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16 juillet 2005

Commentaires

il avait bien raison parce que la ponctuation c'est la chienlit... c'est pas une musique et les mots c'est de la musique, de la musique toujours et dans la musique il y a pas de ponctuation il n'y a que des notes et les notes dans les écrits ce sont les mots et les académiciens ont mis leur mots dans la musique des mots et ils ont tous cassés, ils ont cassé les mots et la musique des mots et il y a eu des grands qui ont dit qu'il fallait continuer la musique des mots et les mots sont devenus de la musique rien que de la musique.
clem.

Lisant ces mots, ces vers, je me suis souvenue avoir un jour il y a quelques années écrit un sonnet après avoir écouté Répons du même Boulez

Répons

Murmure, ô petit cri, stridence, incandescence.
Tout un monde d’échos, appel, loin, du vieux soir.
Ô tremblement du son, arpèges en miroir
Ondulant irisés, vertige pour les sens

Désenchaînant les timbres, la pulsation en danse
D’un sillage tremblé creusant l’instant-reposoir
Déchaîne la vibration en une folle foire
Ivre de se savoir condamnée au silence.

Levant la résonance au cœur des vieux bois,
Martelant ses Répons au regard des lois,
Le maître sans marteau sonde le bruit du temps

Dans l’air raréfié, le gong sombre des cloches !
En volées répétées, salves, elles ricochent
Déployant dans l’espace leur grand tricotement

(en écoutant Répons de Pierre Boulez, mars 2000)



Concernant la remarque de Clémentine, je voudrais juste dire que à mon avis, il y a dans la musique, un équivalent de la ponctuation, qui joue le même rôle de distribution du souffle, des masses, de la mélodie : je veux parler de toute la gamme des "silences". Dont les noms sont un régal : soupir, quart de soupir, pause ou demi-pause par exemple. Le musicien amateur peine souvent à les respecter, or ils sont essentiels et je me souviens avoir été frappée un jour en écoutant un disque de sonates de Haydn par S. Richter au piano, parce que j'ai soudain littéralement "entendu" les silences, et c'était extraordinaire ce que le pianiste parvenait à mettre dans ces silences, qui articulaient littéralement les phrases musicales. Je crois qu'une ponctuation judicieusement utilisée (mais elle n'est pas toujours nécessaire, toutes les expériences et expérimentations sont possibles, surtout en poésie) peut permettre d'articuler les phrases, voire même de les rompre, les casser, volontairement.
Jacques Drillon a écrit un très beau livre, dont je reconnais qu'il est un peu érudit, qui s'appelle Traité de la ponctuation française (Gallimard, collection Tel, 1991) mais dont un des principaux mérites réside dans les exemples qu'il donne sur chaque signe de ponctuation, ce qui permet de comprendre quels outils extraordinaires ils peuvent constituer.
Il n'est sans doute pas indifférent de savoir que Jacques Drillon est aussi musicologue !
Je lui laisse la parole reprenant les derniers mots de son livre : "Il ne faut pas donner aux choses plus qu'il ne leur revient. Faire le tout d'une partie, confondre la ponctuation et la langue, la langue et le langage.
En revanche, il est indispensable d'établir avec un semblant de certitude la frontière entre le mystérieux et l'explicable. De respecter l'un et l'autre.
Mais d'accroître autant que possible le champ du second - qui se confond avec celui de notre liberté.
Jacques Drillon, op. cité, p. 448

Quelle justesse du propos, Florence. Si nous étions sur un site musicologique, nous pourrions aussi faire référence de manière plus argumentée à Webern, mais aussi à un des compositeurs que celui-ci a profondément marqué : John Cage, comme vous le savez, et à la célèbre composition 4'33. Je n'ai pas la documentation sous la main, mais il me semble bien également que Michel Butor a étudié cette question avec son ami belge Henri Pousseur. Il se trouve que nous avons abordé hier ce sujet avec Angèle... et avec Emmanuelle évidemment, en tant que musicienne.
Nous pourrions aussi nous interroger sur la fonction graphique du silence dans la poésie, silence qui trouve sa place dans la mise en espace du poème (à l'identique de ce que l'on peut voir sur certaines partitions contemporaines, mais aussi sur des manuscrits anciens). Ne pas s'en soucier, c'est prendre le risque de "passer à côté" d'une des fonctions "vitales" (respiration, souffle = Claudel parlait de pneuma ou pneumatique) de la poésie, sans parler du caractère iconoclaste que présuppose le fait de ne pas prendre en compte cette dimension.

Merci à tous trois de vos interventions au sujet de la ponctuation. Je ne me doutais pas que le poème de Mallarmé soulèverait autant de questionnements passionnants et passionnés sur mon blog.
À propos de ponctuation, mon professeur de français en classe de terminales avait l’habitude de nous citer les exemples ci-dessous. Dont je me sers à mon tour régulièrement auprès de mes propres élèves :

- Victor Hugo, a dit Napoléon, est fou.
- Victor Hugo a dit : Napoléon est fou.

Commentaire de mon professeur : le second exemple envoie Victor Hugo directement en exil.

Parmi les ouvrages récents consacrés à la ponctuation, il y a ceux de Jean-Pierre Colignon, chef correcteur du Monde, dont :
- Un point c’est tout ! La ponctuation efficace, Editions Victoires, Collection Métier journaliste, 2004.
- À paraître chez Albin-Michel : La ponctuation, c’est essentiel.

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