« Cromagnon était-il macho ? | Accueil | 29 mars 1951 | Oscar de la meilleure actrice décerné à Vivien Leigh »

28 mars 2005

Commentaires

L’horizon dégondé
pour toi

Ta vie comme une éponge

Qui a jeté l’éponge à cet endroit ?

Tu absorbes le sel et sa poussière

Le rebut des marées a durci ton image

Tout ce brimballement
affale tes distances

Rester au fond d’un rêve
est contraire au ressac

Pour autant
ne pas sortir de l’eau !

Réapprendre l’apnée ?

M.P.

Le chemin ardu, semé de périls, de toute création, ne fait que répéter l’acte cosmogonique premier. Égarements dans le labyrinthe. Comme Phèdre "tout entière à sa proie attachée ?" Difficultés de celle qui, confrontée à la fois à l’éphémère et à l’illusoire de la réalité, et au silence glacial de l'éternité, cherche le chemin vers le soi, en quête d’une régénérescence primordiale. Seul l’Ouroboros peut répondre à son attente.

Céline et Julie vont en bateau ? Où est le ponton de débarcadère ? Finalement, je vais suivre les conseils de Tsvétaïeva à Pasternak ("la vie est une gare. Je vais bientôt partir, je ne dirai pas où") et me plonger moi aussi, comme Linda Lê, dans La Persuasion et la rhétorique de Carlo Michelstaedter, qui s'est suicidé à 23 ans après avoir assisté à un concert de Beethoven.

L'ŒUVRE DE SIMON F.______________

Manuscrits trouvés dans le lit de la mère morte
Prolégomènes de Psyché errant sur le canal.

Amicizia
Guidu______________

Superbe ! Images et mots. Deux passages vont me revenir à l'esprit, qui sait pourquoi ? "Portes dégondées" et "les lianes se défont de leurs noeuds". Aurais-je fait un rêve...?

"Les blessures comme le feu
semblent finir par s'endormir
Tromperie
Dans leurs ventres laiteux
Elles roulent des incendies

Chaque matin
Livrée au feu et aux bêtes sauvages
Aux termites anthropophages
Qui me dévorent à grand bruit
Et me laissent en vie
Dans une mort sans fin

[...]

Comme les voyageurs s'en vont
Pour ne plus revenir
Comme les papillons
Regagnent pour mourir
Les grands vergers mûrs des étoiles
Je pars vers le flamboyant rien
Vos chants ne m'auront pas trompée
Oiseaux vous seuls
Merci de m'avoir entraînée
Trop loin"

Anne Perrier, Le Livre d'Ophélie, Editions Payot, Lausanne, 1979, pp. 34-35-72.

« Il observe son fils. Il regarde le petit garçon circuler dans la pièce et écoute ce qu’il dit. Il le voit jouer avec ses jouets et l’entend se parler à lui-même. Chaque fois que l’enfant ramasse un objet, pousse un camion sur le plancher ou ajoute un bloc de plus à la tour qui grandit sous ses yeux, il parle de ce qu’il est en train de faire, à la manière du narrateur dans un film, ou bien il invente une histoire pour accompagner l’action qu’il a engagée. Chaque mouvement engendre un mot ou une série nouvelle de mouvements et de mots. Tout cela n’a pas de centre fixe (« un univers dans lequel le centre est partout, la circonférence nulle part ») sauf peut-être la conscience de l’enfant, elle-même le champ en modification constante de perceptions, de souvenirs et de formulations. Il n’est pas de loi naturelle qui ne puisse être enfreinte: les camions volent, un bloc devient un personnage, les morts ressuscitent à volonté. L’esprit enfantin navigue sans hésitation d’un objet à un autre. Regarde, dit-il, mon brocoli est un arbre. Regarde, mes pommes de terre sont des nuages. Regarde le nuage, c’est un bonhomme. Ou bien, au contact des aliments sur sa langue, levant les yeux, avec un éclair malicieux : « Tu sais comment Pinocchio et son père ont échappé au requin ?  » Une pause, pour laisser descendre la question. Puis, chuchoté : « Ils ont marché doucement tout le long de sa langue sur la pointe des pieds.  »

   A. a parfois l’impression que les démarches mentales de son fils en train de jouer sont l’image exacte de sa propre progression dans le labyrinthe de son livre. Il a même imaginé que s’il arrivait à représenter par un diagramme les jeux de son fils (une description exhaustive, mentionnant chaque déplacement, chaque association, chaque geste) et son livre par un autre, similaire (en élucidant ce qui se passe entre les mots, dans les interstices de la syntaxe, dans les blancs entre les paragraphes - en d’autres termes, en démêlant l’écheveau des connexions), les diagrammes seraient identiques : il se superposeraient parfaitement.  »

Paul Auster, Le Livre de la mémoire, in L’Invention de la solitude, Actes Sud/Babel, 1992, pp. 259-260.

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.