apennins et vagabonder avec lui le long de la péninsule. Il lui avait promis une escapade au pays de Vasari et de Fontana. Il lui faudrait patienter encore. Et se bercer, dans cette attente, des chatoiements de leur rencontre, de leurs demi-teintes moirées, impalpables et fluides. Réapprivoiser l'absence douce-amère. Réajuster pour eux, pièce après pièce, la terrifiante figure de l'exil.
Domani, domani…

Ensemble maintenant ils parcourent la ville. Au détour d’une rue elle pense à son île perdue dans l'immensité, entre ciel et l’eau. Au loin, derrière ses épaules, lui scrute l’infini de la mer. Elle cristallise ses rêves, comme en une évasion, une chimère, une folie. La brise légère emporte vers eux un souffle féerique. C'est l'appel du large, une fugue éperdue, un désir d'abandon, une récusation du quotidien grisâtre. Une longue traversée vers les lointaines Amériques. Ce n’est pas le hasard qui a fait converger leurs routes, elles ont été tracées à l’avance par les déesses de l’Antiquité, par les dieux de l’Olympe, dans les psalmodies des Pythies. Lui s’y complait comme un sculpteur qui arpenterait les carrières de Carrare avec l’ambition de les sculpter tout entières, un peu à la façon des paysages granitiques de cette terre isolée, de cette île façonnée par le tellurisme de la géologie. Souvent il la contemple, impuissant à l'imiter, résigné à ne pouvoir la reproduire tant cette incommensurable tâche le contraint parfois à baisser les bras en un renoncement funeste. Pourtant il y a demain.
Domani domani, si.

Amicizia
Guidu_______

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