« 11 février 1948/Mort du cinéaste Sergueï Eisenstein | Accueil | Castifau »

11 février 2005

Commentaires

Une précision pour ceux qui chercheraient l'emplacement de la villa Belle Plage où a séjourné Colette au Crotoy : cette villa n'existe plus aujourd'hui, mais se trouvait rue du Capitaine-Guy-Dath. Et, toujours à propos de la Baie de Somme (qui fait la "une" de Côté Ouest ce mois-ci), le célèbre poème "Oceano Nox" ("Oh ! combien de marins, combien de capitaines..."), daté de juillet 1836 , porte aussi la mention de Saint-Valery-sur-Somme. On sait aujourd'hui que ce poème ne date pas de 1836 et qu'il n'a pu être écrit à Saint-Valery-sur-Somme, que Hugo a bien parcouru, ainsi que Le Crotoy, mais en août/septembre 1837. Pourquoi Hugo a-t-il souhaité présenter ainsi ce poème ? Y a-t-il un Hugolien parmi vous qui pourrait nous répondre ?

Je prends connaissance ce jour du courrier personnel d'une aimable lectrice, "crotelloise d'adoption et passionnée d'histoire littéraire" qui m'informe que la maison de Colette "existe toujours", et que "l'entrée est toujours rue du Capitaine Guy-Dath et donne sur la digue promenade (face à la baie de Somme)" mais qu'elle est "aujourd'hui insérée entre deux immeubles." Quant à Oceano Nox et Saint-Valery-sur-Somme, cette même correspondante m'indique qu'il s'agirait de Saint-Valéry-en-Caux. Ces informations contredisent celles que fournit Jean Estienne (ancien directeur du service des Archives du département de la Somme) dans l'ouvrage Balade dans la Somme. Sur les pas des écrivains, publié en 2003 aux Editions Alexandrines. Débat à suivre.

Dans une communication au groupe Hugo (Université Paris VII) en date du 15 janvier 2005 « Marc Hovasse : La lettre à Louis Boulanger du 6 août 1835 », on peut lire : « En tout cas, c’est du même mois de juillet 1836 que l’on peut dater la naissance de la véritable inspiration maritime dans sa poésie, car les promenades en mer pendant la nuit, les églises visitées sur le littoral et enfin une tempête essuyée à Saint-Valéry-en-Caux aboutiront au célèbre «&nbspOceano Nox » des Rayons et les ombres [39].[...]

Note 39 : C’est vraisemblablement à la suite d’une confusion que ce poème, bien daté de « Juillet 1836 », porte comme une épigraphe le lieu de « Saint-Valery-sur-Somme ».

Mon commentaire : Reste à savoir s’il s’agit d’une confusion due aux typographes (dont s’était peu avant plaint Victor Hugo), ou d’une confusion de Victor Hugo lui-même. Quant à la date de juillet 1836, elle est contestée par Jean Gaudon, celui qui a établi la Correspondance de Hugo.

Pour ce qui concerne Colette, ma source est bien Jean Estienne. Enquête à poursuivre effectivement. Il semblerait qu'il y ait un spécialiste de ces questions à Noyelles-sur-mer : Mr Jean Caron.

Une photo de Colette, Missy et de trois de leurs amies au Crotoy en 1907.

Je n'avais pas remarqué (ou avais oublié !) ce passage des Vrilles de la vigne lors de ma lecture, trop ancienne, on dirait. Colette donne ici tout son talent dans le vocabulaire riche et évocateur choisi pour décrire les couleurs et les textures avec le sens aigu de l'observation qui est le sien, et sans jamais se départir d'une forme d'humour pas toujours inoffensif.
A mon tour, je me permets de vous livrer un de mes extraits préférés des Vrilles de la vigne, ce texte que j'avais appris à l'école primaire et qui m'accompagne toujours depuis :

Jour Gris -1908

"J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette heure, s'y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu'à cette heure l'herbe profonde y noie le pied des arbres d'un vert délicieux et apaisant, dont mon âme a soif... Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs, qu'un fruit mûrit on ne sait où, - là-bas, ici, tout près, - un fruit insaisissable qu'on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l'automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches, et tu la flaires, ici, là-bas, tout près...
Et si tu passais en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur parfum s'ouvrir ton coeur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber ta tête, avec un muet soupir...
Et si tu arrivais un jour d'été dans mon pays, au fond d'un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie.
Il y a encore, dans mon pays, une vallée étroite comme un berceau où, le soir, s'étire et flotte un fil de brouillard, un brouillard ténu, blanc, vivant, un gracieux spectre de brume couché sur l'air humide... Animé d'un lent mouvement d'onde, il se fond en lui-même et se fait tour à tour nuage, femme endormie, serpent langoureux, cheval à cou de chimère... Si tu restes trop tard penché vers lui sur l'étroite vallée, à boire l'air glacé qui porte ce brouillard vivant comme une âme, un frisson te saisira, et toute la nuit tes songes seront fous...
Ecoute encore, donne tes mains dans les miennes : si tu suivais, dans mon pays, un petit chemin que je connais, jaune et bordé de digitales d'un rose brûlant, tu croirais gravir le sentier enchanté qui mène hors de la vie... Le chant bondissant des frelons fourrés de velours t'y entraîne et bat à tes oreilles comme le sang même de ton coeur, jusqu'à la forêt, là-haut, où finit le monde...


Merci, Pascale, pour ce très bel extrait, en écho à celui que j'avais choisi en février 2005, au cours d'un séjour au Crotoy. Je suis admirative de ce que ta maîtresse te donnait à apprendre... à l'école primaire de jadis. Allons, pas de nostalgie! C'est trop facile!
Oui, les forêts de Saint-Sauveur, parfums, couleurs et mystères, ou les blondes dunes échevelées de la Baie de Somme, pour Colette, c'est tout un. Quel que soit le lieu que la belle décrit, c'est toujours la même saveur qu'il nous est donné de goûter ; le même talent qui déplie son éventail de sensualités. Inépuisable Colette, sans cesse à redécouvrir. Merci à toi.

Que je te rassure, un (long) extrait, seulement. Pas de nostalgie, non, mais des souvenirs chauds et sensuels....


Je viens de passer une semaine en Baie de Somme!!
Et quelques jours d'une douceur infinie au Crotoy, je n'ajouterai rien de plus à tout ce que j'ai lu, si ce n'est que j'ai trouvé là-bas beaucoup de paix, celle qui manquait à une réflexion qui s'imposait à moi.

Merci Cara Angele et à toi Yves, pour tous ces partages profonds et multiples.

Lisa



Foulques de Jouvenel, membre du conseil d'administration de La Société des amis de Colette, vient d'informer Terres de femmes de la mise en ligne de leur site : www.amisdecolette.fr.



Votre blog est tout simplement magnifique, je ne crois pas vous l'avoir dit déjà. Merci à vous Angèle

Bravo pour votre réalisation. Je vais cet été au Crotoy que je vais découvrir et en tant que passionnée des textes de Colette je ne manquerai pas d'y retrouver peut être un morceau de l'inspiration qu'elle y a eu.

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.