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27 janvier 2005

Commentaires

La Douleur est intacte.A chaque fois qu'il est question des Camps ma pensée se fige dans les glaces de l'évocation. J'ai envie de me taire et de pleurer... Mon oncle maternel(son unique frère) ,jeune homme réfractaire au STO est mort à DACHAU...

Hier au soir, j'ai eu le courage d'écouter des témoignages sur ARTE et dans CAMPUS (Jorge Semprun)...A chaque fois impression lancinante d'halluciner des barbelés invisibles entre les survivants et ceux qui écoutent les témoignages... L'indicible est là, massif, à couper au couteau,en tranches de vie...Mais la pièce est trop gigantesque... on ne prélève que des pellicules de vérité singulière... C'est trop
pour un cerveau humain... cette humanité dévoyée qui fabrique du malheur sous la houlette d'un tyran relayé par des hordes serviles et inconséquentes...
La seule image que je peux supporter : "le cri " muet de MUNCH...

Vous savez ce cri de Munch, et bien, il est incarné. Incarné par un acteur, qui, dans une sorte de compréhension au delà des mots, a compris que le cri qu'on lui demandait de pousser, sur le corps assassiné d'un jeune homme, ne pouvait, ne devait être que silencieux.
Hollywood et son regard sur la Shoah. Des premiers films isolationnistes à La Liste de Schindler. Un reportage passionnant et la preuve que dans l'industrie du factice, il y a aussi des instants de grâce, des hommes et des femmes, capables de comprendre un instant, ce qu'ils lèguent à l'Histoire.


Chère Hécate,
Merci de cette intervention au sujet de la Shoah. Le Cri de Munch, très justement convoqué ici par Marie-Pool/Escarbille Bis, me renvoie également à une nouvelle de Mario Rigoni Stern «Le printemps au camp 344», incluse dans le recueil de nouvelles Le Vin de la vie.

En ce qui concerne les films américains sur le sujet, j’en ai vu un certain nombre, dont La Liste de Schindler. Mais je suis restée personnellement marquée de manière indélébile par le film documentaire d’Alain Resnais Nuit et brouillard, que j’ai eu l’occasion de voir à l'âge de onze ans. Moi qui n’ai pas vraiment la mémoire des images, je peux dire de celles que j’ai découvertes là, un jour d'hiver 58, que je ne pourrai jamais les oublier. Et pourtant le film de Resnais ne dure que 30 minutes !




Peu avant de se donner la mort, Primo Levi a confié à un ami qu'il ne supportait plus cette vie. Il a évoqué la maladie de sa mère (le cancer) et sa déchéance physique, son visage qu'il ne pouvait plus regarder tant il lui rappelait "celui des hommes gisant sur les planches des châlits d'Auschwitz".
Quarante ans après cette libération honorée récemment par le monde entier, l'enfer concentrationnaire aura eu raison d'un homme dont personne ne pourra remettre en doute la sagesse.
Un homme qui a constamment inspiré mon plus grand respect pour son œuvre indispensable de témoignage, par son regard lucide sur l'expérience terrible des camps et de la dérive de l'humanité.
Son texte "Si c'est un homme" se doit de figurer dans les classiques littéraires, un compte-rendu intime mais également global des camps. A mettre désormais en parallèle avec son "Rapport sur Auschwitz" (Editions Kimé, ISBN 2841743551), texte qu'il rédigea avec le médecin italien Leonardo Debenedetti dans le camp polonais de Katowice. Un rapport sur demande des autorités russes consacré à "l'organisation hygiénico-sanitaire du camp de concentration pour Juifs de Monowitz" et qui sera publié dans une revue médicale italienne en 1946. Un texte que la langue française semblait avoir oublié jusqu'à aujourd'hui. On peut légitimement se demander pourquoi.

Le texte est cru, mécanique, scientifique, administratif, tout cela à la fois, c'est un rapport, une commande. Mais Primo Levi se glisse entre les lignes. En inventoriant l'horreur, c'est le début de l'exorcisme. En énonçant les choses dans toute leur froideur, c'est apprendre le recul, tout minime soit-il, c'est apprivoiser la survie de l'âme bousculée liée à un corps meurtri.
L'essentiel du récit est consacré aux maladies dont souffraient la plupart des prisonniers des camps. A ces longues descriptions s'ajouteront des propos de Primo Levi et Leonardo Debenedetti sur l'arrivée à Auschwitz, ainsi que sur la vie à Birkenau. Instructif et sidérant. Effrayant.
Philippe Mesnard préface avec beaucoup de sensibilité ce témoignage indispensable, qui se termine par la transcription d'un entretien avec Primo Levi lors d'un retour à Auschwitz en 1982.
Dans ses explications, Ph.Mesnard revient sur la méthode de Primo Levi pour consigner ces souvenirs, prendre des notes à la sauvette, les cacher, les détruire après les avoir mémorisées. Ecrire, déjà. Ecrire pour survivre, pour entamer une thérapie, pour comprendre le monde qui l'entoure.

"Levi était peut-être un homme des Lumières, mais qui ne pouvait plus, après Auschwitz, détourner le regard de l'obscurité qui creuse désormais la clarté de la compréhension et contre laquelle la clarté doit lutter comme s'il s'agissait de lutter contre elle-même." (Philippe Mesnard)



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