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17 mars 2005

Commentaires

Troisième roman de Brina Svit – après April (1984 et Navadna razmerja («Relations ordinaires»), coécrit par Peter Kolšek, Con brio a été le premier publié en France, chez Gallimard (1999); dans une traduction de Zdenka Štimac.

Con brio est un roman qui s’égrène appassionato ma doloroso avec le tempo implacable d’un mécanisme d’horlogerie, qui « joue sur l'illusion, sur une idée fixe » poussée jusqu'à son extrême point d'incandescence. Au coeur du livre, comme un nombre d'or, une clé d’architecture, une formule cachée, répondant à une nécessité inexorable à laquelle obéit l’action romanesque. Avec une précision chirurgicale. Brina, comme d'habitude, « donne forme à l'informe ». Un champ opératoire in vivo. J'aurais presque envie de demander à Brina en aparté, en paraphrasant son récit Moreno (page 65): mais « pourquoi donner forme à l'informe si l'informe est plus réel et plus vrai ? » Pourquoi pareille obstination ? Oui, j’ai compris, Brina. Dans un monde où, « entre le chagrin et le néant, vous avez choisi le chagrin », il reste encore le roman – ce roman comme tous vos romans, qui sont « la voie qui mène à la clarté ». Enfin, la nuit est lumière. Verklärte Nacht. Nuit transfigurée « qui ressemble à un long spasme, intense, lumineux, qui vous met, confondant joie et souffrance, les nerfs à fleur de peau », nuit qui ressemble à un orgasme. Insoutenablement long. Lecteur voyeur qui t’attends à une nuit d’amour moite couchée sur le papier, dis-toi qu’elle existe, mais elle est imaginaire. Dans un court chapitre. Le chapitre 37. Car le véritable amour n’est qu’un voyage pour une destination non choisie. Ici, tout le fil rouge du roman est tension. Tension d’élastique, tendu à la limite de la rupture. Élastique sur lequel perle, en goutte à goutte, une goutte de sang. Freiner, endiguer l’épanchement ne peut être que tentative provisoire et sans espoir.

Brina, vos cieux sont somptueux comme cette nuit du 3 au 4 juillet 1054 au cours de laquelle un astrologue chinois (Yang-Wei Te) observa une nouvelle étoile brillante au sud-est de Tien-Kuan. La première année du règne de l’empereur Chi-Ho, si je me souviens bien. Mais ce n’était pas une étoile qui venait de naître, mais une étoile qui s’apprêtait à mourir. Illusion encore et incertitude. Mais à quoi bon se redire ce que nous savons bien tous deux. « De toute façon, d’une manière ou d’une autre, nous nous rencontrerons encore. Paris est notre ville, ma tendre Slovène » (excipit du roman).

"En vieillissant, je suis devenue sensible aux signes, ou plutôt à une certaine fatalité. Je tente de déceler dans chaque chose le sens profond qui peut s'y cacher, tout en sachant que le sens n'est pas nécessairement profond." (p.50)

"Qui a dit que la vie était cruelle et que le ciel au-dessus de nous était vide ?"

Brina Svit, Un coeur de trop, Gallimard, 2006, page 169.

MESSAGE POUR BRINA SVIT

Bonjour,
Je suis libraire à Paris et j'ai regardé une émission où vous êtes passée le 23 mars. Difficile de vous exprimer ce que j'ai ressenti en vous écoutant. Je voudrais que vous m'aidiez à parler slovène où j'ai beaucoup d'amis (à Lubljana et Osjek en Croatie). Ecrivez-moi un mail s'il vous plaît. Votre sourire est enchanteur, je ne connais pas votre écriture. Demain, j'achète un de vos livres! Mais lequel ? Bonsoir... Christophe
PS Je ne vends que des livres anciens.

=> Christophe
Je transmettrai votre courriel à Brina. Un bon conseil toutefois. Précipitez-vous sur son dernier roman (Un coeur de trop) et réservez dans le même temps un billet d'avion "open" pour Buenos Aires. C'est la meilleure façon de vous donner toutes les chances de la rencontrer ou de lui parler. En tout cas, écriture ou tango, dans les deux cas, son talent est redoutable... et ses admirateurs nombreux.

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