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03 juin 2005

Commentaires

"Je peins comme j'écris. Pour trouver, pour me retrouver, pour trouver mon propre bien que je possédais dans le savoir. Pour en avoir la surprise et en même temps le plaisir de la reconnaître. Pour faire ou voir apparaître un certain vague, une certaine aura où d'autres veulent ou voient du plein."
HENRI MICHAUX
Extrait du catalogue Moments of Vision,
Rome–New York Art Foundation, Rome, 1959

Chère Angèle,
je vous en prie, ne faites aucun rapprochement, aucune comparaison avec ce qui suit :

LE VENT NE TOURNE PAS SOUVENT ICI_____________

J'écris toujours comme un drapeau flotte au vent
Toujours dans le même sens,
Vers le point que je regarde,
Le soupirail d'où je vois poindre
Un rayon de lumière épais,
Epais par la poussière qu'il contient.
Car un jour j'ai cru rencontrer
Sous un soleil éclatant
Un sourire triste
Sur une bouche de pierre
Durcie par le hasard,
Le hasard qui regarde toujours dans le même sens,
Le même sens que le vent,
Le vent qui ne tourne pas souvent ici.

Amicizia
Guidu __________


une phrase de Michaux qui depuis des années trotte dans ma tête, moi amoureuse du désert

"le désert n'ayant pas donné de concurrent au sable, grande est la paix du désert"

Cette citation de Guidu me gêne, parce qu’elle est entachée, à mon sens, d’une coquille qui entraîne une erreur grave d’interprétation des propos de Michaux. Voire un contresens sur la pensée du poète-peintre. Il faudrait suggérer la correction suivante au webmestre du site du musée d’Art et d’Histoire de Genève, d'où est issue cette citation : « Pour trouver, pour me retrouver, pour trouver mon propre bien que je possédais sans [et non pas dans] le savoir ».

Cette préposition utilisée à mauvais escient a une conséquence fondamentale : « dans le savoir » suggère que Michaux, pour construire son œuvre, s’appuie avant tout sur des présupposés. Présupposés dont, tout au contraire, il tente de se détacher. Afin de pouvoir dépasser les obstacles de la conscience et atteindre ce qui relève de son inconscient (« sans le savoir »).

Pour éclairer ces propos, qui datent de 1959, on peut ajouter ceux-ci, antérieurs de deux ans (1957), et dont André Passeron rend compte dans un article intitulé « Conscience et peinture » in Cahiers de l’Herne, 1966, p. 396 :

« Michaux - dépassant le récit, le poème et enfin la langue parlée - n’a mis aucun préjugé de doctrinaire, aucun talent de simulateur dans la prospection de cette parole intime… Dans un article de 1957, il écrit : "Au lieu d’une vision à l’exclusion des autres, j’eusse voulu dessiner les moments qui bout à bout font la vie, donner à voir la phrase intérieure, la phrase sans mots, corde qui indéfiniment se déroule sinueuse, et dans l’intime accompagne tout ce qui se présente du dehors comme du dedans. Je voulais dessiner la conscience d’exister et l’écoulement du temps."»
« Vitesse et tempo », Quadrum, n° 3, 1957, p. 15.

J'entre à pas feutrés dans votre univers, guidée par un lien ami. J'aime vos mots.

Vous êtes la bienvenue , "la fille d'à côté". Je crois savoir quel est le lien ami qui vous a conduite jusqu'à moi.
Pour vous, ces mots de Michaux :
"Dès que j'écris, c'est pour commencer à inventer" (Passages). Inventer aussi de nouveaux espaces de passage et de partage...

Très beau texte. L'oeuvre d'Henri Michaux inépuisable, l'écriture et la peinture sont indissociables.

Je ne résiste pas au plaisir de citer un extrait de "Clown"
"Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour, j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons
et enchaînements "de fil en aiguille".
Vidé de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier.

A coups de ridicules, de déchéances, par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables..."
Henri Michaux par René Bertelé, in Poètes d'aujourd'hui, Editions Seghers, Paris, 1957, 1969.

Par ailleurs, dans Henri Michaux, Peinture et poésie, d'Henri-Alexis Baatsch, Editions Hazan, Paris, 1993, je note dans la biographie en l'année 1937, première exposition (galerie Pierre, Paris).

Dans Henri Michaux, Peindre, composer, écrire, sous la direction de Jean-Michel Maulpoix et Florence de Lussy, Bibliothèque nationale de France/Gallimard, 1999 dans repères biographiques, p. 235 : 3-23 juin 1937 = Première exposition de gouaches, la plupart sur fond noir, à la galerie Paul Magné.
Puis dans Henri Michaux, Peintures, Alfred Pacquement avec un essai de Raymond Bellour, Editions Gallimard, 1993, p. 302 : 1937 = première exposition (Galerie Pierre, à Paris)*.

* Michaux fait erreur sur la date de l'exposition Galerie Pierre qui a lieu en novembre 1938.

Alors que dire !
MCS


Merci, mcs, pour cette contribution. De nombreuses chronologies font en effet la confusion entre la galerie Pierre et la galerie Paul-Magné (librairie-galerie de la Pléiade). La date de 1937, elle, n'est pas contestée, pour ce qui concerne la première exposition. René Bertelé, lui, dit en clair dans son article "Notes pour un itinéraire de l'oeuvre plastique d'Henri Michaux" (Cahiers de l'Herne, consacré à Henri Michaux, page 360) : "C'est en 1937 qu'aura lieu sa première exposition à la galerie de la Pléiade à Paris".


Prince de la nuit, du double, de la glande
aux étoiles
du siège de la Mort,
de la colonne inutile,
de l'interrogation suprême.
mcs

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