« Chimères invisibles | Accueil | Mort pour rire »

20 décembre 2004

Commentaires

ELLE ... qui M'INSPIRE...

Elle a les séparations, toutes les séparations... en travers du gosier...
Pour un peu, elle se mettrait à hurler ou à trembler. Elle s'accroche, elle s'approche de sa part perdante, de sa part périclitante, de sa part invisible et indivisible...
Au téléphone, elle a l'impression d'être installée dans une barque vermoulue qu'elle écope avec des yeux pleins de larmes et des gestes nerveux... Elle s'enfonce, douloureuse, dans l'infranchissable, en deçà du seuil des mots de "circonstance", des mots de "rattrapage" que lui dictent l'urgence et la confusion des genres... Oui, au fait, que dit-on quand on perd son père... à lui... aux autres...? Vous savez vous ? Et ce bout-de-zan dans le ventre qui plaide pour devenir une progéniture ? L'enfant, neuf tue le père, vieux ? Non ! Pas d'accord ! Personne ne meurt ! Foin d'orphelins et d'orphelines ...
Suffit ! Pouce ! Zut ! Faudrait... Fissa ! devenir peintre, Rembrandt par exemple... Il faudrait saisir l'image telle quelle sans les repentirs... et inscrire dans un coin discret du tableau... la date, la signature et... J'y étais ! Quelle panade... Souviens-toi !"

M.P. pour Angèle Paoli, 20. XII. 04

Entre "mot" et "mort", il n'y a qu'un p’tit air de différence, un pitchoun hère qui roule et n'amasse pas mousse, un ptit n’erf à vif qui ferait bien d’aller prendre l’R avant qu’il ne le rattrape mort ou vif !

Voceru et lamentu

Une belle définition du blog que celle donnée par Escarbille Bis sur Zazieweb, le 15 décembre dernier :

« Le blog est aussi une forme de "chant" en passe d'être en partie retrouvé sous l'égide d'un grand feu de soi et d'une patience ancestrale qui a su engrammer une kyrielle de manières de faire nid. C'est un chant qui prélève nuit (c'est moi qui souligne) et jour des brindilles de réel et d'imaginaire, en soi et autour de soi. Un nid est tout autant provisoire qu'indispensable au répit et aux amours. »

Pourquoi ce chant ne pourrait-il pas être un thrène ou un voceru (pour parler corse, surtout lorsque l’on sait qu’en Corse, il est l'apanage « exclusif » des femmes, les «vocératrices»). La nuit n’est-elle pas aussi un espace de chant qui fait aussi « nid-blog » ?

J’emprunte le commentaire suivant à Jacques Thiers, à propos des rites du voceru, « Le geste et la parole dans le voceru corse » (cette communication est accessible sur Internet) :

« Très anciennement un autre rite était étroitement lié au voceru. C'était la danse funèbre ou caracolu qui ne semble guère avoir laissé de traces dans la tradition orale. Plusieurs textes établissent son existence de façon plus ou moins nette. Nunziola, vocératrice de son mari, semble tourner autour du corps en chantant :
È v’avvingu incù li pedi,
È v'allisciu incù li mani. »

A quand le blog-thrène dansant ?

En écho de ces commentaires, ces paroles de Michel Deguy prélevées dans Thrène aux éditions du Seuil ( 1995), recueil écrit au lendemain de la mort de sa femme :

« Bien assez tôt viendra le soupir profond substitué aux larmes, qui congédie en même temps qu'il l'évoque le souvenir, la revenance. Je n'aime pas que les ex-proches « fassent tout » pour ne pas même prononcer ton nom, relater une bribe du passé, mais tout pour enfoncer dans l'amnésie, précipiter le Lêthé. « Bien assez tôt viendra le contraire de l'insomnie […] Si je n'entoure pas de soin le deuil, qui le fera, et il passera lui aussi dans le futur antérieur ».


On voudrait lui redonner encore
l'espace bleu d'un nouveau printemps,
le souffle de l'air avec les voix
qu'on ne comprend pas mais qui scintillent
comme les feuilles dans la lumière.
On voudrait qu'il s'avance toujours
escorté de son ombre mortelle
dans le jour qu'on regarde pour lui.
On voudrait qu'il ait gardé ses yeux.

Jacques Ancet, La Dernière Phrase, Editions Lettres Vives, 2004, p. 97.

La mort du père
Songeuse… Que de différences entre ce que je lis et ce que j'ai vécu… Vite, me débarrasser de ces pensées vénéneuses !

…arrache de ton âme
ces fils usés
où tu as pendu ta vie
il te reste tant à faire
avant les rêves vides...

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.