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Rédigé le 03 septembre 2010 à 09:02 | Lien permanent | Commentaires (1)
Je pars. Toujours il dit Je pars, je me tire.
Il aime le mouvement de partir. Il se fout de l'endroit à atteindre, ce qu'il aime c'est partir, c'est déclarer qu'il part. Il dit qu'il va écrire, un jour, l'éloge de la fuite. Cet éloge lui paraît d'autant plus justifié qu'il a appris, hier, que le verbe partir, en espagnol, signifiait aussi partager [...]
Le matin du 2 septembre 1969, il fait du stop à la sortie de Clermont-Ferrand. Sur lui, un sac qui contient quelques effets de première nécessité, un livre dont je reparlerai, quelques cassettes de musique et un lecteur de cassettes. Il fait halte à Milan où vivent des amis anarchistes de la mouvance de Valpreda, puis file sur Trieste où commence, pour lui, l'inconnu. A Ljubljana, il vend dans la rue des caricatures de De Gaulle, et engage la conversation avec des hippies qui le conduisent, le soir venu, dans leur communauté sur laquelle règne un illuminé qui se fait appeler Feo. BW en repart sur-le-champ. L'idée de vivre, ne serait-ce qu'un jour, ne serait-ce qu'une heure, sous l'emprise d'un prophète, fût-il le plus inoffensif, lui fait horreur.
Il prend le train pour Zagreb, traverse en camion la Bulgarie, reprend le train vers la frontière turque. Dans le compartiment qu'il occupe, un Anglais lui offre une boîte de sardines. C'est l'époque où les voyageurs étrangers fraternisent. Le train s'arrête. L'Anglais jette négligemment la boîte usagée par la fenêtre. Des flics font aussitôt irruption et embarquent sans ménagement le Pakistanais qui partageait leur compartiment. Les protestations des deux Européens ne serviront à rien. Premier chagrin de BW. Première violence. Première injustice à laquelle BW assiste, impuissant. Il y en aura bien d'autres. Dont il sera, quelquefois, l'objet.
Lydie Salvayre, BW, Éditions du Seuil, Collection « Fiction & Cie », 2009, pp. 7, 17-18.
■ Voir/écouter aussi ▼ → (sur Mediapart) un entretien de Lydie Salvayre avec Sylvain Bourmeau à l'occasion de la publication de BW |
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Rédigé le 02 septembre 2010 à 22:46 | Lien permanent | Commentaires (0)
Antonello da Messina L'Annunciata, v. 1470 huile sur bois, 45 x 34 cm Galleria Regionale della Sicilia Palazzo Abatellis, Palermo Source HERB’ÉCRIT Tout l’or de Caroline Sagot Duvauroux coule dans les pages du Vent chaule et de L'Herbe écrit. Dès l’incipit du premier livre, « l’or de la parole » déborde : « d’abord encore désormais dorénavant lorgne bord alors essor ». L’or de la parole se prolonge comme un écho intérieur : « accords ordinairement… décolorera j’adore je décortique… l’or de la parole… l’œuvre morte… ». Or de l’ordre du temps, or des contraires qui le constituent, or du syllogisme. « Or je suis un homme ». « Un quelqu’ » tronqué par apocope, deux fois répété pour poser les bases d’une partition particulière. Du « la mineure » en « là mineur ». Et former au final un « requiem en majeure ». « Un quelqu’ » tracassé par ses interrogations trébuchantes (« Qu'est-ce qui ne va pas. Qu' qu'est-ce ? Ça. Qui ne va pas. Ça. Ce pourquoi. ») survient in medias res, confronté à des bribes de souvenirs douloureux. La poudre à canon a fait éclater la vie le monde. Texte anamnèse. « L’indécidable », « l’imprononcé » est ce qu’il reste de ce qui a été vécu. Reste la poussière (cendre et suif) qui s’est déposée sur les choses. Où était-ce ? Quand cela a-t-il eu lieu qui a fait passer la vie d’un avant à un après ? Nul ne sait. Et le présent qui se dit est fait de pleurs qui se raccrochent à quelques images : le vent, le bleu l’oiseau l’Antonello, la neige. Ph., G.AdC Ainsi s’ouvre Le Vent chaule, sur une écriture qui se joue des genres, des catégories. S’en libère. Et se définit, un peu plus avant dans le texte, comme composition de « fines lanières » ou même « épluchures » qui brusquent la langue. Au même titre que l’herbe sur la lande. « Quelle besogne une langue sur une page. Besogne d’herbe sur la lande. » Sur la page-estran du second recueil, L’Herbe écrit, « l'herbe s'affole ». Toute une typographie mouvante, boustrophédone, à laquelle il faut ajouter des pictogrammes d’oiseaux, mime l'espace de l'estran. Herbe et vent. Oiseaux. La page s'anime pareille à un champ de lupins agité par le souffle du vent. « L'herbe écrit mais le vent chaule ». On attend un mur, des fruits, des jus, des grains, des terres. Que l'on aurait amendées à la chaux. Fermentations de voies. On s'attend à de belles récoltes, nourries au lait de chaux. On croise un vent qui secoue et démantèle. Le récit, la syntaxe, la phrase, le texte, l'arbre. Le mot, délesté de son e muet : « Je laisse dans le vent l’apocope des finales. Le e muet tranché. Ainsi pathos brut. » Et dans le vent, au plus près de lui, on croise le poète, cette « herbe » qui cherche son souffle de fiction. Et fait surgir, malgré le peu de « mémoire d’enfance », le souvenir de la mère et de la grand-mère, à qui est dédié Le Vent chaule. Souvenir de leur mort : « Mamy morte. Et les livres sont rangés. Phèdre et le jour blessé se sont réfugiés dans le corps clos d’un livre clos. » // « Ils l’ont portée dans un frigo, ils font le corps musée Grévin. On ne reconnaît pas la belle dame, oui bien sûr quelque chose, il y a bien quelque chose, mais c’est effrayant cette dame qui ne nous connaît pas du tout, qui ressemble un peu à maman ». Ph., G.AdC Liés aux figures tutélaires de l’enfance et à une forme de bonheur, les bleus de l’Antonello ont illuminé ce temps d’avant. Le bleu de L’Annonciation surtout, la seconde, celle de 1470, qui nimbe le visage de la Vierge « au regard effroyablement savant dans le bleu qui s’enfuit du bleu partout où désormais on pensera bleu ». Né du blanc, le bleu devient leitmotiv et emplit l’espace qui s’ouvre avec la page « ) ici ciel bas » : « On est recouvert d’oiseaux. Du blanc coule. La lune ? On dit bleu. » « Tout est désert tout est en paix tout est blanc. On dit bleu. » « tu bleuchambras mourir maman Restent la neige dans mes yeux la mer bleue » « Un évohé tout seul dans le blanc de l’hiver. Je suis ça. Je dis : bleu. » Liée au souffle, inspiration-expiration, l’écriture du poète est semée de gués qui guident vers les seuils où s’arriment images et textes hérités du passé. Gué du Gois et gué du Yabbok se côtoient. Ponctuée de passages tremblés d’une pierre à l’autre, de la peinture à la poésie, de la poésie à la peinture, l’écriture est épreuve, comme la peinture. Rencontre et symbiose. « Qui verra les secrets que j’ai enfouis dans les ocelles d’huiles ; les touffes intrépides que j’ai plantées dans de petites flaques brunes ou grises ? » interroge le peintre-écrivain. Ailleurs, livrée à la tourmente, l’écriture exhume les violences chaulées par le vent : « herb’ et cri ». L’herbe écrit le cri de l’indicible, horreurs perpétrées par l’homme sur son semblable. Le « deuil tremble d’un seuil ». Depuis les temps mythiques jusque dans le contemporain. Et le poète-oracle « aux images tourbillonnantes » rend hommage, à travers sa parole dissonante, à ses « sœurs d’exil » et d’esclavages. Oraculaire est la parole qui sourd de la bouche d’ombre de Caroline Sagot Duvauroux. Énigmatique et féconde. Dévastatrice, périlleuse, inventive, détonante, la parole pythique se déverse en flots vibrants sur qui reçoit les mots de plein fouet. Tenter de les retenir est impossible. Ils échappent à. La langue du poète résiste, qui s’insurge contre ceux qui voudraient l’assujettir : « N’encagez pas ma bogue de douleur ». Mieux vaut laisser les mots se désendiguer dans le tourbillon de la langue. Et laisser au poète sa grande « liberté de fougère ». Angèle Paoli D.R. Texte angèlepaoli
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CAROLINE SAGOT DUVAUROUX ■ Caroline Sagot Duvauroux sur Terres de femmes ▼ → Je dissone (extrait de L'Herbe écrit) |
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Rédigé le 01 septembre 2010 à 23:18 | Lien permanent | Commentaires (1)
Ph., G.AdC SOMMAIRE DU MOIS D'AOÛT 2010 ▪ Terres de femmes ― Sommaire du mois de juillet 2010 ▪ 1er août 1819/Naissance d'Herman Melville ▪ Sandra Moussempès/Une histoire naturelle Anthologie poétique Terres de femmes (76) ▪ Angèle Paoli, Carnets de Marche (lecture de Christiane Parrat) ▪ Gérard Titus-Carmel/La Nuit au corps ▪ Florence Noël/Initiation au crépuscule ▪ six août/Georges Guillain, Compris dans le paysage ▪ Pierre Reverdy/Heure ▪ DiptYque entre les mains de l’ombre (par Nathalie Riera) ▪ Henri Meschonnic/J'apprends une phrase qui n'a pas de fin ▪ W.H. Auden/None ▪ 11 août 1937/Mort d'Edith Wharton ▪ 12 août 19.../André Pieyre de Mandiargues, Madeline aux vipères ▪ Sabine Huyhn/Là où elle naît Anthologie poétique Terres de femmes (77) ▪ 14 août 1918/Marina Tsvétaïeva ▪ 15 août 1964/Hélène Cixous, Manhattan ▪ 17 août 1427/Cole Swensen, Première mention des Bohémiens en Europe ▪ 18 août 1922/Naissance d'Alain Robbe-Grillet ▪ Laure Cambau/Sans pourquoi Anthologie poétique Terres de femmes (78) ▪ 20 août 1901/Naissance de Salvatore Quasimodo ▪ 21 août 1981/Alix Cléo Roubaud, Journal ▪ 22 août 1862/Umberto Saba, Couleur du temps ▪ 24 août 1890/Naissance de Jean Rhys ▪ D.H. Lawrence, Croquis étrusques (note de lecture d'Angèle Paoli) ▪ 25 août 1923/Naissance d'Álvaro Mutis ▪ Roger Munier/Août ▪ 27 août 1957/Lettre de Flannery O' Connor à Cecil Dawkins ▪ 28 août 1828/Naissance de Léon Tolstoï ▪ Francis Ponge/Les hirondelles ▪ 30 août 1994/Joël Vernet, Le Regard du cœur ouvert ▪ 31 août 1963/Mort de Georges Braque ▪ Terres de femmes ― Sommaire du mois de septembre 2010 |
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Rédigé le 01 septembre 2010 à 12:25 | Lien permanent | Commentaires (0)
DERRIÈRE LE MIROIR, par ALBERTO GIACOMETTI
Georges Braque vient de mourir. Cette nouvelle ne provoque pour le moment, aucune résonance dans mon esprit. Georges Braque reste à cet instant aussi vivant que dans le passé, plus vivant peut-être que jamais, quelque part dans sa maison, dans son atelier, ici à Paris, ou au bord de la mer, allant, venant, d’un tableau à l’autre, fumant sa cigarette. Je me vois chez lui, l’écoutant, parlant, une tasse de café devant nous, sur la petite table comme ce fut le cas de nombreuses fois depuis 1930. Mais au même instant je pense avec nostalgie à l’époque lointaine de Montmartre que je n’ai pas vécue. Je pense aux jeunes gens qui étaient Braque, Picasso et leurs amis, je les vois dans leur vie de tous les jours et leurs peintures dites cubistes sont pour moi avant tout les documents, les reflets mêmes de cette vie de tous les jours ; elles concrétisaient pour eux l’ouverture immense et exaltante dans l’avenir et la fraîcheur immédiate sur toutes choses. Et puis cet avenir fut pour chacun un chemin solitaire et complexe.
Ce soir toute l’œuvre de Georges Braque redevient pour moi actuelle ; sorti du temps, il se situe dans l’espace. De toute œuvre, je regarde avec le plus d’intérêt, de curiosité et d’émotion les petits paysages, les natures mortes, les modestes bouquets des dernières, des toutes dernières années. Je regarde cette peinture presque timide, impondérable, cette peinture nue, d’une toute autre audace, d’une bien plus grande audace que celle des années lointaines ; peinture qui se situe pour moi à la pointe même de l’art d’aujourd’hui avec tous ses conflits.
Alberto Giacometti, Derrière le Miroir, n° 144, Maeght éditeur, 1964, in Giacometti & Maeght, 1946-1966, 2010, page 106.
LE SURRÉALISME ET LA PEINTURE
Je ne puis m’empêcher de m’attendrir sur la destinée de Georges Braque. Cet homme a pris des précautions infinies. De sa tête à ses mains il me semble voir un grand sablier dont les grains ne seraient pas plus pressés que ceux qui dansent dans un rayon de soleil. Parfois le sablier se couche sur l’horizon et alors le sable ne coule plus. C’est que Braque « aime la règle qui corrige l’émotion » alors que je ne fais, moi, que nier violemment cette règle. Cette règle, où la prend-il ? Il doit encore y avoir une quelconque idée de Dieu là-dessous. C’est très joli de peindre et c’est très joli de ne pas peindre. Enfin… Braque est, à l’heure actuelle, un grand réfugié. J’ai peur, d’ici un an ou deux, de ne plus pouvoir prononcer son nom. Je me hâte.
André Breton, Le Surréalisme et la peinture, Éditions Gallimard, 1965, page 10.
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Rédigé le 31 août 2010 à 10:42 | Lien permanent | Commentaires (1)
Source
30 août
Une force intacte qui ne se dilue pas dans la fiction, qui ne devient pas littérature. Pas d’œuvre, non, mais un brûlot, une agression, des livres sauvages, inclassables, que la critique ne sait comment saisir.
Un après-midi, de la fenêtre. L’air, par intermittence, rejoint ma vie immobile. Je lève les yeux vers le ciel pur. Ce mouvement très bref se perd dans le bleu. Lever les yeux ainsi vers l’azur, les beaux feuillages balancés par le vent. Je pourrais rester ainsi durant des heures. Sans intention ni projet. Ne méditant aucun voyage. Rester des heures dans cette pièce, des années, regardant s’écouler les saisons, saisissant le feu vif de l’essentiel niché dans chaque instant. M’attachant à toucher, à atteindre l’invisible. Mais est-ce une vie, cela, toute de dévotion au monde, au silence, aux heures de solitude ? Est-ce une vie cette non-vie, cet abîme de rien qui me fonde ?
L’or de l’automne, les brûlures de l’été, du printemps, les songes de neige et de givre. La poussière sur le temps, l’orage dans notre vie.
Devenir un nomade dans la vie sédentaire. Je me vois marchant le long de l’Océan indien dans un état de solitude divine. J’ai voyagé, me dis-je, pour rencontrer la solitude, mon vrai visage car la lumière de la fenêtre m’épouvante quand arrive le soir, quand tombe la nuit.
Joël Vernet, Le Regard du cœur ouvert, Des carnets 1978-2002, Éditions La Part Commune, Rennes, 2009, pp. 189-190.
| JOËL VERNET ■ Voir aussi ▼ → (sur remue.net) Joël Vernet /marcher vers un ciel de pierre → (sur Le Nouveau Recueil) Joël Vernet, ou l’esthétique de la trace, par Sylvie Besson → (sur arald.com) un entretien avec Joël Vernet, réalisé par Yann Nicol (fichier PDF) |
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Rédigé le 30 août 2010 à 17:58 | Lien permanent | Commentaires (1)
Chaque hirondelle inlassablement se précipite ― infailliblement elle s'exerce ― à la signature, selon son espèce, des cieux. Plume acérée, trempée dans l'encre bleue noire, tu t’écris vite ! Si trace n'en demeure… Sinon, dans la mémoire, le souvenir d'un élan fougueux, d'un poème bizarre, Avec retournements en virevoltes aiguës, épingles à cheveux, glissades rapides sur l'aile, accélérations, reprises, nage de requin. Ah ! je le sais par cœur ce poème bizarre ! mais ne lui laisserai pas, plus longtemps, le soin de s'exprimer. Voici les mots, il faut que je les dise. (Vite, avalant ses mots à mesure.) L'Hirondelle : mot excellent ; bien mieux qu'aronde, instinctivement répudié. L'Hirondelle, l'Horizondelle : l'hirondelle, sur l'horizon, se retourne, en nage-dos libre. L'Ahurie-donzelle : poursuivie, ― poursuivante, s'enfuit en chasse avec des cris aigus. Flèche timide (flèche sans tige) ― mais d'autant véloce et vorace ― tu vibres en te posant ; tu clignotes de l'aile. Maladroite, au bord du toit, du fil, lorsque tu vas tomber tu te renvoles, vite ! Tu décris un ambage aux lieux que de tomber (comme cette phrase). Puis, ― sans négliger le nid, sous la poutre du toit, où mes mots piaillent : la famille famélique des petits mots à grosse tête et bec ouvert, doués d'une passion, d'une exigence exorbitantes ― Tu t'en reviens au fil, où tu dois faire nombre. (Posément, à la ligne.) [...] Francis Ponge, « Les hirondelles ou Dans le style des hirondelles » [1951-1956], in Pièces, Œuvres complètes, I, Gallimard nrf, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, pp. 795-796. |
| FRANCIS PONGE ■ Francis Ponge sur Terres de femmes ▼ → 27 mars 1899/Naissance de Francis Ponge → 6 février 1948/Francis Ponge, Pochades en prose → 29 mars ****/Le Verre d’eau de Francis Ponge ■ Voir aussi ▼ → (sur Poezibao) une fiche bio-bibliographique sur Francis Ponge (+ 2 extraits) |
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Rédigé le 29 août 2010 à 18:12 | Lien permanent | Commentaires (1)
LE ROMAN DE TOLSTOÏ, extrait
« Le fief des Tolstoï »
Leon Tolstoï naquit le 28 août 1828 sous le règne du tsar Nicolas Ier et le gouvernement de Toula, à environ deux cents kilomètres de Moscou, dans [le] domaine de Iasnaïa Polania, « la claire clairière » [...] « Sans mon domaine, je peux difficilement me présenter la Russie et mon sentiment à son égard », disait-il souvent.
À l'entrée du parc se dressent encore, de chaque côté de l'avenue plantée de bouleaux, les deux tours, devenues massives et rondes, surmontées d'un toit en forme de chapeau chinois. Érodées à leur base par le temps, elles furent recouvertes d'une chaux qui laisse entrevoir, sous l'enduit, les petites briques rouges des forteresses ancestrales de la Russie éternelle.
Aussi bien par son père que par sa mère, Tolstoï appartenait aux grandes familles qui ont marqué l'histoire du pays. Une de ses aïeux, Pierre Tolstoï, fut l'homme de confiance et le chef de la police secrète de Pierre le Grand, qui lui conféra le titre de comte. La famille de sa mère ― les Volkonski ―, encore plus ancienne, est entrée dans les annales. Sous Catherine II, le grand-père maternel de Léon, le prince Nicolas Volkonski, fut général d'infanterie puis ambassadeur de toutes les Russies à Berlin. À la fin du XVIIIe siècle, au temps du fantasque tsar Paul 1er, il prit sa retraite, après avoir épousé la princesse Catherine Troubetskoï, et se retira dans son domaine de Iasnaïa Poliana où une sentinelle en armes montait nuit et jour la garde auprès des tours en briques roses qui encadraient l'entrée du domaine. C'est ce grand-père qui servit à Tolstoï de modèle pour l'inoubliable vieux prince de Guerre et Paix. Veuf de bonne heure, il vécut en solitaire à Iasnaïa Poliana avec sa fille unique Marie, qui épousera le comte Nicolas Tolstoï en 1821.
Maître sévère mais juste, le prince était respecté de ses serfs. Doué d'un goût esthétique très sûr, c'est lui qui avait fait bâtir une vaste construction de bois à colonnades et à balcons, avec un péristyle surmonté d'un fronton, typique des constructions russes du XVIIIe siècle. Autour de l'énorme tronc d'un orme antique, il avait fait placer des sièges et des pupitres, où, pendant qu'il faisait sa promenade matinale, les musiciens de son orchestre exécutaient ses airs favoris.
Le vaste parc, avec ce petit brin de négligence qui fait souvent le charme de ce pays, était entouré d'un rempart et d'une immense forêt domaniale, avec quatre étangs poissonneux. De magnifiques arbres centenaires, appelés « les tilleuls des princes » ombrageaient les allées sablées. Des prairies, ou plus exactement un moutonnement de frondaisons, couvraient toute la colline, et une plaine ouvrait sur un immense horizon, jusqu'à la bande bleue, tout en bas, de la rivière qui serpentait entre les hautes herbes. Non loin passait la vieille route de Kiev, qui assurait le défilé ininterrompu des pèlerins se rendant dans les nombreux monastères de la région.
La maison où vivra Tolstoï par la suite est constituée des deux dépendances de la maison seigneuriale d'autrefois. Haute de deux étages, elle est d'une architecture très simple et dépourvue de toute ornementation ou recherche. Seuls les portraits d'ancêtres qui couvrent les murs du salon rappellent les nobles origines du maître du lieu.
Vladimir Fédorovski, Le Roman de Tolstoï, Éditions du Rocher, 2010, pp. 14-15-16.
UNE TRAVERSÉE DU SIÈCLE, extrait
et aller de l'avant. L'Avant, c'est à nos yeux l'angle d'insertion du
rêve de toujours dans la réalité de demain.
Georges HENEIN
Pourquoi Tolstoï ? Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi en France ? Ces trois questions n'en forment qu'une seule. Tolstoï, déjà, parce qu'il fut le Luther slave, comme l'a surnommé André Suarès : l'homme qui a donné une conscience, sur le plan littéraire, à tout un pays, jusqu'à en incarner l'âme qu'il a su faire aimer au monde entier. Tolstoï n'est pas un écrivain ordinaire, si seulement cela se pouvait, lui qui écrivit plus de cent volumes dont on ne retient le plus souvent que La Guerre et la Paix et Anna Karénine : c'est un penseur, un polémiste, un mystique, et tout aussi bien un ogre, une plante, une bête ; comme si aucun des déploiements de l'être humain, mais encore de la nature, n'avait été soustrait à tous ceux qu'il a embrassés. Est-il croyant ? Ne l'est-il pas ? Mais Tolstoï eût-il pu répondre ? Toute sa vie est la quête ouverte : quête qui va par les extrêmes, des sens exaltés à la fuite précipitée, au moment où la mort approche, pour l'emporter à Astapovo en 1910. Et si cette œuvre nous intéresse aujourd'hui, comme hier, c'est peut-être davantage par ce qui la traverse, ses angoisses, son face-à-face avec la nuit, sous l'hiver le plus rude, que par ce qui la surplombe : des réponses, dont on devine combien Tolstoï les a épousées les unes après les autres, avec l'appétit, au risque de s’en défaire, de s’en dépouiller, mais avec un désir renouvelé, car insatiable. Certes notre monde n’est plus le sien : tant d'horreurs barrent le XXe siècle et se jettent aveuglément au travers de notre temps qu'il serait indécent de croire que l'on puisse revenir à lui, d'un cœur simple, comme lui-même voulut faire retour aux Évangiles. Mais il serait non moins présomptueux de croire que notre nature ― je veux dire : notre faim, notre soif ― a changé, quand, il est vrai, tout ce qui faisait l'ancien monde a volé en éclats, ou, pour citer saint Paul, s'en est allé. Qu’on s'y attarde comme il convient : en un siècle à peine, mais quel siècle !, entre le moment où Tolstoï se meurt et aujourd'hui où il se rappelle à notre enthousiasme, la Russie est passée, comme jamais auparavant dans son histoire, du temps des prophéties glorieuses à celui des apocalypses successives. La Première Guerre mondiale, puis ― véritable point de bascule de ce siècle à excès ―, « le coup d'État bolchévique » (Vladimir Nabokov) ou « la grande lueur à l'Est » (Jules Romains) voire « le charme universel d'octobre » (François Furet) ont tôt fait place à un désenchantement, dont on ne mesure pas à quel point il est profond. À mesure que ce que voulait Tolstoï a semblé sombrer au plus bas (« Paix sur terre aux hommes de bonne volonté »), son corps ― cette langue, cette vision, ce jour étincelant ― n'a cessé de résister, de revenir, de redire les mots qui sauvent, ces mots de l'amour et de la vie : ces mots qui les font exister. Et s'il est certain que la Russie s'est éloignée de Tolstoï, rien de la Russie non plus ne nous est compréhensible sans lui [...].
Christiane Rancé, Une traversée du siècle in Europe, revue littéraire mensuelle, n° 976-977, août-septembre 2010, pp. 213-214.
■ Léon Tolstoï sur Terres de femmes ▼ → 26 novembre 1812/La Grande Armée au bord de la Bérézina (+ extrait de La Guerre et la Paix) → 7 novembre 1910/Mort de Léon Tolstoï (+ extrait de La Mort d’Ivan Illitch) |
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Rédigé le 28 août 2010 à 16:54 | Lien permanent | Commentaires (3)
| FLANNERY 0’CONNOR Source ■ Voir aussi ▼ → (sur RAL, M, Numéros 64-65 - juillet-août 2010) Flannery O'Connor, la solitaire de Milledgeville, par Benoît Pivert → (sur remue.net) Flannery O’Connor : L’Habitude d’être, une correspondance, par Dominique Dussidour → (sur The Meyer Literature Site) une biographie et une chronologie consacrées à Flannery O’Connor |
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Rédigé le 27 août 2010 à 17:41 | Lien permanent | Commentaires (0)
ROGER MUNIER Ph. Jean-Marc de Samie Source ■ Voir aussi ▼ → le site Roger Munier → (sur Poezibao) Un hommage à Roger Munier, par Chantal Colomb-Guillaume |
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Rédigé le 26 août 2010 à 10:23 | Lien permanent | Commentaires (2)
Le 25 août 1923 naît à Bogota, en Colombie, Álvaro Mutis.
Source Fils de diplomate, Álvaro Mutis passe son enfance à Bruxelles, en Belgique. À la mort de son père en 1933, il rentre en Colombie avec sa mère et passe ses vacances dans l'hacienda de Coello, propriété de ses grands-parents maternels. À Bogota où il poursuit ses études, il publie ses premiers poèmes dans La Razón et dans le supplément littéraire dominical El Especatador. C'est dans ce supplément que paraît pour la première fois le poème « La prière de Maqroll el Gaviero », le double du poète, figure de l'aventurier, « archétype du voyageur, en proie à la désespérance mais plein de vie, en proie à la lassitude mais plein de sagesse face à l'inéluctabilité de la mort, à l'échec de toute entreprise humaine, à la maladie, et à la fièvre qui le ronge lentement. » En 1974, Álvaro Mutis reçoit le Prix littéraire national de Colombie ; en 1989, le prix Médicis étranger pour La Neige de l'Amiral. En 2001, il est récompensé par le Prix Cervantès. Álvaro Mutis vit actuellement à Mexico.
LITANIE Voici la litanie que récitait le Gabier quand il se baignait dans les eaux du delta : Agonie des obscurs
cueille tes fruits. Peur des grands dissous l'espérance. Angoisse des faibles Fleur des morts mesure ton cours apaise tes branches. Cloche des mines modère tes voix. Orgueil du désir oublie tes présents. Héritage des forts rends tes armes. Plainte des oubliés sauve tes fruits.
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| ÁLVARO MUTIS Source ■ Álvaro Mutis sur Terres de femmes▼ → Sonate (2) ■ Voir/écouter aussi ▼ → (sur A media voz) d’autres poèmes d’Álvaro Mutis → (sur books.google.com) Summa de Maqroll el Gaviero (1948-1970) → (sur ClubCultura.com) une page (en espagnol) sur Álvaro Mutis |
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Rédigé le 25 août 2010 à 16:48 | Lien permanent | Commentaires (1)
UNE CURIEUSE TRANQUILLITÉ Dès le printemps 1926, lors d'un séjour en Ligurie, D.H. Lawrence envisage de se rendre sur les hauts lieux de l'histoire étrusque avec l'intention d'écrire sur ce sujet, qui le passionne de longue date. La fascination de D.H. Lawrence pour l'Étrurie et pour la civilisation étrusque est déjà présente dans des textes antérieurs à cette époque. Ainsi du poème « Cyprès », rédigé en septembre 1920, ou d'une lettre adressée à la mère de Frieda Weekley, le 10 septembre 1921. « Voilà la Toscane, et nulle part ailleurs les cyprès ne sont aussi beaux, aussi fiers, pareils à des flammes noires venues des temps primitifs, avant l'arrivée des Romains, lorsque les Étrusques étaient encore là, élancés, beaux et sereins, d'une élégance nue, les cheveux noirs et les pieds étroits ». Désireux de pénétrer le secret, désormais « perdu », de ses « précieux » Étrusques, D.H. Lawrence se documente sur l'Étrurie en lisant les ouvrages très savants de Mommsen, Fritz Weege, Pericle Ducati et Fell. Dans le même temps, contraint par son mauvais état de santé de ne pas s'éloigner de Florence, l'écrivain britannique consacre ses journées, Villa Mirenda, à l'écriture de L'Amant de Lady Chatterley. Au printemps suivant, malgré un état de santé précaire, Lawrence se décide à entreprendre son voyage, dont il confie les détails à son ami Earl Brewster : « Ce que pour ma part, je préférerais lors de notre voyage, ce serait de visiter la partie occidentale des Étrusques ― les musées romains ― puis Veii, Civita Castellana et Cerveteri (que l'on peut visiter depuis Rome) ― puis Corneto, juste à côté de Civita Vecchia dans la Maremme - puis le littoral de la Maremme ― et Volterra [...]. Si nous avions du temps, nous pourrions aller jusqu'à Chiusi et Orvieto ― c'est à envisager. J'éprouve beaucoup de sympathie pour les Étrusques. » La première excursion en Étrurie, en compagnie de Frieda Weekley, épouse de Lawrence, et du couple Brewster, Earl et Achsah, s'étire sur quatre jours. La journée du 6 avril 1927 est consacrée à Cerveteri ; les 7 et 8 avril, D.H. Lawrence est à Tarquinia (appelée un temps Corneto), le 9 avril à Vulci, le 10 avril à Volterra. La seconde excursion, prévue pour l'automne, n'aura jamais lieu et les six croquis qui auraient dû lui être consacrés n'ont pu être écrits. Cependant, dès la fin du mois d'avril 1927, D.H. Lawrence se lance dans la rédaction des Croquis de voyages dans les lieux étrusques. Considérant ses croquis comme insuffisamment aboutis, Lawrence ― que la pression des éditeurs insupporte ― propose qu'ils soient d'abord publiés dans un magazine. C'est dans Travel que les six Croquis paraîtront, l'un après l'autre (de novembre 1927 à février 1928). Cerveteri, Tarquinia, Les tombes peintes de Tarquinia. I, Les tombes peintes de Tarquinia. II, Vulci, Volterra. À ces « croquis » viendra s'ajouter le chapitre inachevé consacré au Musée de Florence. Lawrence confie les pages dactylographiées accompagnées de photos à son agent anglais, Curtis Brown. Il faut cependant attendre septembre 1932 pour que les Croquis étrusques, rassemblés en un seul et unique volume, mais restés inachevés, voient le jour (Martin Secker, Londres et Viking Press, New York), deux ans après la mort de leur auteur, survenue à Vence (Alpes-Maritimes) le 2 mars 1930. Si Lawrence choisit de donner à son ouvrage le titre de « croquis », c'est sans doute qu'il ambitionne de « croquer » son voyage au jour le jour, sans prétention d'aboutir à une œuvre d'expert, de scientifique, d'archéologue ou d'historien. Ce qui lui importe avant tout, au-delà des données historiques nombreuses qui nourrissent pourtant ses « croquis », c'est de rendre compte, par une observation minutieuse en même temps que très personnelle, des rencontres et découvertes que chaque visite occasionne, de noter aussi bien les menus faits de la vie courante que les réflexions plus graves qu'elles lui inspirent. À ces observations s'ajoutent les nombreuses descriptions archéologiques de tombes, de fresques et d'objets funéraires, qui sont la matière principale de l'ouvrage. Lawrence s'attarde sur les scènes de banquet ― souvent magnifiques ― en l'honneur du défunt, sur les scènes de chasse, de pêche et de danse colorées et énigmatiques où hommes et animaux se côtoient dans un univers héraldique, floral et sexuel mystérieux, que domine l'expression d'une intense vitalité. Lawrence note à propos de la « Tombe des Léopards », dans Les tombes peintes de Tarquinia . I : « Ce sens de l'incarnation vigoureuse de la vie est caractéristique des Étrusques et, d'une certaine façon, dépasse l'art. Vous ne pensez pas art mais vie pure, comme s'il s'agissait de la vie même des Étrusques, ici dansant dans leurs étoffes colorées, avec leurs membres nus tout en même temps massifs et exubérants que le plein air et la lumière de la mer ont rendu vermeils, dansant et jouant de la flûte parmi les délicats oliviers dans la fraîcheur du jour ». De sa visite à Tarquinia, Lawrence retiendra de la tombe des Vases Peints une vision précise concernant le « toucher » : « C'est avec une adorable douceur que l'homme touche la femme sous le menton, d'une caresse légère. Voilà encore l'un des charmes de ces peintures étrusques : elles ont profondément le sens du toucher ; les personnages, les créatures sont tous véritablement au contact les uns des autres. C'est une qualité des plus rares, dans la vie aussi bien que dans l'art [...] Ici, dans ces peintures étrusques qui peu à peu s'effacent, on sent la paisible circulation du toucher qui unit l'homme et la femme sur le lit, le jeune garçon timide, le chien qui dresse le museau, et même ces guirlandes suspendues au mur. » De cette vision, le lecteur retrouve la trace dans L'Amant de Lady Chatterley, « roman phallique tendre et délicat », dans lequel le « toucher », « au sens d'une communication physique et pré-mentale » constitue un pôle essentiel. Ainsi chaque journée apporte-t-elle au voyageur son lot de surprises, humaines et artistico-religieuses, et les vivants d'aujourd'hui s'inscrivent, sous la plume de Lawrence, dans la continuité des morts d'hier. De fait, Lawrence observe, tout au long de ces journées d'excursions, que pour les Étrusques, « la mort était un prolongement agréable de la vie, où ne manquaient ni les bijoux, ni le vin, ni les flûtes, qui accompagnent la danse ». C'est aussi l'occasion pour l'écrivain-voyageur de donner quelques coups de pattes à d'autres religions : « Pas question de félicité extatique, de paradis, ni d'ailleurs des tourments du purgatoire. La mort s'inscrivait naturellement dans la continuité de la vie profuse. Tout s'exprimait en termes de vie et de vivants. » Ici, à Cerveteri (l'antique Caere, l'étrusque Chaire ou Cheri) ― qui recèle dans sa nécropole la tombe de la famille royale des Tarquins ―, le présent offre avec le passé une continuité saisissante : « [...] Ce visage au nez droit, basané, plutôt calme, avec sa petite moustache noire et, bien souvent, une courte toue de barbe noire ; ces yeux jaunes, vaguement timides sous de longs cils, mais à l'occasion capables de vous décocher un regard d'une étrange colère ; et ces lèvres mobiles bizarrement retroussées sur les dents dans la conversation, des dents blanches, brillantes. C'était là un type de visage remonté du passé, d'un lointain passé, qui se rencontrait fréquemment dans le Sud. Mais aujourd'hui vous n'en verrez guère, de ces hommes qui, sans le savoir, offrent ce visage de faune dépourvu de toute grimace. » Quelque chose a été perdu, définitivement balayé, qui ressurgit parfois à l'improviste au détour d'un chemin. Ainsi de ces lavandières, croisées tout en bas du village : « Ce sont de belles femmes, issues d'un monde ancien, en qui se mêlent ce silence et cette réserve qui les rendent si attirantes et qui sans doute étaient leur apanage, dans le passé. Comme si, au profond de chaque femme, il y avait encore quelque chose à chercher que l'œil jamais n'est en mesure de déceler. Quelque chose qui peut être perdu, et qui jamais ne peut être retrouvé ». La visite de Cerveteri est pour D.H. Lawrence l'occasion de donner d'emblée quelques indications précises sur les conceptions urbaines des Étrusques. Généralement construite sur un éperon rocheux, entourée de remparts, la ville haute. À l'intérieur, secrètement gardée, l’arx, la citadelle. Que Lawrence rapproche de l’Arche d'Alliance, « matrice du monde », « d'où sont sorties toutes les créatures et où réside le mystère de la vie éternelle, la manne et les mystères. » De l'autre côté, les ravines, infranchissables. La découverte de la nécropole de Banditaccia, à Cerveteri, rappelle à Lawrence d'autres espaces. Les sites du Mexique resurgissent dans sa mémoire (« Les grandes tombes... couvertes de terre, en tumulus ») : « C'était à moindre échelle comme au Mexique : une immense plaine vide ; là-bas, de petites montagnes en forme de pyramide descendent jusqu'au niveau de la plaine, pas très loin. À mi-distance, un berger galope autour d'un troupeau de moutons et de chèvres, silhouette minuscule. Tout à fait comme au Mexique, en bien plus petit et en plus humain. » Et toujours se dit, en même temps que la préférence ouvertement déclarée de l'auteur en faveur des Étrusques, l'ironie de l'auteur envers les Romains : « Nous savons aussi que tous les Étrusques, à l'exception de ceux de Caere, devinrent d'impitoyables pirates, presque comparables aux Maures et aux corsaires de Barbarie qui sévirent plus tard. Cela faisait partie de leur dépravation et représentait un grand désagrément pour leurs charmants et inoffensifs voisins, ces Romains si respectueux des lois ― et qui croyaient en cette loi suprême, la conquête. » De même, Lawrence se plaît à retrouver dans l'Italien d'aujourd'hui davantage d'Étrusque que de Romain : « Sensible, sur la réserve, véritablement assoiffé de symboles et de mystères, capable de s'enthousiasmer sincèrement pour de petites choses, violent par accès, et totalement dépourvu de sévérité ou de quelque instinctive volonté de puissance. Chez l'Italien, la volonté de puissance ne constitue qu'un phénomène secondaire, et cela lui vient des races germaniques qui l'ont presque complètement absorbé. » Sous le regard sensible de Lawrence, le monde souterrain retrouve, au-delà du « blêmissement du temps » et des « outrages des hommes », « le nerveux ondoiement de la vie, de l'éternité de l'instant naïf » caractéristique de l'esprit étrusque. À Volterra, la « taciturne et froide » Velathri, Lawrence s'attarde à décrypter l'esprit étrusque ― si différent dans le nord de l'Étrurie de l'esprit étrusque du Sud ― sur les représentations symboliques qui animent les fascinantes scènes de départs. Innombrables et mystérieuses sont les scènes de « voyages en chariots bâchés » qui ornent les coffres à cendres du site volterrain. Derrière ces processions funéraires se dessine le souvenir d'un tout autre périple : « celui d'un peuple qui se remémore ses migrations ». Sur terre et sur mer. Singulier est le sentiment qui se dégage à l'observation de ces voyages de l'âme, imprégnés, déjà, de l'inspiration gothique. Les anciens symboles liés au sexe et à la mort tendent à s'effacer, progressivement absorbés par « le réalisme et l'idéalisme gothiques ». Quelles que soient les différences notoires ― linguistiques, par exemple ― qui opposent « l'expérience » du Nord et du Sud, partout règnent sur la campagne étrusque une même sérénité, « un calme étrange ». « Une curieuse tranquillité ». Ce qui demeure encore de ce que les populations de Tarquinia et de Volterra avaient en commun. Une même « conscience cosmique » sur laquelle bâtir une même vision du monde. De cette antique religion, il ne reste que les vestiges funéraires. Partout, cependant, « l'asphodèle sauvage » pousse dans le paysage étrusque ses longues tiges souples et libère alentour « son effluve de chat ». Sa « majesté insouciante » continue de tresser un réseau d'étoiles roses d'un site à l'autre. Et un fil incantatoire discret sur la toile dense et éminemment poétique des six Croquis étrusques que D.H. Lawrence nous a laissés. Angèle Paoli D.R. Texte angèlepaoli
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D.H. LAWRENCE ■ D.H. Lawrence sur Terres de femmes ▼ → 1er mai 1929/L’Amant de Lady Chatterley dans La NRF ■ Voir aussi ▼ → la fiche de l’éditeur Le Bruit du temps sur Croquis étrusques → (sur books.google.fr) l’édition de Cambridge des Sketches of Etruscan Places |
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Rédigé le 25 août 2010 à 12:27 | Lien permanent | Commentaires (3)
Redécouverte en 1958 à l’occasion d’une émission radiophonique de la BBC, Jean Rhys sort de l’oubli avec la publication en 1966 de son roman La Prisonnière des Sargasses (Wide Sargasso Sea). Chez les éditeurs et libraires, les premiers romans refont alors surface. Ils sont à nouveau publiés entre 1967 et 1973. En 1981, deux ans après sa mort, l'adaptation cinématographique de son roman Quartet
L’œuvre de Jean Rhys est profondément marquée par son histoire personnelle. Ses héroïnes exilées, tourmentées par le deuil impossible de l’enfance, passée dans les îles à jamais perdues, sont un miroir d’elle-même. Miroir fragmenté par les trahisons amoureuses, les ruptures inguérissables qui conduisent à l’alcool et jusqu’aux frontières de la folie. Avec, pour donner toute la mesure à son travail d’écrivain, une écriture qui oscille entre deux extrêmes : une obsession hallucinée et une lucidité exacerbée. Non dénuée d’humour.
EXTRAIT n° 1 :
« Alors, qu’est-ce que tu as ? dit Ethel. Qu’est-ce qu’il te manque, pour avoir l’air si malheureuse ?
― Je ne suis pas malheureuse, dis-je. Je vais très bien, je voudrais simplement boire quelque chose.
Si c’est tout ce qu’il te manque, dit Ethel…
Elle alla au placard, en tira une bouteille de gin et deux verres, et les remplit tous les deux. Je ne touchai pas au mien, parce que l’odeur du gin me donnait la nausée, et parce que j’avais l’impression que les globes de mes yeux tenaient dans ma tête une place énorme et roulaient comme des billes. Qui est-ce qui a dit : « O Seigneur, fais-moi voir » ? Moi, je dirais plutôt : « O Seigneur, maintiens-moi dans l’aveuglement. »
Jean Rhys, Voyage dans les ténèbres, Gallimard, Collection Folio, 1978, page 131.
EXTRAIT n° 2 :
« J’ai été trop malheureuse, je me disais, ça ne peut pas durer, d’être si malheureuse, ça te tuerait. Je serai une personne différente quand je vivrai en Angleterre et des choses différentes m’arriveront…
L’Angleterre, couleur de rose sur la carte de mon livre de géographie, mais sur la page en face, les mots sont tassés, d’aspect rébarbatif. Articles d’exportation, charbon, fer, laine. Puis, Articles d’importation et Traits caractéristiques des Habitants. Des noms : Essex, Chelsford sur la Chelmer. Les régions vallonnées du Yorkshire et du Lincolnshire. Régions vallonnées ? Est-ce que ça veut dire des collines ? De quelle hauteur ? Moitié moins hautes que les nôtres, ou même pas ? Des feuilles vertes et fraîches durant le bref été frais. L’été. Il y a des champs de blé pareils à des champs de canne à sucre, mais d’une couleur dorée et pas si hauts. Une fois l’été passé, les arbres sont nus, puis l’hiver et la neige. Des plumes blanches qui tombent ? Des petits morceaux de papier qui tombent ? On dit que le givre fait des dessins de fleurs sur les vitres des fenêtres. Il faut que j’en connaisse plus que je n’en connais déjà. Car je connais cette maison où j’aurai froid et me sentirai étrangère, le lit dans lequel je coucherai a des rideaux rouges et j’y ai dormi bien des fois auparavant, il y a longtemps. Combien de temps y a-t-il de cela ? Dans ce lit-là, je rêverai la fin de mon rêve. Mais mon rêve n’a rien à voir avec l’Angleterre et je ne dois pas penser à ça, je dois me souvenir des lustres et de la danse, des cygnes et des roses et de la neige. Et de la neige ! »
Jean Rhys, La Prisonnière des Sargasses, Gallimard, Collection Folio, 1977, pp. 119-120.
■ Voir aussi ▼ → (sur Litweb) une bio-bibliographie (en anglais) de Jean Rhys → (dans la Galerie Visages de femmes de Terres de femmes) le Portrait de Jean Rhys (+ un extrait de Voyage dans les ténèbres) |
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Rédigé le 24 août 2010 à 23:49 | Lien permanent | Commentaires (1)
Carlo Levi (1902-1975) Portrait d'Umberto Saba Huile sur toile Source « La couleur du temps n'est pas fournie
seulement par les grands événements, ceux que l'on dit historiques. Quelqu'un de futé la trouve, sans la chercher, dans les petits indices de la vie quotidienne. » Umberto Saba
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| UMBERTO SABA ■ Umberto Saba sur Terres de femmes ▼ → 9 mars 1883/Naissance d’Umberto Saba → 25 août 1957/Mort de Umberto Saba (notice bio-bibliographique + article sur Ernesto) → Donna → Notte d’estate → Oiseau en cage → Parole ■ Voir/écouter aussi ▼ → (sur YouTube) une video (RAI, 1954) de Umberto Saba lisant Cinque poesie per il gioco del calcio → (sur Internet Culturale) Umberto Saba. The Poetry of a Life (dossier de l'exposition qui s'est tenue au Palazzo Costanzi de Trieste du 8 avril 2003 au 30 juin 2003) → (sur Terres de femmes) 28 avril 1984/Marisa Madieri, Trieste Pour plus d’informations sur la vie et l’œuvre d'Umberto Saba, se rendre aussi sur le site cronologia.it (site en italien) |
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Rédigé le 22 août 2010 à 07:11 | Lien permanent | Commentaires (0)
| ■ Alix Cléo Roubaud sur Terres de femmes ▼ → Hommage à Alix Cléo Roubaud, par Marie Fabre |
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Rédigé le 21 août 2010 à 17:47 | Lien permanent | Commentaires (0)
Le 20 août 1901 naît à Modica (Province de Raguse, Sicile) Salvatore Quasimodo. Salvatore Quasimodo est, avec Giuseppe Ungaretti, Eugenio Montale, Mario Luzi et Umberto Saba, un des représentants majeurs de la poésie italienne du XXe siècle. Et l’un des chefs de file de l'hermétisme, poésie « pure » (dans l'acception mallarméenne du terme) définie comme « revanche de la parole sur l’action ». Renato Birolli (1905-1959) Portrait de Salvatore Quasimodo, 1942 Huile sur toile, 160 x 60 cm Narodna Galerija (National Gallery), Ljubljana, Slovénie Source
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| ■ Salvatore Quasimodo sur Terres de femmes ▼ → Et bientôt c'est le soir → Isola → 22 octobre 1959/Salvatore Quasimodo, Prix Nobel de littérature ■ Voir/écouter ▼ → (sur YouTube) un extrait d’une interview de Salvatore Quasimodo |
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Rédigé le 20 août 2010 à 23:49 | Lien permanent | Commentaires (0)
Ph. D.R. Source SANS POURQUOI (Zone portuaire) Sans pourquoi je cherche le cœur en beurre de l'homme en carton parti fleur au sexe et soutane frénétique à travers les champs de pierre évangéliser bergères et troupeaux coupant le soleil en quatre je cherche et chemine contant aux herbes aux pissenlits et aux ruisseaux mes élucubrations amoureuses et suivant sans pourquoi la bave du premier escargot qui passe je cherche l'amour qui raye et mon double au chômage l'ange plat d'avant le miroir sans pourquoi sans jamais pouvoir lâcher trace sans pourquoi je cherche l'homme-calendrier à effeuiller dans ma pègre cosmique un poinçonneur d'au-delà dénervée par mes pas je cherche sans pourquoi la sortie par l'entrée à la sortie du couloir les yeux se mettent en marche le corps se remplit du noir de la route sans pourquoi je cherche l'hôtel borgne où tu réparais les tuyaux sans pourquoi je cherche le quai des fruits qui sèchent loin du jour et sans pourquoi l'hôtel sans fenêtres la montagne de bitume de rues et de routes un tas posé là sans pourquoi mes oiseaux me dévorent avec urgence Laure Cambau Poème inédit pour Terres de femmes (D.R.) |
LAURE CAMBAU Ph. Laure Cambau (D.R.) ■ Laure Cambau sur Terres de femmes ▼ → Tombeau de Janis ■ Voir aussi ▼ → (sur le site des Éditions de l'Amandier) une fiche bio-bibliographique sur Laure Cambau → (dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes) une autre fiche bio-bibliographique → (sur le site de Claude Ber) une page consacrée à Laure Cambau (invitée du mois de juin 2010) |
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(Printemps des poètes 2010 « Couleur femme »)
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Rédigé le 19 août 2010 à 23:44 | Lien permanent | Commentaires (1)
| ■ Voir aussi ▼ → (sur Terres de femmes) 25 juin 1961/Sortie du film d'Alain Resnais, L'Année dernière à Marienbad (+ un extrait de Pour un nouveau roman d'Alain Robbe-Grillet) → (sur le site des Éditions de Minuit) une page bio-bibliographique consacrée à Alain Robbe-Grillet |
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Rédigé le 18 août 2010 à 23:50 | Lien permanent | Commentaires (0)
| COLE SWENSEN Image, G.AdC ■ Cole Swensen sur Terres de femmes ▼ → 12 octobre 1492/Cole Swensen, Mort de Piero della Francesca → Une expérience simple… ■ Voir/écouter aussi ▼ → (sur Poezibao) une notice bio-bibliographique sur Cole Swensen → (sur en.Wikipedia) une notice sur Cole Swensen → (sur poets.org) plusieurs poèmes de Cole Swensen dits par l'auteure → (sur le site de Poetry Foundation) plusieurs poèmes de Cole Swensen dits par l'auteure → (sur Google videos) Cole Swensen : interview in The Continental Review |
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Rédigé le 17 août 2010 à 10:01 | Lien permanent | Commentaires (1)
HERE TAKE MY PICTURE L’été est brûlant la robe orange, Here take my picture et regarde-la bien, elle me ressemble, le 15 août 1964, et plus tard tu diras elle lui ressemble encore plus fort lui mort, tiens prends ma photo mon ombre immortelle puisque prise pour toujours par la mort. Tu es fou dis-je, you are a fool, dis-je effrayée une photo, non pas de photo jamais dis-je, j’avais déjà dix fois pensé vouloir une photo de lui « avant le départ » dix fois pensé « non pas de photo jamais » simultanément. Je sentais la pensée effrayée qui malgré moi souhaitait garder une photo malgré le désir de croire à la pureté amoureuse de mon souhait. Alors apparut en moi sur le banc une honte extrêmement nouvelle : j’aurais commis l’ombre d’un assassinat, j’aurais considéré la personne assise à côté de moi sur un banc comme déjà morte. Alors s’agita en moi le squelette effrayant d’une honte ― au cimetière avec Hamlet ― je ramasse le crâne de Gregor alas hélas I am two fools dit le jeune homme volant, je ne suis pas fou je suis deux fous je suis fou de t’aimer je suis fou de le dire le troisième fou devine tout. Tire-moi ce rideau de voile de coton, ôte ce voile new-yorkais, ni repentance ni innocence, je ne suis pas deux fous du tout, je vois tout. Rien sur la photo d’identité ne montre trace d’une folie ni d’une autre folie dis-je à mon frère. De quel côté ? La folie est-elle du côté du fou ou de l’autre ? Donne-moi licence donne donne donne dit Donne. Dès que tu dis Donne tu prends Dieu dit Donne Donne Didon Take my picture prends ma photo dit Dieu et donne-moi licence d’être un homme monstrueux. À Central Park je n’ai pas entendu sous les mots subtilement aimantés la voix râpeuse sacrée salée incroyablement drue du plus ensorcelant des poètes, et tout fut faute de Donne, ma faute, sur le banc. Et dire que j’étais agrégée d’anglais. Quoi donner à celui qui te donne une éternelle photo ? ― Charité bien ordonnée commence-la par ta mère dit ma mère. Il paraît que tu me dois la note de téléphone. Je surprenais sans cesse en moi des nids de résistance, des astuces de musaraigne, des tendances à survivre et oublier. J’avais perdu mon père puis mon fils mais tout de suite après j’avais repris ma vie mis au monde l’autre fils du jour au lendemain remis dans la couche des livres de ma vie mon deuxième fils le fils du jour comme un livre au milieu des livres maintenant plus rien ne me séparerait les miens en moi mes livres je riais en lisant il n’y avait plus de nuit. Et maintenant quoi donner à celui qui me dit : Here take my picture et je te donnerai tout.
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HÉLÈNE CIXOUS Image, G.AdC ■ Hélène Cixous sur Terres de femmes ▼ → Ève s'évade (note de lecture publiée dans la revue Europe) → Le-tablier-mémoire-de-la-mère (note de lecture sur Le Tablier de Simon Hantaï, Annagrammes) → Petites érinyes de la conscience (note de lecture sur La Mort du Loup) → « Mes êtres d’incandescence » (un extrait de La Mort du Loup) → 5 juin 1937/Naissance d’Hélène Cixous → 26 février 1976/Hélène Cixous, Portrait de Dora ■ Voir aussi ▼ → le site Hélène Cixous (en anglais) de la Stanford University → les portraits d'Hélène Cixous sur le site d'Olivier Roller |
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Rédigé le 15 août 2010 à 22:35 | Lien permanent | Commentaires (0)







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