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19 avril 2005

Commentaires

"[E]lle, la peinture, elle-même a été — de tout le long d’un temps pendant lequel, elle opaque, moi aveugle, je n’aurai rien vu, ou vu, là, que du rien —" (André du Bouchet).


la soudure, d’un présent à ce que tu dis ici

comment réparer comment cicatriser
comment faire oublier l’inoubliable partage
et la séparation

emportant les différences la différence
de soi
ce lieu
des tombeaux des cendres, de l’ombre
limite provisoire perméable
imprévisiblement

passage
l’image, alors relaie l’abstraction

--

Ô cœur fermé, ô cœur pesant, ô cœur profond,
Jamais de la douleur prendras-tu l'habitude.
Pierre Reverdy

J'apprends cette froide nuit d'avril la disparition d'André du Bouchet. Un grand archer de la parole vraie n'est plus. Voilà quelqu'un qui savait garder ses distances, — une franche retenue contre tout lyrisme exacerbé. Sa poésie où flamboient le silence et l'espace fut une longue marche à la recherche du mot.
La limpidité de sa parole brûlait comme de la glace. Il suffisait de l'entendre lire. Avivée, sa parole, dans la matière même de la langue. — Soufflée.

L'homme vivait en marge à Truinas dans la Drôme sans compromis ni concession, comme Pierre Reverdy dans la Sarthe. « Importance de la marge, dans ce qui est écrit, dans ce qui est vécu écrivait le poète de Solesmes. Le plus vrai est là, qui jamais ne se montrera. » Rigueur et exigence dans la démarche de vivre et d'écrire.

Point de biographie dans l'œuvre.
Un trait là-dessus, — par intransigeance.

Juste la parole qui déchire le ciel ou qui tombe pierre friable ou bloc irréductible.
Juste le froissement du pas, de l'audacieuse marche, parmi les herbes de la montagne. Saisie dans l'intensité des éléments ; feu et glace, air et terre.
Ici, rien d'abstrait. Ascétique est la parole incarnée dans le Verbe rugueux et minéral qui fracasse, — dans la mystérieuse avancée du souffle.

Oeil d'aigle, si attentif au mouvement des choses et des hommes, à la clarté qui brusquement surgit, puis disparaît. L'arc du poète repose désormais dans sa masse, mais il nous laisse, le vol de la flèche ayant traversé les blancs de la page, les fruits écorchés, arrachés du néant, de sa quête abrasive dans la forge de l'air, — dans la rosée des livres.

André, comme tu nous manques déjà.

Je m'arrête au bord de mon souffle, comme d'une porte, pour écouter son cri.

Ici, dehors, il y a sur nous une main, un océan lourd et froid, comme si on accompagnait les pierres.

André du Bouchet, Le Moteur blanc>


Enigmes à éroder
à écorcer
rythmes à reprendre
à syncoper
sans allégeance
a cappella pour soi
seulement      pour soi.

Chacun qui s'éloigne ainsi nous prive d'un souffle, d'un rai qui compose la lumière essentielle, celle que nous cherchons malgré la distance…

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