Répertoire chronologique



  • Pour accéder au répertoire, CLIQUER

Rouges de Chine



  • ROUGES DE CHINE => PAGE D'ACCUEIL



Éclats d’éclats

Retour à l'accueil



11 juillet 2009

11 juillet 1914/Lettre de Paul Morand à sa mère

Éphéméride culturelle à rebours





LETTRE DE PAUL MORAND À SA MÈRE


     Je retrouve une lettre écrite de Londres, à ma mère, à la veille de la guerre, le 11 juillet 1914 :

     « Nous eûmes hier soir une fête Longhi du plus bel effet, chez une Mrs. C. Sur la terrasse, au sommet du toit, en pleine ville, on avait aménagé une pièce d'eau où évoluaient des gondoles. Ce lac était enguirlandé de merveilleuses lampes japonaises, comme de grosses oranges lumineuses ; un pont en dos d'âne le traversait, orangé lui aussi, et biscornu, vrai Rialto de Yokohama, rapporté par quelque Marco Polo. Salle à manger rococo vénitien, peinte par J.-M. Sert, dans le goût de son décor or et argent du ballet de Joseph que Diaghilev vient de présenter à Covent Garden. Grande table de cent couverts, en fer à cheval ; chaque convive avait devant soi un plat en argent et une bougie : faisans et paons emplumés, comme pièces montées ; nappe en toile d'or ; au centre du fer à cheval un tapis de peaux d'ours blancs, où évoluaient almées et jongleurs. La livrée était en maillots sombres, à large collerette blanche. Tout le monde portait la bauta, par-dessus le long manteau Longhi ; masque et tricornes obligatoires. J'avais revêtu le cafetan d'un Turc du quai des Esclavons. Le baron de Meyer (le meilleur photographe de notre époque) était en habit Louis XV, lamé d'or, perruque d'argent, et une bauta en point de Venise noir. C'était la première fois que je voyais à Londres un spectacle privé de goût audacieux, et pareil faste. Comme société, on était sur les confins du vrai monde. »

     J'avais découvert Londres en 1902 ou 1903 ; les dernières troupes, démobilisées après la guerre des Boers, revenaient peu à peu d'Afrique du Sud : by Jingo, quelle fière conquête du monde !


Paul Morand, Venises, Gallimard, Collection L'Imaginaire, 1971, pp. 61-62.






• Pour une bibliographie de Paul Morand en un très bel « album-photos » (« slide show »), cliquer
ICI.

Voir aussi :
— (sur le site de l’Académie française) la
fiche biographique de Paul Morand ;
— (sur fabula)
Longévité de Paul Morand, par Patrick Bergeron ;
— (sur Terres de femmes)
13 mars 1888/Naissance de Paul Morand ;
— (sur Terres de femmes)
Paul Morand/Baisers ;
— (sur Terres de femmes) la Topique Venise dans l'Index de mes Topiques.




Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index de l'éphéméride culturelle
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

10 juillet 2009

10 juillet 1914/Apollinaire, Dessins d'Arthur Rimbaud

Éphéméride culturelle à rebours





[10 juillet.]



DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD



     On a déjà publié beaucoup de dessins d'Arthur Rimbaud ; ils sont très amusants, très singuliers, et rappellent par certains côtés de déformation expressive plutôt que caricaturale les dessins de Gogol dont j'ai vu la reproduction dans une édition de ses œuvres complètes.
     La Nouvelle Revue Française publie la description due à la plume de M. Paterne Berrichon de quelques dessins ornant trois lettres inédites d'Arthur Rimbaud *. J'aurais aimé voir la reproduction des dessins mêmes, mais il faut savoir se contenter.
     « Dessin à la plume.― Dans le ciel, un petit bonhomme avec une bêche en ostensoir et ces mots lui sortant de la bouche : « Ô nature, ô ma soeur. » Par terre, un bonhomme plus grand, en sabots, une pelle à la main, coiffé d'un bonnet de coton, dans un paysage de fleurs, d'herbes, d'arbres. Dans l'herbe, une oie avec des mots lui sortant du bec : « Ô nature, ô ma tante! »









     Voici un autre dessin à la plume :
     « Le hameau de Roche, ou de la maison où a été écrite la Saison en Enfer et où les exemplaires de la brochure livrés par l'imprimeur ont été détruits. En bas du dessin, ces mots : « Laïtou, mon village. »









     Et enfin, ce troisième dessin à la plume :
     « En haut de la lettre, à gauche, une maison de quatre étages protégée par une clôture et entourée d'arbustes ; une voiture d'où sort un petit bonhomme empressé, arrêtée devant ; sous le tout, en biais, ces mots : Wagner verdammt in Ewigkeit  ! Expectorés par un personnage fantastique occupant toute la marge de gauche.
     « Au bas de la lettre, un paysage de ville où se voient, à gauche, des pieux et des bouteilles formant oriflamme, sur lesquels sont écrits ces mots: Riessling, fliegende Blätter ; et, de gauche à droite, une espèce de cirque avec, en dessous, ces mots : vieille ville; puis, des maisons avec des squares, des arbres, un tramway qui roule vers le haut et en tournant, et encore plus haut, des étoiles et un croissant noir. Tout ce fouillis de Riess, Riessling en lettres capitales. »
     Il est à souhaiter qu'on réunisse ces dessins à la plume dans un album qui ne manquera point d'avoir un vif succès auprès des rimbaldiens dont le nombre est de plus en plus grand de par le monde.


Guillaume Apollinaire, Chroniques d'art, 1902-1918, Éditions Gallimard,1960 ; collection folio essais, 2002, pp. 511-512.



* Dans la Nouvelle Revue Française du 1er juillet 1914, pp. 49-57. Les deux premiers dessins ornent une lettre à Ernest Delahaye de Roche [Roches dans le dessin de Rimbaud], mai 1873, et le troisième une lettre à Ernest Delahaye de Stuttgart, mars 1875. Aucun fac-similé n'existe de ces dessins, selon les éditeurs des Œuvres complètes de Rimbaud (Bibliothèque de la Pléiade).




APOLLINAIRE CHRONIQUES D ART





GUILLAUME APOLLINAIRE

Apollinaire_daprs_un_portrait_de_pi


Voir aussi :
- (sur fr.calameo.com)
Bibliophilie apollinarienne ;
- (sur Terres de femmes) 26 avril 1915/
Lettre de Guillaume Apollinaire à Lou ;
- (sur Terres de femmes)
8 mai 1915/Lettre de Guillaume Apollinaire à Lou ;
- (sur Terres de femmes) 17 juin 1915/
Publication de la Case d’Armons d’Apollinaire ;
- (sur Terres de femmes) 15 avril 1918/
Publication de Calligrammes d’Apollinaire ;
- (sur Terres de femmes) Apollinaire/
Les dicts d’amour à Linda ;
- (sur Terres de femmes)
9 novembre 1918/Mort de Guillaume Apollinaire.




Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index de l'éphéméride culturelle
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

09 juillet 2009

Giovanni Dettori/Nostos II

« Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)





migrazioni destini le isole emersero dal mare per essere abbandonate alle derive
Ph., G.AdC





NOSTOS II.

...migrazioni destini
le isole emersero dal mare
per essere abbandonate alle derive...

                                    non ha bisogno di stelle
il naufragare della notte
alla marèa oscuro
che mai raccolse nel palmo della mano
code di comete
                                    e chi domandò mai dove
o se mai avessero brillato
altro che in sogno
luoghi che mai più saranno verdi
nomi
che mai più avranno suono
muta eco...

migrazioni
                        destini
bestie stivate sotto ponti di sale
amare mare
volti senza sguardo
occhi senza volto
anime a nudo coniugando
cartone e spago

               radice
lacerata dove avrai sosta
pesce uccello suicida
fino a quando
albero spoglio
troverai ombra alla pena
per quali scale di
sale e corsìe
attenderai il ritorno di morti senza nome
decifrando il silenzio e l'ora
oroscopi sventura
                                    agli equinozi ai soltizi
ho conosciuto il sale di ogni ponte
il sospiro e l'urlo
la pazienza e il coltello
ho conosciuto
vapori di nebbia e fiumi che trascinano

la bestia selvatica
non calpesta più questi luoghi
l'uccello non li vola
poi ché la pietra di ogni stanza è pena
questi luoghi
                           l'uccello non li vola...




il n'a pas besoin d'étoiles le naufrage de la nuit à marée noire
Ph., G.AdC




NOSTOS II.

...migrations destins
les îles émergèrent de la mer
pour être abandonnées à la dérive...

                                   il n'a pas besoin d'étoiles
le naufrage de la nuit
à marée noire
qui ne recueillit jamais la queue d'une comète
au creux de sa main
                                    et qui ne demanda jamais
ni s’ils avaient brillé ailleurs qu’en rêve
ni où ils étaient
les lieux qui plus jamais ne seront verts
les noms
qui plus jamais n’auront un son
écho muet...

migrations
                        destins
bétail arrimé sous des ponts de sel
amertume de la mer
visages sans regard
yeux sans visage
âmes à nu conjuguant
cartons et ficelles

                  racines
arrachées où feras-tu halte
poisson oiseau suicidé
jusqu'à quand
arbre nu
trouveras-tu une ombre pour la peine
sur quels escaliers
dans quelles salles ou coursives
attendras-tu le retour des morts sans nom
déchiffrant le silence de l’heure
horoscopes d'infortune
                                                   aux équinoxes aux solstices
j'ai connu le sel de tous les ponts
les soupirs et les cris
la patience et l'arme blanche
j'ai connu
les vapeurs du brouillard et les fleuves qui traînent

l'animal sauvage
ne foule plus ces lieux
l'oiseau ne les traverse plus
puisque la pierre de chaque pièce est peine
ces lieux
                     l'oiseau ne les traverse plus...



Giovanni Dettori, A varia luna errando, Au gré des lunes errant, Anthologie personnelle 1986-2004, Poésie bilingue italien/français, Éditions La Passe du Vent, 2005, pp. 50-51-52-53. Traduit de l'italien par Marcu Porcu.




     Giovanni Dettori est né à Bitti (Sardaigne) en 1936. D'abord enseignant, puis directeur de la bibliothèque universitaire de la faculté des sciences politiques et sociales de Turin, Giovanni Dettori a collaboré à de nombreuses revues littéraires. Traducteur, il est aussi poète. Il a publié Canto per un capro : Ipotesi su Birkitt (La Salamandra, Milano,1986), Amarante (Il Maestrale, Nuoro, 1993), prix national Giuseppe Dessi. Giovanni Dettori a été découvert en France au festival de poésie de Lodève, « Voix de la Méditerranée ». Il a participé à l'anthologie poétique L'Heure injuste (éditions La Passe du Vent, 2005) qui réunit les textes de vingt-et-un poètes contemporains.




Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index des auteurs
Retour à l'index de la catégorie Péninsule (littérature italienne et anthologie poétique)

» Retour Incipit de Terres de femmes

08 juillet 2009

Vangelis Kassos/Erysichton

« Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)





MARQUE PAGE ERYSICHTON
Image, G.AdC





EPYΣIXΘΩN

πού єίναι το χώμα;
πού єίναι το χάδι;
γєύση από πέτρα
μovάχα χύvεται
μες στην ψυχή
ω Δήμητρα
εγώ πεινώ για εαυτό
στάχυ σφοδρό σαν ξύπνημα
και συ με ρίχνεις
στο κορμί
ψίχουλο που περίσσεψε
από της γης
το φτωχικό τραπέζι
ακούω σύγκορμος
τα γοερά σου αισθήματα
σε κυρίεψε η ζωή
σε θόλωσε ο θάνατος
πίσω από την ύπαρξη στέκεις
καθώς ο φοβισμένος
πίσω από του σπιτιού του το κατώφλι
άφησέ με να βγω
απ’αυτήν την άπορη γεύση
ρίξε απάνω μου αλύπητη πείνα
να καταπιώ σα χείμαρρος
την αυθαίρετη ξωή μου





ERYSICHTON

où est la terre ?
où est la caresse ?
seul un goût de pierre
emplit
mon âme
ô Déméter
la faim s’empare de moi
épi rude comme un éveil
et toi tu me jettes
au corps
comme une miette tombée
de la table modeste
du monde
j’écoute de tout mon corps
tes sentiments plaintifs
la vie t’a envahie
la mort t’a bouleversée
tu te tiens en retrait de l'existence
comme quelqu’un d’apeuré
derrière le seuil de sa maison
laisse-moi sortir
de ce goût insoluble
jette sur moi une faim impitoyable
que j’engloutisse comme un torrent
ma vie arbitraire


Vangelis Kassos, Αδιαπέραστο Φως/Lumière impénétrable [Ίνδικτος, Athènes, 1998], L’Oreille du Loup, 2009, pp. 52-53. Traduction du grec par Ioannis Dimitriadis.





Vangelis kassos
Source


     Vangelis Kassos est né en 1956 à Karditsa (Grèce) et vit à Athènes. Figure majeure de la poésie grecque contemporaine, il a publié plusieurs livres de poèmes, dont Voluptés nocturnes d'un immigré et Expérience de la mort, ainsi que des essais sur la poésie comme L’Étouffement du regard ou L’Interminable Fin. Il a par ailleurs traduit en grec des œuvres d’Ezra Pound et de Paul Valéry, ainsi qu'Aurélia de Nerval.




Note de l'éditeur et du traducteur :

ERYSICHTON

     Selon le mythe, Erysichton était fils de Triopas, roi de Thessalie. Pour avoir abattu les arbres sacrés du bosquet de Déméter, il fut condamné par la déesse à une faim insatiable qui l'amena à dévorer son propre corps.
     la faim s’empare de moi : phrase de Nietzsche tirée de Ainsi parlait Zarathoustra.
     et toi tu me jettes / au corps / comme une miette tombée / de la table modeste / du monde : à l'origine de ces vers se trouve la phrase de saint Jean de la Croix : « Nous apprenons que tous les êtres sur terre sont des "miettes" tombées de la table divine ».





Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

07 juillet 2009

Danielle Fournier/ton prénom

« Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)





Les lettres je n'en omets aucune
Ph., G.AdC





ton prénom je le       trace
le grave encore

les lettres je n'en omets aucune

le froid s'empare des dents
quelque chose peut survenir
à tout moment

ne peux affirmer si je m'enfonce ou si je suis engloutie
sur des mots effacés
je risque l'avenir de la mer

inquiétée


Danielle Fournier, Je reconnais la patience de l'arbre, Tarabuste Éditeur, 2008, page 12.





DANIELLE FOURNIER

Danielle_fournier
Ph. © Josée Lambert
Source


Voir aussi :
- (sur Terres de femmes)
Danielle Fournier/Le chaos des flammes ;
- (sur Terres de femmes)
Danielle Fournier/toi ;
- (dans la galerie Visages de femmes de Terres de femmes)
un Portrait de Danielle Fournier (+ un poème extrait du recueil Il n'y a rien d'intact dans ma chair) ;
- (sur L’île, l’infocentre littéraire des écrivains québécois) une
notice bio-bibliographique sur Danielle Fournier.




Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

06 juillet 2009

Seyhmus Dagtekin/Je voudrais

« Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)





Je voudrais te voir par tous les moyens de la vision Je voudrais que l-int-rieur commence par toi
Ph., G.AdC





JE VOUDRAIS


Je voudrais qu’on rêve ensemble
Qu’on se réveille ensemble
Je voudrais qu’on attrape d’une même main
Qu’on entende d’une même oreille
Je voudrais te saluer de près
Ne jamais te perdre de loin
Je voudrais te voir par tous les moyens de la vision
Je voudrais que l’intérieur commence par toi
Que l’extérieur ne soit que toi
Je te voudrais dans la volonté et dans ce qui la dépasse
/
Je me voudrais ce qui court vers toi
Ce qui s’anéantit et retrouve vie en toi
Sans que tu ne diminues en rien
Je me voudrais ailes déployées
Corps qu’aucune aile ne peut porter
Je te voudrais destination de toute lettre
Source de tout mot
Je te voudrais champ et chambre
Terre et arbre, iris et son regard
Comme si ta vie était l’envers de la mienne
Et qu’elle serait balayée par le même souffle


Seyhmus Dagtekin, Au fond de ma barque, le dé bleu/L’idée bleue, 2008, page 88.






SEYHMUS DAGTEKIN

Seyhmus Dagtekin
Source

Voir aussi :
-
le site officiel de Seyhmus Dagtekin ;
- (sur Terre à ciel)
un Entretien de Cécile Guivarch avec Seyhmus Dagtekin (juin 2009).




Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

05 juillet 2009

Hyam Schoucair Yared/J’accepte mon visage

« Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)





Et tout ce braille en nous coulé dans le béton. Ce ne sont pas nos<br />
ombres c'est le mur qui avance.
Ph., G.AdC





J’ACCEPTE MON VISAGE


     Notre couche est étroite pour nos deux
nudités. C'est le trottoir
     que tu enlaces avec le bruit des autres.
Et tout ce braille en nous
     coulé dans le béton. Ce ne sont pas nos
ombres c'est le mur qui avance.
     À midi tu me perds et me trouves dans
la pierre. Tu me rapportes un geste
     de la mémoire des murs. Je n'ai pas
reconnu ma porte et ma tombe.
     L'univers — ce mot de plus dans le sang.
Tu m'étrangles. Ma gorge
     — sépulcre de ton feu. Mutile-moi de ta
verge. J'accepte mon visage


Hyam Schoucair Yared, Naître si mourir, Écrits des Forges/le dé bleu/L'Idée bleue, 2008, page 16.







Image, G.AdC





     Hyam Schoucair Yared vit à Beyrouth (Liban) où elle est née le 7 octobre 1975. Avec trois livres de poésie (dont Reflets de lune, Dar An-Nahar, Beyrouth, 2001. Médaille d’or aux IVes Jeux de la Francophonie, Québec, 2001 et Blessures de l’eau, id., 2004), un long poème à quatre mains sous forme de dialogue (écrit avec le poète portugais Casimiro de Brito) Sur une île, et un roman (L’Armoire des ombres, Sabine Wespieser, 2007. Bourse Del Duca et Prix France-Liban 2007), Hyam Yared déploie une voix forte et singulière, tant par les thèmes qui traversent son œuvre (la condition de la femme, l'âpreté du désir...) que dans l'écriture, travaillée avec lucidité, fraîcheur et naturel. Secrétaire du PEN (Liban), Hyam Yared s'attache à défendre les écrivains incarcérés et la liberté d'expression de la presse.




Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

04 juillet 2009

Jeanne Bastide, Un silence ordinaire

Jeanne Bastide, Un silence ordinaire,
L’Amourier éditions, 2009.





Rivé à la garrigue de l'été
Ph., G.AdC





SOUS « LE BRUISSEMENT DE LA LANGUE »

     Traversées de pensées étirant leurs ombres insaisissables au long des jours, les complaintes d'Un silence ordinaire composent un récit envoûtant. Fluide, impalpable, musical, le dernier récit de Jeanne Bastide est un texte-pastel bouleversant. Assise sous un figuier, à même l'herbe sèche, je laisse monter en moi les images d'un « présent intérieur » qui s'arrime à un paysage d'enfance, rivé à la garrigue de l'été et au bleu de la mer. Une musique des mots, teintée d'une mélancolique tendresse, court entre les pages, d'un chapitre à l'autre. Une douceur lumineuse gagne en profondeur en même temps que se précisent les contours de l'histoire de Lucie. Une histoire de l'abandon et de la perte, tissée, autour de « la part manquante », dans le silence d'un temps identique. Ou dans le retour régulier de son ressac. Pourtant, le « silence ordinaire » qui ronge l'âme de Lucie est aussi un silence « où bruissent la lumière et les insectes de l'été. »





Dans son fauteuil Voltaire
Ph., G.AdC





     Au commencement, il y a cette femme assise dans son fauteuil Voltaire, face au vide que soulignent les objets abandonnés là dans leur forme éternelle. Une partition posée sur le piano fermé, un autre fauteuil, l'armoire qui imprime sa rigidité dans le dos de celle qui écoute. Qu'écoute-t-elle au juste, sinon le silence ? Ou encore ce bruit de mots qui monte en elle, ce bruissement de la langue qui surgit d'elle, d'elle ne sait où ? Sous la peau. À même la peau. Cette femme, c'est Lucie la bien nommée, sensible aux reflets du soleil sur la pierre et à la lumière apportée par le vent. Lucie qui continue d'habiter la part lumineuse du monde au cœur même du « voyage immobile » qui la consume toute dans l'absence de l'autre. Et jusque dans l'attente « qui se nourrit d'elle », « la grignote ». Jusqu'à ce que « le temps la soulage ». « La soulage d'elle-même ». Et l'appelle sur la route, à hauteur des nuages et du vent.

     Broderie sur les mots, — absence et vide dont ils sont porteurs —, Un silence ordinaire tient à la fois de la partition musicale et de l'œuvre picturale. Derrière les natures mortes qui habitent le monde familier de Lucie surgissent les portraits de Lucie. Lucie en femme aimée qui fut un jour créée par les mots de l'autre — ses caresses —, Lucie abandonnée à son silence — femme dans son intérieur ; femme assise sur une chaise ou sur la grève ; femme avec ses carnets, ses encres et ses mots... Des pastels où s'imprime la poussière. Et la tristesse qui l'endeuille. Partition musicale — le titre et les didascalies qui l'accompagnent donnent à chaque chapitre sa tonalité et sa teneur — qui mêle poésie et prose, Un silence ordinaire allie sans rupture les rumeurs du monde extérieur — étrangères et intrusives — et le bruissement intérieur des paroles en ébullition dans le puits, sous la peau. De ce bruissement naît l'écriture. Une émergence qui se lit dans le creuset des rêveries en italiques. Pour Lucie ou pour la voix qui parle en elle, l'écriture est constat d'un décalage, d'une séparation.

     « Écrire.
Les mots nous séparent des êtres — je te nomme et tu existes — tu es toi et je suis plus loin.
Dis seulement une parole et je serai séparée.
Non, ne dis rien.
Laisse-moi dans mon silence évidé.
Tu es toi et je suis à courir derrière moi. »


     L’écriture est aussi le fil qui relie les mots et le temps. Le seul susceptible de renouer avec la parole perdue.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






JEANNE BASTIDE

Voir aussi :
- (sur le site des éditions L'Amourier)
une page consacrée à Un silence ordinaire de Jeanne Bastide ;
- (sur Terres de femmes)
Jeanne Bastide, Intimité de la lumière (extrait);
- (sur Terres de femmes)
Jeanne Bastide, Lucarnes (note de lecture).





Retour au répertoire de juillet 2009
Retour à l' index des auteurs
Retour à l’ index des « Lectures d’Angèle »


» Retour Incipit de Terres de femmes

03 juillet 2009

Angèle Paoli/Guidu Antonietti di Cinarca/Murales

Série Murales





Murale I
Ph., G.AdC





MURALE I


écaille
la vie      le rêve tremble
dans ses cercles
enjolive les sens
de la fête
toi que ton nom
lézarde sous ciel brûlé

champ chromatique
de la douleur.





Murale II
Ph., G.AdC





MURALE II


terre d'ambre la roue s'en vient
tourne détoure chuintements
de notes déroulés de vagues blondes
en ondes brunes
et le Ô mordoré de ton nom
je le lisse en serpent de nuit
sur la ligne de partage
de l'horizon

zeste d'effroi
dans cri de craie.





Murale III
Ph., G.AdC





MURALE III


c'est vrai
ton cœur lassé
a laissé le son bleu
percer la rage des rancœurs
la craie à chaud sur le mortier
a criblé les espoirs
de mille trous

grésillements
de cripures
acidulées
des sens.





Murale IV
Ph., G.AdC





MURALE IV


tu contournes
les questions
triangles de lumière
qui nient les issues
de la pensée première
— chatoyante qui t'échappe —
tu ne vois
que ce qui se meut
le reste se dérobe
dans la grise monotonie
d'un temps qui se meurt

sans toi.





Murale V
Ph., G.AdC





MURALE V


dans la mouvance du maquis
les chardons hérissent leurs piques
et toi
tu fixes le taureau à l'arène
banderilles à l'assaut des chairs de sang
insensible aux échos
qui emportent ton nom
loin des Chines éternelles

rongé de pierre
cnidaires mauves
piques d'écailles sans calice.





Murale VI
Ph., G.AdC





MURALE VI


compte le temps qui nous craquèle
et vois ces soudures qui fendillent
carcasses vides et creuses
que harcèle la mort
le gris des jours fissure
nos têtes lasses et nos jeux

plus encore.





Murale VII
Ph., G.AdC





MURALE VII


un éclair de sang bleu
a zébré l'horizon
hirondelle bannie
du nid cocon d'étoile

et je cherche où nager
dans ce mur qui étouffe
feu de l'air embrasé
colères insoumises

tu fuis là
où te voir ne peux
je file au gré du sort
là où le ciel respire
et tu ne peux nier
que la vague m'emporte
loin très loin
où me voir tu ne peux.


Angèle Paoli
DR. Texte angèlepaoli
D.R. Photos Guidu Antonietti di Cinarca




Retour au répertoire de juillet 2009

» Retour Incipit de Terres de femmes

02 juillet 2009

Murale VII

Série Murales





Murale VII
Ph., G.AdC





MURALE VII


un éclair de sang bleu
a zébré l'horizon
hirondelle bannie
du nid cocon d'étoile

et je cherche où nager
dans ce mur qui étouffe
feu de l'air embrasé
colères insoumises

tu fuis là
où te voir ne peux
je file au gré du sort
là où le ciel respire
et tu ne peux nier
que la vague m'emporte
loin très loin
où me voir tu ne peux.


Angèle Paoli
DR. Texte angèlepaoli
D.R. Photo Guidu Antonietti di Cinarca



FIN




Retour au répertoire de juillet 2009

» Retour Incipit de Terres de femmes


Ma Photo

Écrivez-moi

Dernières dépêches sur TdF


  • Samedi 11 juillet 2009

    Savez-vous que Terres de femmes est la seule revue littéraire à assurer quotidiennement une maintenance éditoriale sur la totalité du site ? Actualisation des anciennes notes et de leur apparat critique, mise à jour des nombreux index, sous-index, répertoires, liens et liens-corrélats, suppression des notes obsolètes, trop liées à une actualité qui n'est plus pertinente.




    TdF propose à ce jour 2 438 pages ou notes. Outre plusieurs centaines de notices dans les annexes (galerie exposition, albums photos...) et plus de 3 000 documents iconographiques.
    Nombre de visites de lecteurs durant l'année 2008 = 469 791
    (1 287 visites/jour). Depuis le 1er février 2005, 1 577 937 lecteurs uniques cumulés sont venus sur Terres de femmes.
    [Source : XiTi].

Extraits musicaux du jour

J'écris



  • Lupinu (mon chat) et moi

Et vous ?



  • Vous ?

Les Noir et Blanc de Guidu



Terres de femmes


  • Content copyright protected by Copyscape website plagiarism search

  • © 2004-2009 Angèle Paoli. Tous droits réservés.


    Toute reproduction, publication, diffusion ou distribution de tout ou partie du contenu de Terres de femmes pour fins autres que celles d'utilisation personnelle, est strictement interdite sans autorisation préalable. Pour toute copie et diffusion à usage personnel et non commercial, l'auteur et la source (Angèle Paoli/Terres de femmes) doivent être mentionnés et un lien établi vers cette source.
    ________________________________________________


    __________________________________________________

Retour