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11 décembre 2004

Commentaires

Pâle comme l’herbe
χλωροτέρα δε ποίας εμμι /pâle comme l’herbe arrachée

« Assis à tes côtés, celui-là qui soupire,
Ecoutant de ta voix le son mélodieux,
Celui-là qui te voit, ô rage ! lui sourire,
Celui-là, je le dis, il est égal aux dieux !

Dès que je t’aperçois, la voix manque à ma lèvre,
Ma langue se dessèche et veut en vain parler ;
Dans mes tempes en feu j’entends battre la fièvre,
Et me sens tout ensemble et transir et brûler.

Plus pâle que la fleur qui se soutient à peine,
Quand le lion brûlant la sécha tout un jour,
Je tremble, je pâlis, je reste sans haleine,
Et meurs, sans expirer, de désir et d’amour ! »

Alexandre Dumas, dans les Etoiles du monde – galerie historique de tous les temps et de tous les pays, Garnier Frères éd., 1858, p. 287-300 ; repris dans l’article « Sappho » de Dumas, paru dans Le Monte-Cristo du 7 janvier 1858, p. 172-182, puis dans son roman La San Felice, 1864-1865. In L’Egal des Dieux. Cent versions d’un poème de Sappho, Editions Allia, 2001, page 76.

Une nouvelle parution est prévue en collection Poésie/Gallimard. Le recueil Odes et fragments, traduction et présentation d'Yves Battistini, édition bilingue, doit sortir en février 2005.

Bonsoir,

Le hasard, toujours lui, entremetteur ombré...
Je cherchais où me procurer le recueil de poèmes de Sapho et de fils en blogs, j'ai trouvé votre site.
Je vous crois très occupée, comme beaucoup aujourd'hui (le temps n'est plus ce qu'il était), mais je ne résiste pas à la tentation de vous écrire car j'aime les gens qui aiment la poésie. Je suis corse et j'habite en Corse, sur la terre de mes ancêtres à Zonza ou plus précisement sa plage, près de Porto Vecchio. Avec quelques amis, nous avons créé une association littéraire dans l'extrême sud (rassurez-vous, je ne vais rien vous demander) et je tente, étant moi-même poète, de regrouper des fragments de ce qu'il nous reste d'humanité à travers l'écriture. Je crois que vous en êtes.

En cadeau, voici un de mes derniers poèmes îliens.


VII

On croit que l'île ne parle plus,
qu'elle s'est murée entre ses monts
et que, passagère de l'oubli,
elle attend la débâcle d'un lac
pour que sourdent et tonnent ses tempêtes.
On prête oreille au vent délesté
de ses fiers silences séculaires.
Alors, on entend le triste écho
d'un ruisseau        que l'on a dessourcé.

le 25 novembre 2005
extraits de Equinoxes
MontagneJean-François AGOSTINI

Merci Jean-François. Je viens d'écrire - à votre intention - ces mots en souffrance.

« Passagère du vent
l’île emmurée murmure
murmures de l’oubli
murmures d’outre-monts
et d’outre-mer murmures.

À l’assaut des tempêtes
elle offre sa carène
gonfle ses âpres flancs
fait chanter ses voilures
hisse haut le pavois
de ses fières souffrances
et l’écho du torrent
à l’abri des regards
panse ses plaies secrètes
balancées par les pins.

Alors arrimée
à jamais
à sa rive sauvage
surgit la voix
de ceux qui se sont tus. »

Merci Angèle pour ces murmures comme autant d'amers.

XIII

L'île est là. On pourrait la toucher,
mais la main, gauche, n'obéit plus,
laissant aux errances du regard
la tâche d'harmoniser l'offrande.
Mû par l'accord occulte de deux
envies opposées on s'en approche ;
on trouble le chromatisme étale
des tableaux successifs pour se fondre
…et nuancer l'appel du néant…

le 27 novembre 2005

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