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31 mars 2005

Commentaires

Ton corps s’agrippe au rêve
comme un nageur fourbu
en amont du voyage
en amont du frayage

Ta question des origines
hoquète
enquête
sans trêve
ni répit

La mer ne rend jamais
les secrets non enfouis

Elle les fracasse tous
sur le roc des sentences
le limon des silences

Ne pas coller d’oreille
sur les gros coquillages
la mer qui y sommeille
n’a pas de vrai visage

Corps à corps invisible :
Toi , ta prédilection
Ton antre de chair
toutes larmes conquises.

© M.P. 31/03/03


Antre de chair ou entre deux chairs ?

Suzy Solidor entonne de sa voix grave et chaude : [format RealPlayer]

« Ouvre les yeux, réveille-toi
Ouvre l'oreille, ouvre ta porte
C'est l'amour qui sonne et c'est moi
C'est moi qui te l'apporte

Ouvre la fenêtre à tes seins
Ouvre ton corsage de soie
Ouvre ta robe sur tes reins
Ouvre, ouvre qu'on voie!

Ouvre à mon cœur ton cœur trop plein
J'irai le boire à ta bouche
Ouvre ta chemise de lin
Ouvre qu'on touche!

Ouvre les plis de tes rideaux
Ouvre ton lit que je t'y traîne
Il va s'échauffer sous ton dos
Ouvre, ouvre l'arène

Ouvre tes bras pour m'enlacer
Ouvre tes seins que je m'y pose
Ouvre aux fureurs de mon baiser
Tes yeux tes seins tes lèvres roses!

Ouvre tes jambes prends mes flancs
Dans ces rondeurs blanches et lisses
Ouvre aussi tes genoux tremblants
Ouvre, ouvre tes cuisses!

Ouvre tout ce qu'on peut ouvrir
Dans les chauds trésors de ton ventre
J'inonderai sans me tarir
L'abîme ce bel abîme où j'entre

Ouvre les yeux, réveille-toi
Ouvre l'oreille, ouvre ta porte
C'est l'amour qui sonne et c'est moi
C'est moi qui te l'apporte

Ouvre les yeux, réveille-toi
Ouvre l'oreille, ouvre ta porte
C'est l'amour qui sonne et c'est moi
C'est moi c'est moi qui te l'apporte
Ouvre les yeux, réveille-toi »

Suzy Solidor, Ouvre, 1933. Paroles d’Edmond Haraucourt. Label Encyclopedia.

Voir aussi : 31 mars 1983.

Entre Deux Choix si tu préfères ?
ou
Manière de voir et d’entrevoir certaines impossibilités qui
ne sont pas délétères pour autant
s'agissant des pérégrinations
dans « le paysage sans sommeil »….


Elégie
A Marina Tsvetaeva

Ces pertes dans le Tout, Marina, ces étoiles qui croulent !
Où que nous nous jetions, vers quelle étoile, nous
ne l’accroissons pas : le compte est toujours déjà clos.
Ainsi, qui tombe ne diminue pas le chiffre saint.
La chute renonçante choit dans l’origine et , là, guérit.
Tout ne serait-il donc que jeu, change du Même ou transfert,
et nulle part un nom, la place à peine d’un intime gain ?
Nous vagues, Marina, et mer ! Nous profondeurs, et ciel !
Nous terre, Marina, et printemps mille fois, ces alouettes
que l’irruption du chant jette dans l’invisibilité !
Nous l’entonnons en joie, déjà il nous a dépassés,
et soudain, notre poids rabat en plainte le chant.
Mais la plainte ? N’est-elle pas joie cadette, inversée ?
Les dieux d’en bas aussi veulent être loués :
si naïfs qu’ils attendent, comme l’écolier , l’éloge !
De la louange, aussi, laisse-nous être prodigues !
Rien n’est à nous. A peine si nous entourons notre main
le col des fleurs incueillies . J’ai vu cela au bord du Nil,
à Kôm-Ombo. Les rois, se renonçant, versent ainsi la libation.
Comme les anges marquent l’huis de qui doit être sauvé,
C’est ainsi qu’apparemment tendres, nous touchons ceci ou cela.
Ah ! déjà emportés si loin, Marina, si distraits, même sous
le plus profond prétexte. Faiseurs de signes, rien de plus.
Ce commerce léger, quand l’un de nous
ne s’en arrange plus et se décide à prendre,
se venge, et tue. Qu’il ait pouvoir de mort, en effet,
nous l’avions tous compris à voir sa tendre retenue,
et à la force étrange qui fait de nous vivants
des survivants. Non-être. Sais-tu combien de fois
un ordre aveugle à travers l’antichambre glacé
de nouvelle naissance nous porta ? Nous ? un corps fait d ‘yeux
sous des paupières innombrables disant non ? Porta le cœur
terrassé de toute une race en nous ? Vers quelque but de migration
porta le vol, l’image aérienne de nos changements.
Les amants ne devraient , Marina, n’ont pas le droit
d’en savoir trop sur le déclin. Il leur faut être neufs.
Leur tombe seule est vieille. Leur tombe seule, de plus en plus sombre
sous l’arbre sanglotant, se rappelle à jamais.
Leur tombe seule casse ; eux sont souples comme l’osier,
l’outrance qui les ploie les tresse en riche couronne.
Comme ils s’effacent dans le vent de mai ! Du centre du Toujours
où tu devines, tu respires, l’instant les exclut.
(Comme je vous comprends, ô féminines fleurs sur le buisson
toujours le même. Et me répands de force dans l’air de la nuit
qui va vous effleurer).Les Dieux ont tôt appris
à feindre des moitiés. Nous , inscrits dans l’orbite,
nous sommes devenus pleins comme le disque de la lune.
Même à la phase décroissante, ou aux semaines du tournant,
Nul qui puisse nous rendre à la plénitude, sinon
Non pas, seuls, au-dessus du paysage sans sommeil.

Rainer Maria Rilke, L’œil du Poète, Textuel,Seuil, 2004, p.177-179

Sept poèmes phalliques

I

« Soudain la cueilleuse de roses saisit
le bourgeon gonflé de son membre de vie
et dans la frayeur de la dissemblance,
les suaves jardins en elle s’évanouissent.

II

Tu as en moi, été subitement éclos,
hissé ma semence en un arbre brutal.
(Ô spacieuse, en toi sens l’arc
de la nuit où il s’émancipe.)
Alors il s’éleva, croît jusqu’au firmament,
reflet qui côtoie des arbres.
Ah, renverse-le, pour qu’en mon ventre
retourné, il connaisse l’envers du ciel en quoi
il se cabre pour de bon et pour de bon jaillit.
Paysage audacieux, tel ceux que les voyantes
contemplent dans leurs boules. Cet intérieur où,
de leur extérieur les étoiles se jettent.
[Là-bas, la mort fait jour qui dehors semble nuit.
Et là-bas sont tous ceux-là qui furent
unis à ceux qui seront
et groupes sur groupes se groupent
ainsi que le veut l’ange.]

III

De nos regards nous formons cercle, afin
que, blanche en lui, la tension confuse fonde.
Déjà ton inconsciente volonté
érige la colonne en mon bosquet phallique.


Fondée par toi, l’image du dieu monte
au subtil carrefour dessous mes vêtements ;
mon corps entier porte son nom. Tous deux nous
sommes
comme un pays où sa magie a cours.

Or : être bosquet et ciel autour de l’hermès,
tel est ton rôle. Cède. Afin que
le libre dieu parmi ses troupes
jaillisse de la colonne qui d’extase s’écroule.


IV

Toi qui défailles, tu ignores les tours.
Or il te faut connaître telle tour
grâce à l’admirable espace
qui est en toi ; referme ton visage.
Tu l’as dressée à ton insu
de ton regard et de tes signes et de tes voltes.
Et la voici soudain, rigide et accomplie,
et le bonheur m’échoit d’y habiter.
Ah, que j’y suis à l’étroit.
Flatte-moi, que ma coupole se dénude :
que dans tes molles nuits je précipite,
par l’élan des fusées qui aveuglent ton ventre,
plus de sentiment que je suis […] »

Rainer Maria Rilke, Sept poèmes phalliques, Œuvres poétiques et théâtrales, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997, pp. 657-658.

[À suivre…]

superbe blog franchement bravo
bisous fleur merci pour tout ce partage

C’est bientôt le printemps …Le dernier disque de Franco Battiato vient de sortir !
Voici un extrait :
Aspettando l'estate

L'allegrezza del vento fuga i cattivi pensieri
mentre ogni ombra fugge via le giornate si accorciano
La sera i fuochi inondano i dintorni di luce
La tristezza non prevale su me
col canto la tengo lontana
le giornate si allungano
sto aspettando l'estate
Anche se non ci sei tu sei sempre con me
per antiche abitudini
perchè ti rivedrò dovunque tu sia
Aspettando l'estate all'ombra dell'ultimo sole
sospeso tra due alberi a immaginare
l'estasi dei momenti d'ozio
voglio riscoprire aspettando l'estate
Anche se non ci sei tu sei sempre con me
e sono ancora sicuro che io ti rivedrò
dovunque tu sia

Amicizia
Guidu___

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