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La lecture de ce Dormeur éveillé la ramène à l’été de cet amour-là. Un été toscan, de chaleurs lourdes et de siestes. L’été de ses trente ans. C’est là, qu’un matin, elle avait fait la rencontre d’Alfea. Dans le parc de la villa du Cinquecento, à La Scheggia, dont elle avait loué un appartement auprès du marchese d'Afflitto, dont, en 1926, Tamara de Lempicka avait célébré le père. Une vague de fond les avait emportées l’une et l’autre dans un innamoramento d’une majestueuse et imprévisible violence. Leur passion réciproque avait balayé toute chose alentour. Le paysage solaire les enveloppait, qui les rendait aveugles à tout ce qui n’était pas elles. Elles étaient animées d’un amour qui n’osait aller au-delà des mots. Elle l’appelait « amore ». Elle en était bouleversée. Elles se tenaient étroitement blotties l’une contre l’autre. Sans oser le moindre geste. Sans tenter la moindre approche. Elles étaient vierges d’une virginité nouvelle, jusqu’alors inconnue. Elles échangeaient les mêmes battements de sang, les mêmes palpitations de l’âme. Elle se sentait jeune et belle, désirable dans l’éclat de ses trente ans. Mais sa beauté à elle, beauté farouche de femme mûre, l’attirait dans des rets dont elle ignorait tout des linéaments, des nodosités, des entrelacs. Elles se tenaient l’une et l’autre au-delà des mots, au-delà des gestes. Au-delà des pièges de l’amour. Elle portait un prénom étrange. Qui la rendait inaccessible. Un prénom de fleuve mâle. Un fleuve de Sicile irradié d'une aimantation mythique dont lui échappait le sens. Elle s’appelait Alphée. Elle était l’amant éconduit de la nymphe Aréthuse. Condamné par Diane à fuir dans des eaux volubiles. Inlassablement. Alfea souffrait d’un mal inconnu et secret. Elle respectait son silence. Ensemble, elles défiaient en riant les mamelons des collines. Jusqu’au petit bois de pins stridulant, crissant du grésillement des cigales. La nuit, elles rêvaient le long de sentiers odorants qui vibraient du scintillement des lucioles. Elle lui parlait de l’île d’Elbe où elle séjournait pendant ses vacances. Elle lui parlait de la Corse où elle terminerait les siennes. L’idée de leur séparation prochaine attisait leur désir exacerbé de tendresse. Avec son départ, Alfea disparut. Des lettres passionnées restèrent sans réponse. Plus tard, à Syracuse, dans l’île d’Ortygia, elle a rendu visite à la source Aréthuse, tapie au creux des joncs. Longtemps, elle s’est absorbée dans la contemplation des reflets d’eau. De cette onde à peine mouvante a surgi, absolument intact, le visage d’Alfea. Elle a murmuré des mots d’amour que la nymphe a emportés avec elle. Parmi les lys d’eau. Angèle Paoli D.R. Texte angelepaoli |
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Bonjour Angèle,
Une immense sensation de Bonheur me pousse à vous écrire. Je ne voudrais abuser de votre temps, cependant il me semble essentiel d'accepter les témoignages de Bonheur et de Joie afin de se ressourcer et de nous rassurer sur cette capacité que nous avons à transmettre. Car cette joie que vous m'avez transmise est le signe d'un "travail" riche et sincère.
Je suis d'origine italienne et mes racines me manquent terriblement…. Vos textes me touchent, car vos mots mettent en scène des situations ordinaires, qu'ils rendent "extra-ordinaires". Ces mots si chaleureusement épars m'ont permis, l'espace d'un instant, de me retrouver près de mes racines : sur les hauteurs des Abruzzes règne une sentation de légèreté. Cela m'a toujours inspiré le chant. Chanter pour être plus près des éléments, pour être certainement plus près de soi...
Encore merci
Virginie Clement-Strinati
Rédigé par : Virginie Clement-Strinati | 16 janvier 2006 à 18:52
marchese d'Afflitto...... la Scheggia.......l'Isola d'Elba......Piero della Francesca.....Tamara de Lempicka.....
Cela m'est très familier..... Io sono Stefania d'Afflitto
Rédigé par : Stefania d'Afflitto | 11 novembre 2007 à 20:14
E’ con vera e grande emozione che ho scoperto stasera il suo messaggio ! La Scheggia ! Ci siamo venuti due volte. La prima volta nel 1981, mi pare; la seconda volta, dieci anni dopo, con amici.
Il marchese d'Afflitto, che avevamo l’occasione d’incontrare ognitanto, intorno alla piscina, ci aveva rivelato che veniva spesso nel Capicorsu sulla nave a vela del padre ed era un abituato del porticello di Centuri. Era un amico di Louise de Vilmorin e della sua bella dimora. Parliamo di loro ogni volta che andiamo in giro a Centuri e l’ultima volta era l’altra domenica.
Tanti ricordi ci ricollegano a La Scheggia ! Ne sono veramente commossa. Grazie a lei, cara Stefania.
Rédigé par : Angèle Paoli | 11 novembre 2007 à 22:15