Premiers pas
« Enfance et reconnaissance de la vue : si l’on n’a pas compris quelque chose dans le tissu de sa propre existence, Venise est la dernière chance pour le saisir et le ressaisir. » Philippe Sollers, Dictionnaire amoureux de Venise, Plon, 2004, page 14 [Audio]. |

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PREMIERS PAS
Son premier séjour à Venise était lié à son nouvel amour. Un amour non encore parfaitement éclos. Sur l’orée. Sur cette frange étroite et lisse, mais droite, sur laquelle elle tâchait de maintenir son équilibre. Ils étaient partis tous les trois. L’ère du trio avait pris ses racines lors de leurs précédentes rencontres. C’était l’époque où ils se pensaient suffisamment forts, suffisamment jeunes pour se construire dans cette géométrie. Chacun avait choisi son angle, s’y était installé. Confiant en ses dons d’imagination et en la générosité de l’autre. Confiant aussi en cette qualité du temps qui continuait de donner encore à leur vie une dimension d’éternité. Jusques à quand ?
Ils avaient pris le train au vol. In extremis. Elle arrivait de son bureau. Ils arrivaient de leur province. C’était leur première rencontre hors de la capitale, hors des héberges dans lesquelles leur amour semblait avoir pris ses marques. Hors des repères tangibles et reconnus de leurs sentiments.
Sa mémoire lui fait défaut. Comment retrouver tous les détails perdus ? Elle croyait pourtant avoir tout gardé intact en elle. Elle croyait qu’il suffirait d’appuyer sur tel ou tel bouton pour qu’aussitôt, les petites cellules gardiennes des souvenirs libèrent de leurs mailles une odeur, une impression, une image fondamentale. Entraînant derrière elle l’essaim bourdonnant du passé. Mais non, il n’en était rien. Elle s’était trompée. Il lui fallait se résoudre à accepter ces absences, ces gommages, ces infidélités faits à ses souvenirs. Ces lagunes de la mémoire.
Ils avaient voyagé sans histoire et, au petit matin, ils avaient découvert ensemble, dans l’éblouissement d’une lumière laiteuse, l’eau clapotante du canal qui mettait fin aux ramifications labyrinthiques des chemins de fer italiens. Elle se souvient de cette magie de la gare qui prend brutalement pied dans l’eau. Ils étaient passés, sans transition ou presque, du corps mouvant du train dont ils gardaient encore dans les fibres du corps les balancements grincheux, au flottement glissant et saccadé du vaporetto. À son instabilité mouvante. Elle se souvient du bruit de moteur, des secousses données par les vagues, des embruns. De ses longs cheveux rejetés en arrière, "embroussaillés" par le vent. De la pension familiale, modeste mais agréable, et de leur chambre qui donnait sur le canal. De ce séjour très cosy, de son décor un peu vieillot mais confortable, à deux pas de l’Accademia. Du bar aux odeurs de cornetti où ils prenaient leur premier café, accoudés au comptoir, encerclés par la rumeur régulière de la machine à espresso. Une rumeur de locomotive avec ses jets de vapeur. Tout aussitôt ragaillardis, ils se lançaient dans d’interminables déambulations. Ils aimaient à se perdre dans le labyrinthe de la ville, passer d’une rive à l’autre, contourner la belle par l’arrière. Se frotter à l’envers du décor. Ils avaient découvert les arsenaux, le ghetto, les quartiers moins brillants qui s’enfonçaient toujours davantage dans la moisissure. Les ménagères silencieuses qui reviennent de leur marché, le cabas empli des légumes de la lagune. Les activités ouvrières. Ils étaient passés des quais glorieux du Grand Canal, de ses palais ciselés avec art aux quais moins reluisants des Zattere, en face de l’île de la Giudecca. Ils avaient gardé secret le désir de s’aventurer vers la lagune. Ils la contemplaient de loin, en silence, blottis sur un banc.
Elle se tenait entre eux deux, abandonnant chacune de ses joues tantôt à l’épaule de l’un, tantôt à celle de l’autre. Les yeux perdus dans la lumière du large, elle rêvait d’un amour parfait, dans lequel elle n’aurait pas à choisir entre lui et elle. Un amour fusionnel, complet. Sans souffrance.
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli

Le rêve de Giuseppe Tartini
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L'art dévoile la vérité _________
Souvent, dans des regards verts, il croyait l'apercevoir. Ce n 'était pas elle. Il l’ attendait au musée. Il voulait lui montrer des visions oniriques, des rêves d'enfant, des esquisses naïves, des décors imaginaires influencés par De Chirico, ce peintre natif de Ferrara.
En quête de la cité idéale, il cherchait à tracer des perspectives qui participeraient à ses compositions utopiques. Son étrange impassibilité presque scolaire était le fruit de ce regard tendrement naïf qu’il posait sur les êtres et les choses. Son acuité d'observation acérée, génératrice d'une atmosphère parfois lourde de mystère paradoxal définissait un univers intimiste au cœur de l’Architecture aux lignes classiques, silencieuses de ses non-dits. Il tentait d’organiser des compositions avec la minutie d'un enfant studieux, appliqué. Il les voulait comme un écho à ce que l’art de la littérature était aussi. Cette littérature qui ne bégayait pas l'existence, qui l'inventait, qui provoquait, qui dépassait. Certains peintres transformaient bien le soleil en un point jaune. d'autres un point jaune en soleil. L'art était un mensonge, mais il dévoilait la vérité.
Rien ne pouvait être fait dans la solitude. La solitude ne faisait jamais rien de bon. L'intérêt de l'art résidait en son commencement. Après le commencement, c'etait déjà la fin. L'œuvre d'art naissait du renoncement de l'intelligence à raisonner le concret. Elle visait à imprimer des sentiments plutôt qu'à les exprimer. L'art était un effort pour créer à côté du monde réel, un monde plus bienveillant.
Ils s’envolèrent loin, très loin de la vérité, mais avec la volonté bien arrêtée de ne pas la consumer ...
Extrait du Journal d’un piètre séducteur, auteur inconnu
Amicizia
Guidu ______
Rédigé par: Guidu | 16 octobre 2005 at 14:22
Venezia (A Mirella)
Venezia
limpida e ghiacciata
scenografia di se stessa
immutabile senza fretta
si consuma
come i delitti
che giacciono al centro
del cuore
ma il gelo di oggi
blocca le crepe
e il sangue
non fuoriesce
per fortuna
che fortuna
avere un cuore
che sanguina
in silenzio
d'inverno.
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Anna Toscano, Controsole, Como: Lietocolle, 2004
Nata nel 1970, vive a Venezia. Poesia e fotografia per emozionare.
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Rédigé par: Guidu Antonietti di Cinarca | 06 janvier 2005 at 22:17